‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 21 sur 264 · XL MÉMOIRES · texte numérisé non relu

XL MÉMOIRES

grés si rapides qu'il semblait qu'elle apprenait par magie ; mais , au bout de ce temps , je crus m'apercevoir qu'elle lisait avec ennui ; quelques larmes tombées sur le livre me prouvèrent que je ne m'étais pas trompée , et je le fermai. Voyant que je reprenais mon ouvrage, elle me demanda pourquoi je ne continuais pas de lui faire lire sa leçon.

— C'est que je vois que cela te chagrine, ma bonne petite , et comme ce n'est pas moi qui l'ai imposé l'obligation de lire , que c'est toi au contraire qui m'as priée de te monlrer, du moment où cela te déplaît , je dois cesser de le faire. Tu n'as pas encore trois ans et demi; tuas bien le tenips , comme tu vois, d'apprendre à lire, rien ne presse. Ainsi donc, ma chère enfant, je vais renfermer tous les livres pour que tu ne pleures plus , et je le promets de n'en pas atteindre un seul que tu ne sois décidée à apprendre; mais à apprendre sans caprices, tu sais que je ne les aime pas..... Allons, essuie tes yeux, ma chère mignonne , embrasse-moi et va

jouer Maintenant que tu es bien convaincue

que nous ne sommes pas condamnées à vivre dans les ténèbres, tu peux prendre quelquesunes de tes petites bougies pour l'amuser, à la

DELISA MERCœUR. XLI

condition , cependant , que tu ne les allumeras pas ; car lu risquerais de mettre le feu , et cela ne me ferait pas rire.

L'hiver se passa sans qu'Elisa fît autre chose qui vaille la peine d être rapporté, que son vol d'une petite image dont j'ai donné les détails dans la note de la page xxix. Elle fut extrêmement malade cet hiver-là ; elle eut la rougeole et la cocluche , qui l'obligèrent à garder la chambre fort long-temps , et qui lui laissèrent tout le loisir d'examiner la diminution et l'accroissement des jours , et d'admirer ses feuilles pour lesquelles elle avait une sorte de vénération.

Ce ne fut que vers la fin d'avril ou le commencement de mai que le médecin me permit de la sortir. Je pris une voiture , et je dis au cocher de nous conduire sur la route de Rennes et d'arrêter au pont du Sens. Cet endroit a les sites les plus pittoresque qu'il soit possible de trouver; on dirait que la main des hommes n'a pas passé par là. Quoiqu'à peine à une demi-iieue de la ville , rien dans ce heu ne la rappelle. Elisa s'était endormie sur mes genoux pendant le trajet ; j'y avais aidé, je crois, en fermant les stores de

la voiture Je l'éveillai , nous descendîmes,

un cri lui échappa Elle venait de voir des

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