CIV MÉMOIRES
emporter mes vers avec moi , et j'entrerai lui demander s'il voudrait avoir la bonté de me les insérer dans le feuilleton du Journal de Nantes.» M. Mélinet, surpris de la démarche d'une jeune fille qui, dans son enthousiasme poétique, venait avec toute la candide et naïve confiance de son âge le prier de publier les vers que lui avait inspirés la délicieuse voix de la cantatrice qui avait débuté la veille , les prit , les lut et les relut avec attention ; et , levant les yeux sur leur jeune auteur qui attendait sa réponse en silence :
«Vous désirez, n'est-il pas vrai, mademoiselle , que je fasse connaître vos vers dans mon journal?
— Oui , monsieur ; est-ce que vous ne les trouveriez pas bien?
— Pardonnez-moi, mademoiselle, je les trouve bien , très bien pour un début , lui dit-il d'un ton de voix tout-à-fait paternel, car M. Mélinet est le meilleur des hommes ; mais vous ferez mieux encore , oui , beaucoup mieux , le feu qui brille dans vos yeux m'en est un sûr garant; et , si vous voulez l'essayer, vous ne tarderez pas à vous convaincre que j'ai raison de vous parler ainsi. Dans deux jours , mon journal apprendra
d'élisa mercœur. cv
aux Nantais qu'ils possèdent parmi eux une jeune fille poète. Je vous engage à revoir vos vers, vous pouvez d'ici demain au soir y faire toutes les corrections que vous jugerez à propos, et si, par la suite, vous vous décidez à écrire pour le public , moi je me charge , mademoiselle , de lui faire connaître vos productions , non par le feuilleton de mon petit Journal de Nantes j mais par la voie de mon Lycée, armoricain. — Eh bien! monsieur, si je me décide à écrire, ce que je crois , je profiterai de votre obligeante proposition, j'aurai recours à vous. Mais, ditesmoi , je vous prie , car tout ce qui se trouve hors du cercle de mes occupations m'est toutà-fail étranger, qu'est-ce que c'est que votre Lycée armoricain ?
— C'est un journal mensuel que je publie, mademoiselle, et dans lequel plusieurs auteurs distingués écrivent; et, comme il est répandu dans la capitale et dans toutes les grandes villes de France , je vous l'offre comme un moyen plus sur et plus prompt de vous faire connaître avantageusement.
— Je vous remercie, monsieur, de vos bonnes intentions à mon égard, conservez-les-moi, et je forai tous mes efforts pour me rendre digne