‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 17 sur 264 · XXXII MEMOIRES · texte numérisé non relu

XXXII MEMOIRES

véritable chagrin pour elle, si elle n'avait eu ni montre , ni pendule pour pouvoir comparer le présent au passé,

Quoiqu'à l'époque où nous nous trouvions alors , il fût encore possible d'espérer quelques beaux jours, îe temps devint tout à coup si mauvais qu'il me fut impossible , pendant près de trois semaines , de pouvoir sortir Elisa ; aussi profitai-je du premier instant où le soleil reparut pour la mener promener ; mais quelle fut son étonnement et son affliction de voir tous les arbres de la promenade dépouillés de leurs feuilles; j'avais oublié de l'en prévenir. Trop jeune pour se rappeler la marche des saisons , elle s'imagina que de méchans petits garçons avaient causé tout ce ravage en jetant des pierres dans les arbres. Je l'en dépersuadai ; je lui dis que cela arrivait ainsi chaque année , et qu'au

la plume, et elle n'en aurait probablement jamais fait si une de ses écolières ne lui avait un jour demandé des conseils. Elisa la remit au lendemain; elle pria M. Danguy, qui avait été son insliteur, de lui montrer les quatre premières règles : une seule leçon suffit , et elle donna à son écolière tous les conseils dont elle avait besoin. Il lui montra ensuite la tenue des livres; mais elle n'aimait pas à calculer avec la plume , l'arrangement des chiffres l'ennuyait : sa mémoire, disait-elle, valait mieux que cela, parce qu'il ne lui fallait ni plume , ni encre , ni papier pour compter.

DELISA MERCŒUR. XXXIH

printemps elles repousseraient. Le lendemain, elle me pria de la mener sur la Fosse pour voir si les arbres avaient conservé leur beau feuillage. Ici , je le sens , il me faudrait une autre plume que la mienne pour peindre le désespoir d'Elisa.

Il avait fait de si violens ouragans pendant le temps que nous avions été forcées de garder la chambre , que deux des beaux arbres de la Fosse avaient été déracinés; comme ils barraient le passage et que cela gênait la circulation , plusieurs ouvriers se hâtaient , les uns de débarrasser les troncs de leurs branches, et les autres de mettre ces branches en fagots. Cette vue aflligca tellement Elisa qu'elle se jeta à moi en pleurant à chaudes larmes. Pauvre petite, c'est que déjà l'avenir se présentait à sa pensée ; non cet avenir qui fait voir tout en beau , mais cet avenir qui rend soucieux et qui fit craindre à Elisa que nous ne vinssions par la suite à nous trouver sans feu, persuadée qu'elle était qu'il ne resterait pas un seul arbre sur pied. Aussi la crainte que je n'eusse pas assez d'argent pour acheter une grande quantité de bois pour le temps où il n'y en aurait plus , la rendait si malheureuse que son cœur battait avec une violence extrême

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