ACTE IV, SCÈNE IV
Punissez mon malheur à l'égal d'un forfait : Ma sentence !
zoiuroE.
Arrêtez ! suspendez son arrêt ; Au nom du Dieu suprême , écoutez-moi !
BOABDIL
Madame !
ZORAIDE passe devant les Zégris cl les regarde.
Vous avez bien tenu votre promesse infâme ,
(Aux trois Zégris.)
Chef des Zégris; et vous , lâches accusateurs , ] Vous avez bien servi ses indignes fureurs.
BOABDIL, à part.
Que dit-elle , grand Dieu !
ZORAIDE, à Boabdil.
Boabdil , on t'abuse.
Une horrible imposture , une exécrable ruse , Eu nous enveloppant dans un complot affreux... .
ABENHAMET, passant devant Zoraûle.
Que fais- tu , Zoraïde ?
ZORAIDE, le repoussant.
Ah ! laisse , malheureux !
Par pitié , par justice, il faut que l'on m'entende ! Oui.
BOABDIL, troublé.
(A part.) Parlez I De ses pleurs que le ciel me défende ! (Haut.) J'écoute....
ZORAIDE.
Boabdil , reviens de ton erreur; Non , tu n'as pas sur nous à venger ton honneur ;
ÔgS BOABDIL.
Je ne suis pas coupaLlc ; il ne l'est pas , oh ! grâce ! Oui, grâce !...
BOABDIL
Epargnez-vous cette inutile audace ; Vous espérez en vain l'arracher au trépas.
ZORAIDE.
Mais il est innocent ! grâce !.... Il ne me croit pas! Mon Dieu !
ABENHAMET.
Va , plus que nous il se punit lui-même ; Zoraide , peux-tu craindre l'arrêt suprême Qui t'enlève à ce monstre et dégage ta foi ? Ah ! songe qu'à jamais tu devais être à moi ! Libre du joug affreux d'un parjure hymenée , Victime, à Ion bourreau tu n'es plus enchaînée. Notre sort s'accomplit; la mort, brisant nos nœuds, De l'hymen du tombeau va nous unir tous deux!
BOABDIL
Insolent, oses-tu devant moi ?
ABENHAMET.
Qu'ai-je à craindre ?
En marchant au supplice ai-je besoin de feindre ? Pour la dernière fois je parle en liberté; La mort me donne au moins un droit de vérité ! Ah ! quand d'un échafaud la vérité s'élance , Elle est d'un Dieu vengeur la terrible sentence. Tremble ! ce Dieu te juge, et t'apprend par ma voix , Qijels arrêts vont porter ses redoutables lois ! Ecoute , Bo^.bdil ! l'instant fatal s'avance : De son faîte orgueilleux va tomber ta puissance. Te jetant loin de lui , ce trône où tu t'assieds, Monarque d'un moment, \a crouler sous tes pieds.