CHAPITRE V
LA MANIERE DE TRAITER LES PLAYES AV PREMIER APPAREIL, APRES QVE LES CHOSES ESTRANGES SONT TIREES'.
Apres auoir tiré les choses estranges par les moyens susdits , la prin-
seule figure d'aiguille à séton, un peu différente des autres; c'est pourquoi je la reproduis ici ;
Dans l'édition de lôô2, cette aiguille a disparU; et elle est remplacée par les deux autres. On les retrouve en 1564; elles manquent dans l'édition de l5T5; et enfln on en retrouve quatre figures en 1679 , dont deuv ne sont que la répétition des deux" autres.
L'édition de 1552 plaçait en cet endroit une remarque sur la nécessité d'avoir àa iiisiruments de di> erses longueurs, remarque qui a été reportée au commencement du chapitre dès 15G4.
' C'est ici que la doctrine primitive de Paré s'éloigne beaucoup de celle qu'il adopta plus tard. Les variantes doivent donc être notées avec soin, ainsi que leur date exacte.
i:t d'abord tout le début de ce chapitre ,
DES PLAYES !) HARQVEBVSES.
fipale intention sera de batailler contre la contusion et altération de l'air, s'il est chaud et humide, et disposé à pourriture : ce qui se fera tant par remèdes pris par dedans , que par autres appliqués par dehors, et aussi mis dedans les playes. Ceux qui doiuent estre administrés par dedans, se prendront par le conseil et ordonnance du prudent Médecin , à la doctrine duquel ie laisse tout ce qui peut appju'tenir à la manière de viure, et à la purgation du malade.
Et quant aux medicamens topiques,
jusqu'à la recette de l'huile de petits chiens, maiifiue dans les éditions de 1045 et 1352, dont voici le texte :
« Et pour le premier appareil fault appliquer de l'huile qui s'ensuyl , vn peu plus rhaulde que tiède, dedans la playe, auec tentes ou setons. »
Suit la recette de l'huile de petits chiens; et je remarque que dans la première édition il se borne à dire moins pompeusement que plus tard : Ladicle huile en de grande efjivacc, lani pour seder la douleur tja'à suppurer la playe. La variante : de cjrande et merveilleiise efjicace, est de 1552. Puis vient la lorntule de l'huile de lis ; après quoi il ajoute :
« l'ay veu vn chirurgien allemand, lequel vsoi! de suc d'escreuisses crues, pilées et espreintes , mises dedans la playe: et disoit estrc fort singulier à seder la douleur: mais ie ne l'ay expérimenté. l'ay praticjué et voulu expérimenter, cautériser les playes auec liiiilc bouillante et cautères actuelz , mais i'ay trouué ladite cautérisation fort doloreuse et peu profitable , à cause des grands accidents qui suruiennent: toutesfois . au cas qu'il y auroit grande hemorrhagie, lors lesdlcts cautères y auroientlieu, et non auUremenl.Or quant auxdictcs huiles, i'ai bien cogneu,etc. » — Voyez la suite à la page 155, deuxième colonne.
L'édition de 15G4 montre déjà un grand changement dans les opinions de l'auteur. 11 venait de passer par le siège dejRouen , où
le Chirurgien suiuant les choses susdites , doit considérer la constitution du temps et de l'air : car s'il n'y a danger que la partie tombe en gangrené , il vsera desuppuratifs comme aux playes cou tu ses , quels sont l'oleum catellorum ., ou d'vn digestif, ayant esgard à la nature de la partie: attendu que les parties nerueuses demandent medicamens plus secs que les charneuses, comme nous auons amplement dit au Traité des Playes des iointures. Donc ausdites iointures et parties nerueuses , on vsera de te-
presque toutes les plaies s'étaient compliquées de pourriture, et qui fut l'occasion du discours au roi qui précède ce neuvième livre. En conséquence, il met en première ligne cette nouvelle indication': de balailler contre l'altération de l'air, contre la putréfaction de la playe et des uccidens ; telle est en elTel la rédaction de 15fi4, et la contusion et la pourriture attribuée à l'air chaud et humide n'ont pris place dans le texte qu'en 1575.
