‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 24 sur 264 · XLVI MÉMOIRES · texte numérisé non relu

XLVI MÉMOIRES

— Mais, ma petite maman mignonne, c'est pour apprendre aussi que je t'en demande un.

— Et si je te le donne ce livre que tu me demandes pour apprendre à lire , qui est-ce qui te montrera, ma fille?

— Toi , ma petite maman.

— Oh ! moi , lu sais bien , ma chère enfant , que je n'aime pas à faire lire les petites filles qui pleurent sur leur livre.

— Oh ! mais je ne pleurerai plus à présent , ma petite maman ; tu verras comme j'apprendrai bien vite pour pouvoir lire les belles affiches ; je ne serai pas long-temps, va, à savoir, et puis je sais déjà un peu , je n'ai pas oublié ce que tu m'as montré... Je me rappelle bien qu'il y a vingt-cinq lettres ; qu'il y a deux sortes de lettres , les voyelles et les consonnes , que le c est dur comme le h devant l'a^ l'o et l'w^ et que pour adoucir sa prononciation il faut mettre une petite cédille dessous ; que le g est dur aussi; mais lui, par exemple, ce n'est pas une cédille qu'il lui faut pour l'adoucir, c'est un e muet ; je connais bien aussi tous les e... et je me rappelle bien qu'entre deux voyelles , \y a la valeur de deux i , et l's la valeur du z. Tu verras.

DELISA MERCœUR. XLVII

ma petite maman , tu verras que je saurai bientôt lire

Elle avait raison, elle sut bientôt lire... Comme elle me l'avait dit , elle n'avait rien oublié de ce que je lui avais enseigné, rien ne s'était échappé de sa mémoire , tout s'y était , je crois , au contraire buriné ; car trois mois après , elle pouvait sans aide lire toutes les affiches qu'il lui plaisait... Elle redonnait à sa fille (c'était sa poupée) toutes les leçons qu'elle recevait de moi ; mais tous ses efforts , comme on le sent, pour lui donner le goût de la lecture se trouvaient infructueux; son enfant n'apprenait rien, et restait, à son grand déplaisir, insensible à toutes ses remontrances ; aussi me faisait-elle souvent part de l'inquiétude que lui causait son indolence pour l'étude.

— Je suis une mère bien malheureuse , madame , me dit-elle un jour qu'elle venait de donner une leçon à sa poupée dont le résultat n'avait pas été apparemment tel qu'elle ïe désirait, je ne sais vraiment plus ce que Marie (i) deviendra ; elle ne veut ni apprendre à lire ni à compter, et pourtant vous êtes témoin de la

(i) C'était le nom qu'Elisa donnait à sa poupée; elle préférait le nom de Marie à tous les autres noms.

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