‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 26 sur 264 · L MEMOIRES · texte numérisé non relu

L MEMOIRES

rayons chargés de livres de sa composition. = . Ce fut dès l'âge de six ans qu'elle eut la pensée de faire une tragédie sur le sujet qM'€;Jle a traité à dix-neuf. Yoici ce qui lui en donna l'idée :

Du moment où Elisa sut lire , la lecture devint sa passion dominante , surtout celle de l'histoire, des contes et de la tragédie.

Pour qu'elle ne gâtât pas tous les livres de ma bibliothèque, j'avais été obligée de lui en abandonner quelques-uns. Parmi ceux que j'avais mis sa disposition se trouvaient les deux volumes de Gonzalve de Cordoue , par Florian , qu'elle ne pouvait se rassasier de lire, quelques volumes des contes des Mille et une Nuits et un volume de tragédies par Ducis, où se trouvait son roi Léar. Elisa la lisait si souvent qu'elle ne tarda pas à la Savoir toute par cœur. Il fallait entendre de combien de malédictions cette pauvre petite chargeait les deux ingrates filles de ce malheureux monarque, et comme elle le plaignait d'être le père de pareils monstres! — Mais les malheurs de la jeune et vertueuse reine de Gfenade et d'Abenhamet, son amant, lui faisaient verser d'abondantes et constantes larmes. Une fois, qu'elle pleurait à sanglots sur ces infortunés, elle me dit :

D ELISA MERCOEUR. Ll

« Comme cette histoire -là est. triste , ma petite maman ! Quel malheur que ce ne soit pas un conte !

— Et pourquoi trouves-tu si malheureux que ce ne'soit pas un comte , ma chère mignonne ?

— C'est parce qu'on sait bien , vois-tu , quand on lit un conte, que ce n'est pas la vérité, et qu'alors on ne s'afflige pas ; au lieu que l'histoire , c'est bien différent , tout y est vrai , n'estce pas, maman ?

— Oui , quant aux faits recueillis par les historiens, comme tu le vois dans le Précis sur les Maures. Mais quand un écrivain prend un de ces faits pour en faire un outrage, en un ou plusieurs volumes , quoiqu'il consulte dans l'histoire les principaux événemens arrivés aux personnages qu'il veut mettre en scène et qu'il étudie leur caractère, tu sens bien que, malgré tout cela , ma chère petite , il est obligé d'ajouter beaucoup du sien. Ainsi tu vois que, dans ces sortes d'ouvrages , le fond seul appartient à l'histoire, et que les détails appartiennent à l'auteur ; et ce sont ces détails qui lui coûtent tant de combinaisons (car il faut qu'ils paraissent si essentiellement liés à l'histoire, que le lecteur croie qu'ils en font partie ) qui donnent , par

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