Ainsi le premier paragraphe du chapitre actuel , modifié comme il vient d'être dit, est de]l 564. Mais après ce paragraphe arrivait immédiatement le quatrième ainsi conçu:
« Lors le chirurgien en son premier appareil appliquera dans les playes remèdes contrarians à la putréfaction , comme est l'vnguent qui s'ensuit, »
Et le texte continuait comme nous le lisons encore aujourd'hui , jusqu'au paragraphe l'ay bien cogneu, etc., avec suppression de ce qui concernait le chirurgien allemand et sa méthode.
Le troisième et le quatrième paragraphes de cechapitredatent donc seulementde 1575; encore ledeuxièmea subi plus tard une modification qui sera notée tout à l'heure; mais surtout il cstessentieldedirequel'huilede petits chiens, jusqu'en 1575 , ne contenait ni eaude-vic ni térébenthine, et que cette addition a une grande signification pour ceux qui ont suivi le progrès des doctrines du temps. Voyez dans mon Introduction l'analyse raisonnée de toutes ces doctrines.
LE iVEVFIEME LIVRE
rebenthine de V'enise, ou d'huile de cire, de mastich, de iauiies dœufs, et autres semblables : y adiouslant vn peu d'eau de vie rectifiée. Telles choses ont puissance de desseicher et consommei rhumidilé séreuse yssant des parties nerueuses , et seder la douleur 1.
Monsieur loubert , Médecin ordinaire du Roy , et Chancellier en son Vniuersiléde Montpellier , qui a tresdoctementescrildesHarquebusades-, pour auoir veu plusieurs blessés à la suite des guerres, dit qu'on ne doit vser de medicamens escharotiques , tant actuels que potentiels, aux simples coups des harquebuses , parce qu'ils induisent douleur , inflammation , g-angrene, fiéure, et autres pernicieux accidens. Aussi que l'escarre ou crouste garde la suppuration , qu'on
1 Ce paragraphe, ainsi que le suivant, ne datent que de 1575; ella citation du Traité des ioiniures se rapporte au petit Traité publié en 1573, et réuni plus tard au livre Des playes en pariicnlier. Voyez ci-devant la note de la page Ul. Mais au sujet de ce paragraphe, j'ai deux observations à faire. La première , c'est qu'au lieu de ces mots il vsera de suppuraiifs , l'édition de 1575 porte : on n' vsera de suppuraiifs, ce qui serait tout le contraire. Je pense toutefois que la version de 1575 est le résultat d'une faute d'impression ; toutes les autres portent, et le sens indique : il vsera.
La seconde est plus sérieuse. Dans les éditions de 1579 et 1579, le paragraphe se termine ainsi :
Donc ausdicles ioincturcs et parties nerueuses, on vsera de térébenthine de f'enise en plus grande quantité que de l'huile.
La rédaction délinitive ne date donc que de 1585.
2 Knson Traité des harquebusades. — A. 1'. — Ceci se lisait dans le texte et devait évidemment être mis en note. La première édition du Traité de Joubert avait été publiée i-n 1570.
doit faire promptement » pour séparer la chair meurdrie d'auec la saine , de p(!ur que tout ne se pourrisse : comme il se fait aisément, quand l'humeur superflu croupit longuement en vn lieu , n'ayant issue libre , et mesmes pour ses vapeurs qui ne se peuuent exhaler à cause qu'elles sont encloses et couuertes de l'escarre , se multipliant tousiours où elles sont encloses, requérant vn plus grand lieu qu'il ne leur est permis, passant et entrant des petits vaisseaux aux plus grands, et de là aux parties nobles , dont s'ensuit le plus souuent la mort. Toutesfois s'il y a soupçon de pourriture , lors il faudra passer des suppuratifs aux remèdes contrariants à la putréfaction , délaissant la propre cure pour suruenir aux accidens.
Parquoy au premier appareil , dans les playes, en cas de putréfaction, sera appliqué tel onguent qui s'ensuit.
Description de VEgypliac propre ausdiles playes,
'Jf. Puluer. aluminis rochae, viridis aeris, vitriolis Romani, mellis rosati ana § . ij. Aceti boni quantum sufUcit.
Bulliant omnia siniul secundum.artera , et fiât medicamentum ad formam mellis.
