SCENE IV
BOABDn. , ALY.
BOABDIL , retenant Aly.
Demeure. Oh ! j'étouffais de rage et de contrainte. Quel horrible fardeau ! quel tourment que la feinte ! Qu'on souffre , étant forcé de ne pas être soi ! Abenbamet... Oh ! ciel ! moi , son rival , son roi ! C'est moi qui le protège , et ses jours que j'abhorre , Ses jours affreux, c'est moi qui les conserve encore.
ALY
Cette nuit même, avant qu'il parte pour l'exil,
■ Dans le secret de l'ombre, un poignard ne peut-il....,
BOABDIL
Que dis-lu , malheureux ?
ALY
Quoi ! des Abencerrages Deviciidrais-tu l'appui ?
BOABDIL
Moi , grand Dieu ! lu m'outrages.
?^o^ , non , je ne suis pas dégénéré du sang Dont la fière Aïxa m'a formé defas son flanc ;
554 BOABDIL
Je suis bien un Zégris ! Votre orgueil et vos haines ~ Avec ce noble sang , ont passé dans mes veines ; Je ne puis , comme vous , sentir qu'avec fureur ; Rien de paisible , ami , ne fut fait pour mon cœur» Et pourtant, je ne sais quelle étrange puissance Commandait à ma voix , qui portait la sentence ; Le mot de mort , ce mot est resté dans mon sein ,
Il n'a pu s'approcher de mes lèvres Enfin ,
Le croiras-tu ? dicté par un pouvoir suprême , Surpris de cet arrêt que je portais moi-même , Je l'ai cru prononcé par un autre que moi.
ALY
(A part.) (Haut.)
Le lâche ! Il en est temps ; tu le peux , venge-toi.
BOABDIL
Non!
ALV.
Quel effroi l'arrête ?
BOABDIL
Ah ! devant ce scrupule , Ignorcs-tu pourquoi ma vengeance recule'
ALY
Va , je ne sais que trop quel souvenir fatal
Combat ici ta haine et défend ton rival.
En butte trop long-temps aux refus d'une femme ,
Tu voyais ton pouvoir s'arrêter à son âme ;
Ton amour, ta puissance en vain parlaient pour toi
Abenhamet aimé l'emportait sur son roi.
Enfin . de ton amour le destin fut complice;
Du vaincu de Jaën s'apprêtait le supplice;
Lorsque toi seul pouvais l'arracher à la mort ,
Tu rendis son amante arbitre de son sort :