CVIII MÉMOIRES
vres nécessaires pour l'apprendre. C'est au bon M. Danguy, que vous connaissez sans doute, monsieur , que je suis redevable de presque tout ce que je sais ; je dis presque , car ce sont les leçons qu'il m'a données qui m'ont aplani toutes les difficultés de celles que j'ai été obligée de prendre de d'autres. »
Depuis cet instant, M. Mélinet prit le plus vif intérêt au sort d'Elisa , et n'a cessé, comme on le verra , de lui en donner des preuves chaque fois que l'occasion s'en est présentée. Sachant que la pauvre petite désirait se livrer à la carrière des lettres , afin qu'on fît plus d'attention à elle , M. Mélinet attendit , pour publier les vers qu'elle avait faits le jour du second début de celle qui les avait inspirés. On conçoit que l'apparition des vers d'une jeune fille de seize ans, faits à la louange de la débutante qui fixait dans ce moment l'attention de tous les amateurs, ne durent point passer inaperçus; aussi causèrent-ils une espèce de révolution : on ne parlait plus que de la jeune poète. M. Mélinet , en envoyant à Elisa , le jour de l'insertion des vers , un numéro du journal où ils se trouvaient, avait eu la politesse d'y joindre deux billets afin qu'elle pût assister au second
d'élisa mercoedr. ctx
début de la première chanteuse. Il fut on ne peut plus brillant. Le spectacle commençait par une comédie en trois actes de M. Bouilly, Madame de Sévigné. Pendant la représentation , Elisa fit des vers sur la jeune et jolie actrice qui jouait le rôle de Marie ( c'était la fille du directeur ). Ces vers, que je joins ici, n'ont point fait partie des deux éditions des Poésies d'Elisa.
A mademoiselle Gabrielle Bousigues (1), joutant le rôle de Marie dans Madame de Sévigné, comédie en trois actes , de M. Bouilly.
Que j'aime cette voix timide , Cet embarras , ces yeux pleins de douceur, Cette bouche semblable au bouton d'une fleur,
Qui naïvement se décide A confier le secret de ton cœur !
Ah! quand , accompagné du plus joli sourire , S'en échappe l'ayeu que tu fais à Pilois ,
Marie, en secret ou désire ;
Tout comme lui sairre tes lois.
Chacun , épris de ta grâce touchante , Tremble quand Sévigné , jaloux de son bonheur,
Pour tromper ton âme innocente , Sous le doux nom d'ami te cache un séducteur.
Oui, pour cette aimable ingénue ,
On craint, on blâme son amour ;
(i) Devenue depuis madame Thénard , la même que les Parieus sont si souvent allés applaudir au Vaudeville.
ex MEMOIRES
L'âme inquiète et tout émue,
On l'accuse , et pourtant on se dit à sou tour :
Oh! c'est bien mal... Mais elle est si jolie!...
Jeune Gabrielle-Marie !
Fille charmante, au regard enchanteur,
En témoignant cette -vaine frayeur,
Peut-on le prouver davantage
Combien nous chérissons l'image
Que nous rendent tes yeux , ta grâce et ta candeur.
Je regrette beaucoup de ne pouvoir joindre aux vers ci-dessus que quatre de ceux qu'Elisa avait faits précédemment sur la première chanteuse. Mais je n'ai pu m'en rappeler davantage ; j'ai eu beau feuilleter tous les papiers qu'elle m'a laissés , il m'a été impossible , malgré mes recherches , d'en trouver ni la copie , ni le numéro du journal où ils furent insérés le 5 ou 6 septembre iSaS.
FRAGMENT
Quand sa flexible \oix , si légère et si tendre , Modulait doucement des sons harmonieux , Le zéphyr attentif se taisait pour l'entendre , Et tout pour l'écouter était silencieux.
d'eus A MERCOEUR. CXI
Les vers d'Elisa eurent tant de succès, que, dans son étonnement , elle me dit. . . car dès lors on publia qu'elle était née poète :
« Ah ça , maman , il faut donc bien peu de chose pour être poète, si les deux faibles preuves que j'ai données suffisent poui* me faire déclarer telle ; puisqu'il en est ainsi , je m'en vais suivre le conseil de M. Mélinet, je vais écrire dans son Lijcée armoricain.
Les deux premiers morceaux qui y parurent furent : DorSj mon amij qui se trouve en tête de son volume de Poésies, et l'élégie qui le suit. Je place ici des vers que les deux morceaux dont je parle inspirèrent et qui furent envoyés ù M. Mélinet , pour être remis a Elisa et insérés dans le Lycée.