‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 25 sur 264 · XLVIII MÉMOIRES · texte numérisé non relu

XLVIII MÉMOIRES

peine que je me donne pour lui montrer ; mais cela ne sert à rien , elle ne m'écoute pas , cela me désole. Vous ne savez pas ce que je pense , madame?

— Non 5 madame , lui dis-je.

— Eh bien! madame, j'ai dans l'idée que ma fille ne m'aime pas , car il me semble que si elle m'aimait , elle apprendrait. Croiriez-vous que l'autre jour je lui ai demandé comment elle épellerait : j'aime ma petite maman mignonne , qu'elle s'est mise à pleurer, et qu'elle ne m'a pas répondu , et pourtant je le lui ai épeîé plus de vingt fois pour le lui apprendre , mais je n'ai jamais pu réussir à le lui faire redire après moi; ainsi vous voyez bien, madame, que ma fille ne m'aime pas, car certainement elle eût épelé: j'aime ma petite maman mignonne; c'est si facile quand on aime sa maman , moi je l'ai appris tout de suite, mais j'aime tant ma mère... Et puis je n'ai jamais pleuré qu'une fois en lisant, je n'aurais pas voulu lui faire deux fois du chagrin... Yous qui avez élevé un enfant, madame , donnez-moi des conseils , je vous prie , sur la manière dont je dois élever Marie; j'ai beau lui acheter des gâteaux et lui lire toutes les belles affiches qu'elle me demande de lire, espérant

DELISA MERCdIUR. XLIX

que ma complaisance l'engagera à apprendre , mais je me donne, je le vois, une peine inutile. .. Pensez-vous (jue je ferais bien de renfermer les livres et de ne plus lui lire d'affiches ?. ...

C'était ainsi que se passaient toutes les journées d'Elisa ; elle me pria de la faire écrire , et elle l'apprit avec la même facilité qu'à lire. Depuis cet instant, elle s'appliqua tellement à l'étude, qu'on la trouvait toujours avec un livre en main(i). La pensée d'un nom imprimé avait une telle magie pour celte pauvre enfant, que , dès l'âge de cinq ans, elle se rêvait une destinée d'auteur (2). Elle se voyait au milieu de

(i) Elisa s'instruisait en jouant , toute son éducation s'est faite ainsi , ses leçons étaient toujours partagées par un coûte, c'était un véritable stimulant pour elle; je crois qu'elle aurait bien moins apj^'is si l'on n'avait eu cette complaisance ; ejle en avait tant de reconnaissance qu'elle croyait ne pouvoir mieux la prouver qu'en s'appliquant à ses devoirs. On pourrait dire que le jeu lui servit d'échelon pour atteindre la science.

(2) Quelqu'un avait mené Elisa à une imprimerie où un ouvrier lui avait imprimé son nom sur le bras; elle en avait été si enchantée qu'elle ne voulait pas que je lui lavasse le bras sur lequel il éj^it dans la crainte de l'effacer. «Vois donc, me disait-elle, ma petite maman , comme mon nom est joli quand il est imprimé. )) Cette imprimerie était celle de M. Mélinet Malassis où SCS premières poésies ont été imprimées; et, ce qu'il y a de singulier, c'est que l'ouvrier pressier qui a imprimé à Nantes, chez M. Mélinet, .les poésies d'Elisa Mercœur est le même qui imprime ses Œuvres à Paris.

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