‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 57 sur 511 · SYR LE FAIT DES HARQVEBYSADES · texte numérisé non relu

SYR LE FAIT DES HARQVEBYSADES

Eï AVTRES BASTONS A FEV».

L'an mil cinq cent trente-six , le grand Roy François envoya vne grande année en Piedmont, pour enuitailler Thurin , et reprendre les villes et chasteaux qu'auoit pris le Marquis du Guast, Lieutenant gênerai de l'Empereur : où monsieur le Connestable , lors Grand -Maistre , esloit Lieutenant gênerai de l'armée, et monsieur de Montejan Capitaine gênerai des gens de pied ( duquel alors i'estois Chirurgien ). Vne grande parlie de l'armée arriuée au pas de Suze, trouuasmes les ennemis qui lenoient le passage et auoienl fait certains forts et tranchées, de façon que pour les faire débusquer et quitter la place. il conuint combattre , et il y eut plusieurs tués et blessés tant d'vne part que d'autre. Mais ce fut à eux de tout quitter et gaignerle Chasteau , où bientost furent sommés de leur rendre : ce qu'ils firent , et sortirent seulement la vie sauue , en chemise, et le baslon blanc au poing , dont la plus grande part s'en allèrent gaigner

1 Ce discours paraît dater de l5T5; c'est en effil daiisla première édition desOEuvres complètes que je le rencontre pour la première fois. Paie y fait l'histoire de sa découverte avec des détails qui ne se trouvent pas dans la grande Apologie.

le Chasteau de Villane , où il y auoit enuiron deux cents Espagnols.

Monseigneur le Connestable ne le voulut laisser en arrière, à fin de rendre le chemin libre. Iceluy est assis sur vne petite montagne, qui donnoit grande asseurance à ceux de dedans, qu'on ne pourroit asseoir l'artillerie pour les battre: et furent sommés de leur rendre, ou qu'on les mettroit en pièces : ce qu'ils refusèrent tout-à-plat, faisant response quMls estoienl autan t bons et fidèles seruiteurs de l'Empereur , que pouuoit estre Monsieur le Connestable du Roy son maistre.

Leur response entendue , on fit de nuit monter deux gros canons à force de bras aiiec cordages, par les Suisses et Lansquenets : où le malheur voulut , qu'estant les deux canons assis, vn Canonnier mist par inaduertance le feu dedans vn sac plein de poudre à canon , dont il fut bruslé , ensemble dix ou douze soldats : et en outre la flamme de la poudre fut cause de descouurir l'artillerie, qui fist que toute la nuit ceux du Chasteau tirèrent plusieurs coups d'harquebuses à l'endroit où ils auoient peu descouurir les deux canons, dont tuèrent et blessèrent quelque nombre de nos gens. Le lendemain de grand matin on fit batterie , qui en peu

DISCOVRS SVR LE LIVRÎÎ DES PLA^YES PAR HARQVEBVSES. I27

d'heure fit brèche. Estant faite , demandèrent à parlementer, mais ce fut trop tard : car cependant nos gens de pied François , les voyans esionnes , montèrent à la breclie , et entrèrent dedans, et les mirent tous en pièces, excepté vne fort belle et ieune Piedmontoise, qu'vn grand seigneur voulut auoir pour luy tenir compagnie la nuit, de peur du Loup garou. Le Capitaine et Enseigne furent pris en vie , mais bien tost après pendus et estranglés sur les créneaux de la porte de la ville , à fin de donner exemple et crainte ausdits soldais Impériaux n'estre si temerair es et si fols, vouloir tenir telles places contre vne si grande armée Or tous les susdits soldats du Chasteau , voyans venir nos gens d'une très -grande furie, firent tout deuoir de se défendre , tuèrent et blessèrent vn grand nombre de nos soldais à coups de picques et d'harquebuses, où les Chirurgiens eurent beaucoup de besogne taillée.

Festoisen ce temps-là bien doux de sel , parce que ie n'auois encores veu traiter les playes faites par harquebuses:il est vray que i'auois leu en lean de Vigo, livre premier des Playes en gênerai ^chapilre 8, que les playes faites par basions à feu participent de venenosité, à cause de la poudre :

et pour leur curation commande les cautériser auec huile de sambuc , en laquelle soit meslé vn peu de iberiaque. Et pour ne faillir, parauant qu'user de ladite huile feruente, sçachant que telle chose pourroit apporter au malade extrême douleur , ie voulus sçauoir, premièrement que d'en appliquer, comme les autres Chirurgiens faisoient pour le premier appaieil , qui estoit d'appliquer ladite huile la plus bouillante qu'il leur es-

toit possible dedans les playes , auec tentes et setons : dont ie prins hardiesse de faire comme eux. En fin mon huile me manqua, et fus contiaint d'appliquer en son lieu vn digestif fait de iaune d'œuf , huile rosat et térébenthine. La nuit ie ne peu bien dormir à mon aise, pensant que par faute d'auoir cautérisé , ie trouuasse les blessés où i'auois failli à mettre de ladite huile morts empoisonnés : qui me fit leuer de grand matin pour les visiter.Où outre mon espérance, trouuay ceux auxquels i'auois mis le médicament digestif, sentir peu de douleur à leurs playes, sans inflammation et tumeur , ayans assez bien reposé la nuit : les autres où l'on auoit appliqué ladite huile, les trouvay febricitans, auec grande douleur . tumeur et iuflammaion aux enuirons de leurs playes. Adonc ie me deliberay de ne iamais plus brusler ainsi cruellement les panures blessés de harquebusades.

Lors que nous entrasmes à Thurin, il se trouua vn Chirurgien qui auoit le bruit par dessus tous de bien medicamenler les harquebusades: en la grâce duquel trouuay moyen m'insisinuer, et luy fis la court près de deux ans et demy , auparauant qu'il me voulusl déclarer son remède , qu'il appeloitson baume. Ce pendant Monsieur le Mareschal de Montejan , qui estoit dememé Lieutenant gênerai du Uoy en Piedmont, mourut : adonc remonstray au Chirurgien que m'en voulois retourner à Paris, et luy suppliay qu'il me tint promesse de me donner la recepte de son baume : ce que volontairement fit , atteuiiu que ie luy quillois le pays. Il m'enuoya quérir deux petits chiens, vne liure de vers de terre , deux liures d'huile de lis , six onces de térébenthine de

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