Les vertus de cest onguent sont que par la chaleur et ténuité il incise et atténue les humeurs , reuoque la chaleur naturelle, laquelle a esté repoussée par la véhémente impulsion du coup et violente agitation de l'air conduit parla balle. D"auantage, il corrige la pulrelacliou de Ihumeur virulente, qui promptement abreuue la chair conlerée et meurtiie, si fort qu'il fait escarre. Cest onguent toutes
' Traduisez : empêche la suppuration qu'en doit favoriser, etc.
DES PLAYES !) HARQVEBVSES.
et quanles-fois qu'il en sera besoin, se pourra appliquer auec tentes ou setons, estant dissoult auec vin ou eau de vie : lesquelles seront assez grosses et longues pour le premier appareil, afin d'eslargir et dilater la playe, pour mieux y ietter les medicamens : puis après ne seront appliquées si longues et grosses. Aussi pour mieux couler au profond des playes , se pourra ietter auec vne syringue. Qui plus est, sa vertu et force sera diminuée selon la température des corps , et sensibilité des parties blessées : comme si la playe est es lieux nerueux, sera meslé auec huiles de térébenthine et d'hypericon, en telle quantité que le Chirurgien expert cônnoistra estre nécessaire : duquel egyptiac on se pourra et deura-on passer, n'en vsant aucunement lors que n'aurons à combattre le temps pestilent et pernicieux pour lesdites blesseures , tel qu'on aveu les années passées '.
Apresl'vsagedel'egyptiac, on fera tomber et séparer l'escarre, auec choses remolliiiues etlenitiues , comme est l'huile qui s'ensuit , la faisant cîîauffer vn peu plus chaude que
tiède.
Oleiim catellorum.
'}f. Oleiviolati ft. iiij.
In quibus coquantur catelli duo nuper nati, vsque ad dissolutionem ossium , addendo :
Verraium terrestrium prajparatorum vt decet lÊ. j.
Coquantur simul lento igné, deinde fiât expressio , quœ seruetur in vsura praidictum, addendo:
Tereb. Venetœ § . iij.
Aquae vitae § . j ^.
1 Ces mots, les années passées, se trouvent déjà dans l'édition de 1.''j64, et s'appliquent spécialement à l'année du siège de Rouen. Voyez la note 3 de la page 152.
- .le répète que cette addition de térében-
Ladite huile est de grande et merueilieuse efiicarc, tant pourappaiser la douleur, que pour suppurer la playe, et faire tomber l'escarre. En défaut d'icelle , faut appliquer celle qui s'ensuit, qui est plus facile à trouuer.
^. Olei seminis lin! et lilîorum ana 5 . iij.
Vnguenti basilici g.j.
Liquéfiant simul , et ex eis vulneri indatur
quant, suff.
l'ay bien connu que lesdites huiles appliquées au commencement de la blesseure médiocrement chaudes , appaisentla douleur, lubrifient, relaschent et humectent les parois de la playe , la disposant à suppuration , qui est la vraye manière de guérir telles playes. Ce que Galien au 3. de sa Methodelherapeutique , recite d'Hippocrates, disant, si la chair est contuse, meurdrie, ou battue de quelquedard, ou en autre manière, qu'il la faut medicamenter en telle sorte qu'elle suppure le plustost que faire se pourra . Car ce moyen elle sera moins molestée de phlegmon : aussi est nécessaire que la chair contuse et battue soit putréfiée, liquéfiée, et conuertie en pus, puis après nouuelle chair engendrée '.
Monsieur loubert approuue fort tel remède, lequel loutesfoisn'ay encores expérimenté , qui est tel '^ :
thine et d'eau-de-vie ne remonte qu'à 1575.
1 Poinct souuerain et principal en la cure des playes des harquebuses. — A. P.
2 Tout ce qui suit jusqu'à la fin du chapitre n'a pas subi de moindres changements que le commencement
Dans l'édition de 1545, les cinq paragraphes qu'on va lire manquent , et l'auteur arrivant immédiatement au pansement extérieur de la plaie commence en ces termes:
£t aux parties de dessus la playe et circouuoisines faull appliquer remèdes refrigeraniz et
LE NEVFIKME I.lVllF ,
Prenez poudre de Mercure deux fois caici • née 3.j.
Gresse de porc récente ou beurre frais