DES PLATES PAR HARQUEBVSES
tentles accès. Le tonnerre ordinairement n'a qu'vn coup, qu'vne foudre, et ne frappe qu'vn homme à la fois :
mais l'artillerie d'vn seul coup peut accabler une centaine d'hommes.
La foudre le plus sounent , comme estant chose naturelle , tombe fortuitement, tantost sur un chesne, tantost sur vue montagne , tantost sur une tour, et rarement sur l'iiomme :
mais l'artillerie conduite par la maligne dextérité de l'homme, n'appete que l'homme , n'a autre but que l'homme , le mire seul et choisit seul entre une milliasse de choses. La foudre par le bruit de son tonnerre auant-coureur, quelque bonne espace de temps deuant, nous aciuertit de sa tempeste future : mais l'artillerie, qui est le comble de tout le mal, en grondant frappe, et en frappant gronde, enuoyant aussi lost la balle mortelle dans l'estomach, que le son et bruit dedans l'oreille.
C'est donc à bon droit que nous détestons l'auteur d'une si dommageable et pernicieuse inuention : comme au contraire deuons estimer ceux dignes de grandes loiianges, qui ou par paroles taschent à reuoquerlesPrinces et Roys de la pratiqm^ d'vne si misérable et funeste machine : ou par effets et escrits s'esludient à donner quelques remèdes à ceux qui en auroient esté atteints.
Ce qui m'a esmeu presque le jjremier entre les François à escrire de
ceste matière ». Mais devant que faire courir ma plume en ceste carrière , il m'a semblé bon , pour plus facile intelligence du Traité principal que ie prétends mettre en lumière des playes faites par harquebuses , faire marcher deuant deux Discours, pour arracher quelques opinions de la fantasie de plusieurs, qui me semblent du tout fausses : la falcité desquelles si elle n'est conuaincue , il n'est pas possible de rien entendre en l'essence de ce mal , ny rien faire à proflt et honneur en la cure d'iceluy.
Le prenner Discours, adressé au Lecteur, condamne par viues raisons la façon de Vigo , qui brusloit les playes faites par harquebuses , et les cauterisoit, pensant qu'elles participassent de quelque venenosité. Au contraire , celle qui guarit telles playes par les suppuratifs, est autant douce et salubre , comme celle dudit de Vigo est cruelle et pernicieuse.
Le second Discours adressé au Roy, monstre lesdites playes ne participer d'aucune venenosité , ains la cacoëthie et maie morigeration d"icelles, dépendre entièrement du vice de l'air, et delacacochymiedes corps offensés.
» Il y a certainement une grande modestie dans cet aveu, car Tagault ne dit mot des plaies par armes à feu, et tout ce qui en avait été écrit en France avant Paré se borne à la Iraducllon de Vigo par INicolas Godin,
DISCOVRS PREMIER