SCENE II
BOABDIL, ALY , SÉIDE, ABENHAMET , Guerriers , Garder. ABENHAMET.
Oui , c'est Abenhamet qui , vous guidant naguères , N'ose plus vous nommer du nom chéri de frères ; C'est lui que , pour frapper du dernier de ses coups , Le destin réservait à rougir devaut vous. Dans un homme avili , que son opprobre accable , Ne voyez plus l'ami , regardez le coupable ;
028 BOABDIL
Oubliez à jamais mes triomphes passés : Du chemin de l'honneur mes pas sont effacés. Si j'eus quelque valeur, en ce moment , qu'importe î Je dois mourir aussi , puisque ma gloire est morte ! Boabdil , devant toi , je courbe ici mon front ; Sur lui , de mon pays tu dois venger l'affront, Sans chercher si je suis ou coupable ou victime, Si je dois expier mon malheur ou mon crime. C'est à moi de subir les rigueurs de mon sort ; C'est à toi d'être juste et d'ordonner ma mort.
Proscrite par la loi , ta tête criminelle Doit tomber sous le fer ; mais , moins sévère qu'elle , Ma volonté , placée au-dessus de la loi , Va seule prononcer : écoute, et soumets-toi. Que la honte , l'oubli sur ta tête retombe ! Va chercher dans l'exil un asile , une tombe. Rejeté loin de lui, ton pays désormais , Comme un de ses enfans te renonce à jamais. Ce jour seul dans ces murs à tes pas reste encore ; Mais avant le retour de la prochaine aurore , Pars ! Tel est ton destin , et mon arrêt.
ABENHAMET.
Oh ! ciel !
Moi vivre, moi subir un opprobre éternel ! Lorsque je dois mourir, pourquoi changer ma peine ? Une telle clémence est injuste , inhumaine. Ah ! mille fois la mort , plutôt que la faveur Qui réserve ma tête au joug du déshonneur ! Appelle tes bourreaux !
BOABDIL, s'emporUnt.
Audacieux esclave !
D'où te vient cet orgueil qui m'insulte et me brave?