‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 23 sur 264 · XLIV MEMOIRES · texte numérisé non relu

XLIV MEMOIRES

Depuis cet instant , sa confiance en moi de-^ vint sans bornes , ce fut ce qui me donna ce grand ascendant que j'ai toujours conservé sur son esprit. Pauvre enfant! elle acquit tant de preuves que j'étais incapable de la tromper, que je ne lui disais que la vérité , qu'il eût été bien difficile, je crois, de lui persuader le contraire. Aussi , ai-je eu le bonheur de jouir, tant qu'elle vécut , de cette confiance sans réserve qu'elle m'accordait , et qui rendait si douce l'intimité dans laquelle nous vivions.

Je ne me serais point autant appesantie sur ces détails de la première enfance d'Elisa , s'ils ne servaient à faire connaître son caractère, qui, dès lors , devint invariable , et les espérances que devaient faire concevoir les heureuses dispositions qu'elle annonçait dès son bas âge.

Il ne manquait plus au bonheur d'Elisa , depuis qu'elle avait retrouvé des arbres, des feuilles et des fleurs , que de pouvoir me décider à lui lire les longues affiches jaunes et rouges dont on placardait les murs. Je ne lui en avais pas lu une seule, quelque prière qu'elle m'en eût faite, depuis le jour où elle avait pleuré en lisant sa leçon, comme non plus depuis je ne lui avais pas parlé une seule fois de lecture ,

d'ÉLISA MliRCŒUR. XLV

quand, venant à passer devant une affiche d'une grandeur démesurée , elle s'écria :

— Ahl ma petite maman, la belle affiche! regarde les belles images qui sont dessus; je t'en prie , lis-moi- la.

— Lis-la toi-même, mon enfant, lui dis-je.

— Tu sais bien, ma petite maman, que je ne sais pas lire....

— C'est vrai... Eh bien! quand lu le sauras.

— Mais, ma petite maman, quand je saurai lire, celte belle afTiche-là n'y sera plus... Je t'en prie, ma petite maman mignonne, lis-la-moi... Je ne le demanderai jamais de m'en lire d'autres.

— A la bonne heure...

Et je lus l'affiche qui la séduisait tant... C'était une description des exercices des Franconi qui étaient venus donner des représentations à Nantes; hommes et chevaux, tout y était en attitude.

Lorsque nous fumes rentrées , Elisa me demanda un livre.

— Non , ma bonne petite , lui dis-je; tu dois te rappeler que le jour où je les renfermai , je te dis que je n'en atteindrais pas un seul avant que tu ne fusses décidée à apprendre à lire; ainsi ne m'en demande plus.

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