‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 22 sur 264 · XLII MEMOIRES · texte numérisé non relu

XLII MEMOIRES

arbres..... des feuilles La nature, parée de

ses mille guirlandes de fleurs, étalait à ses yeux tous les trésors de sa beauté. Jamais je ne vis une extase semblable à celle d'Elisa ; tous ses sens semblaient être passés dans ses yeux , on eût dit qu'elle était sous l'empire de quelque charme. Lorsqu'elle fut un peu remise de la surprise que lui avait causée le spectacle inattendu que ses regards contemplaient avec tant de ravissement , elle s'abandonna à des transports de joie si excessifs , que , quoique j'en aie été témoin , je n'oserais entreprendre de les décrire , tant je suis persuadée que je ne pourrais réussir. Tout ce que je puis dire , c'est que je ne parvins à la décider à quitter ce lieu qu'en faisant placer dans la voiture quelques branches d'aubépin bien fleuries , qui , rendues à la maison, lui devinrent des arbres sous lesquels elle metlait ses poupées à l'ombre. Nous ne fûmes pas plus tôt rentrées qu'elle donna, à l'exception de quelques-unes , ses feuilles sèches à sa bonne pour allumer son feu, et elle me pria d'attacher ensemble celles qu'elle avait réservées et de les suspendre au clou où je suspendais ma montre.

— Eh pourquoi cela? ma chère petite, lui

d'élisa mercœur. xlui

dis-jc ; pourquoi ne les brùles-tu pas comme les autres ?. . .

— Parce que j ma petite maman mignonne...

— Eh bien! explique-moi ton parce que.

— Tu sais bien quand tu m'as menée sur le Cour et sur la Fosse , et que je croyais qu'il n'y aurait plus de feuilles , et que tu m'as dit qu'il en reviendrait de nouvelles ?

— Oui.

— Eh bien ! ma petite maman , j'ai pensé que lu ne me disais cela que pour me consoler ; mais qu'il n'y en aurait plus jamais d'autres; voilà pourquoi je garde celles que lu viens d'accrocher au clou de ta montre , parce que , vois-tu , ma petite maman , à présent , quand tu me .diras quelque chose , si j'étais assez sotte pour ne pas te croire,/ je regarderais le petit paquet de feuilles et je te croirais tout de suite , ma petite maman mignonne, parce que loi , tu ne trompes pas ta petite fille (i).

(i) Lorsqu'Elisa s'était convaincue qu'on la trompait, on ne regagnait plus sa confiance ;" aussi chaque fois que la personne qui avait voulu lui persuader qu'il ferait toujours nuit racontait quelque chose devant elle, elle lui demandait si ce qu'elle disait était aussi vrai que les ténèbres dans lesquelles nous devions vivre éternellement.

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