ACTE V , SCÈNE II
Du tombeau pour s'y rendre ils ne sortiront pas : Chef jaloux , j'ai moi-même égorge mes soldats !
ALY
Demain , dits- tu ? grand Dieu ! si ta haine timide N'eût osé prévenir leur complot parricide , C'est toi , qui du cercueil où rien n'est entendu ; Demain à tes soldats n'aurais pas répondu.
BOABDIL
Woi....
ALY
Que dans ta vengeance enfin il te souvienne...
COABDIL, avec indignalion.
Ma vengeance, as-tu dit ? Et si c'était la tienne Que j'eusse satisfaite en mon affreuse erreur? Si, guidant à ton gré ma docile fureur, Perfide conseiller, dans ta ruse exécrable, Pour ton intérêt seul lu m'avais fait coupable :' Si tout était pour toi ?
ALY
Qui peut d'un tel soupçon ? . . . ,
BOABDIL , avec dignitë.
le te l'ai déjà dit , j'ai repris ma raison. L'horrible vérité que ma douleur redoute, Dans ce cœur qu'elle accable est déjà plus qu'un doute. Réponds-moi ! ce rival , dont le bras assassin , Disais-tu, dut plonger un poignard dans mon sein ; Quand ses frères sur moi forcenés de vengeance , S'élançaient, pourquoi donc a-t-il pris ma défense? Pourquoi , s'il le voulait , ne m'a-t-il pas frappé? Réponds , dans ce moment lui serais-jc échappe ? Bien plus, lorsque d'effroi tout restait immobile. Lui-même me frapper devenait inutile ;
4o8 BOABDIL.
Et ses frères , pour lui , se chargeant de ce soin.
Il eût pu de ma mort n'être que le témoin.
Mais non , lui seul bravant le tumulte et le nombre....
ALY, On sauve son rival au grand jour, mais dans l'ombre, On l'assassine
BOABDIL , indigné.
Arrête ! Ah ! quel est ton espoir î Le charme est dissipé, j'échappe à ton pouvoir. N'attends pas que sur moi jamais il recommence ! Laisse-moi ; je t'ai dû trop long-temps ma démence ; Par d'infâmes conseils, trop long-temps, vil flatteur, Comme un poison \ivant , lu m'as gâté le cœur. J'avais soif d'être aimé , tu m'abreuvas de haine ; Une ivresse infernale , en brûlant chaque veine , A passé dans mon âme, et long-temps altéré , Une fièvre de crime, hélas ! m'a dévoré! Mais elle cesse enfin !....
ALY
Calme-toi.
BOABDIL
Dieu suprême !
Me calmer ! quand bientôt va mourir ce que j'aime ! Me calmer, quand sa mort va tuer mon bonheur !
Trembles-tu qu'à sa cause il manque un défenseur ?
BOABDIL
Malheureux ! et quels bras veux-tu qui la défende ? J'imprime à mes sujets une terreur si grande , Qu'il n'en est pas un seul , en ce moment affreux , Qui soit assez hardi pour être généreux.
ALY
Qui sait ;'