CHAPITRE
DE QVELLE QVALITÉ EST LA SEMENCE DOiNT EST ENGENDRÉ LE MASLE ET LA FEMliLLE.
Il est certain que la semence plus chaude et plus seiche engendre le masle, et la plus froide et humide la femelle ', car il y a beaucoup moins de vertu au froid qu'au chaud : ainsi l'humidité est de moindre efficace que la siccité : et c'est pourquoy la femelle est plus tard formée que le masle. En la semence gist la vertu creatiue et formatrice : Exemple , en vne graine de melon, potentiellement (ist le tronc, les branches, les fueilles , les fleurs , le fruit , la forme , la couleur, l'odeur, la saueur et semence : ainsi est-il de toutes au 1res semences. Ce qu'on connoist aussi aux greffes entées sur sauuageons , retenans la nature du fruit de l'arbre d'où elles sont tirées.
Semblablement quand la semence du père surmonte celle de la mère, lors l'enfant ressemble au père : et quand celle de la femme surmonte celle de l'homme, l'enfant ressemble à la mère. Toutesfois on voit le plus communément les enfans ressembler plus au père qu'à la mère, pour la grande imagination et ardeur
' Hippocrates, au liure de la nuiure de V enfant. — A. P. — 1573.
LE pjx-^Vî^iç^E ;.iyMi=:
qu'4 lA Wptç PU lîi eopulalion cl^aiiicl|e : tpliçmcnt qup TenCaQl atlire la fyxvae, et CQuIour de ce que si fort elle coyuoist pt imagine eu ioxi euleuderïjtîAt : coiinrio U udiuiil de la Royue d'^tl^JQpie , laquelle ^^ la copulation de son n^ary, imaginant vue couleur fort blanche, enfanta vn fils blanc.
Telle chose se peut encore pronuor par l'arliflce de lacob , qui meit des vergesdediuersescouleursdans l'eau, au temps de la conionclion de ses brebis : ce qui sera cy après déclaré plus au long parlant des Monstres. Il adulent aussi quelquesfois ( mais rarement) que reniant ne ressemble à père ny mère, mais à quelques vus de leur§ parçu^ , comme à leur père et mère grands et ayeuls : parce que naturellement la verti^ des ayeuls est fichée et enracinée aux cœurs de ceux qui eugeatirent». En quoy Nature ressemble à vn peintre , qui Rourtrmt vne chose sur le naturel, s'efforçaut de fake resse^ibler les eafaus aux parens le plus qu'il luy çst possible.
Les enfans ne ressemblent seulement à leurs père et mère de corsage ( comme en ce qu'ils son^. grands ou petits, gros ou déliés , camus ou bossus, boileux ou tortus) de parier , et 4e nOianiere de cheminer : mais aussi des maladies auxquelles lesdits peve et mère sont suiels, qu'on appelle héréditaires, comme il se voit aux lépreux, goutteux, epileptiques, lapidaires, splejuetiques, asthmatiques, et autres semblables : parce que la i^mencesuit la complexiouct tempérament de celui qui çngençlre, en sorte qu'vn homme et \ue lémme
■ L'édition de 1573 ajoutait : ou de la disppsilion des premières qualilez, ouàl'iiillifxion d'aucunes consiellaiioivi célestes. Ceci a étç effacé dés 1576.
bien tempera produiront une semence bien coraplexionnée *. Au contraire s'ils sont iutemperés, produiront vue semence mal coraplexionnée , et n<;u propre pour engendrer vn enfant sain et de bionne habitude , suiuant la sentence de Catulle : Vn chacun toujours suU l'origine et semence de sa nature propre^. Parquoy celui qui sera goutteux , lépreux , ou en autre disposition susdite, s'il engendre vn enfant , à grande peine pourra-il euader qu'il ne soit suiet aux maladies du père et de la mère :
ce que loulesfois n'aduient pas tousiours, comme l'expérience le monstre, ainsi que i'ay escrit aux Hures des Gouttes^. Car on voit plusieurs estre vexés de$ gouttes et d'autres maladies, desquelles les père et mère n'en auoient esté malades : et d'autres n'en estre iaraais affligés, desquels toutesfois les père et mère en esloient grandement tourmentés. Laquelle chose se fait par la bonté de la semence de la femme . et tempjerature de sa matrice , corrigeant l'intemperature de la semence virile , tout ainsi que celle de l'homme peut corriger celle de la femme. De là vient qu'on voit souuent par expérience des enfans n'estre point gout-
' Arislote, au liurc delà ijeneraiiondes animaux. — Hippocratcs, au liure de l'air, des régions et des eaux. — A. P. — 1573.
' Celte citation manque dans l'édition primilive de 1573 ; on la lit pour la première fois eu 1575.
^Ce ifenyoi au livre des goiuies est fort remarquable, en ce qu'il se trouve déjà dans l'cUition de 1573. U faut donc que ce livré des (jouties ait paru avant cette époque, et sans doute dans les cinq Liures de chirurrjic, bien qu'il soit fort peu chirurgical. Voyez mon Introduction, ^ Biblioiirapliic, t. i. pag.
tpux, ou suiels à autres ïnaladigs her redilaires, rncores que leurs père ou mero fussent suiels à telles dispositions : laqueile correction si elle défaut à la seuiçence du père ou de la mère, à grand'peine les enfans peuuent-ils escliapper qu'ils ne soient suiels ausdites maladies , lesquelles ne se peuuciitpaifajtement guarir, quelque grande diligence qu'on puisse faire', parce qu'elles ont pris leur habitude auec les principes de la génération de l'enfant.
Plufarque au liure intitulé, Po?»guoy la Justice diuine diffère quelquesfois lapuniiion des maléfices , dit, que Hesiodeconseillede n'engendrer point enfans qiiaJid l'on a eslé aux obsèques et funérailles des trcspassés , mais bien après auoir esté en quelque magnifique banquet et comédies ioyeuses : car combien que la semence et geniture recoiue non seulement la bonté ou malice de sa matière, mais aussi elle Iraiisfcre la ioye,la tristesse, et semblables affections en la procréation des enfans, les faisans ^ais , ioycux et gaillards , ou melancboliques , selon la disposition de la se mence et de la ver^u imaginatipe.