CXVI MEMOIRES
Enfin , après avoir publié successivement plusieurs morceaux dans le Lycée armoricain , Elisa se trouva être arrivée au même mois où un an auparavant on y avait publié ses deux premiers. Etonnée de l'accueil sans caprice de ses lecteurs, elle me demandait ce que je pensais d'un succès qui lui avait coûté si peu et qu'elle croyait si peu mériter, lorsqu'on lui remit un journal qui lui était adressé de *Lyon , et qui contenait sa nomination comme membre correspondant de VÀcadémie provinciale. C'était une société qui venait d'être établie depuis peu dans cette ville, et dont M. de Chateaubriand élait président perpétuel.
Surprise autant que flattée de voir son nom associé à celui de nos écrivains les plus célèbres, car, en se formant , VAcadémie provinciale avait appelé à elle toutes les illustrations de notre époque, Elisa, qui ne se serait jamais imaginé qu'elle dût être académicienne à dix-sept ans, éprouva une telle émotion que je fus obligée de Faider à gagner le lit , ses jambes refusant de
•vinrent par la voie de M. Mélinet, j'en aj vu peu d'aussi flatteur que celui que contenait une lettre qu'il reçut de la célèbre mademoiselle S.-U. Tremadeure, qui écrit pour la jeunesse, et dont l'Académie française a si justement couronné plusieurs fois les travaux.
d'élisa mercoeur. cxth
lui rendre ce service. Dès qu'elle put le quitter, car elle fut assez gravement malade , elle prit la plume et écrivît la lettre suivante à VAcadémie provinciale , et lui adressa en même temps sa pièce de la Pensée , ce qui fut cause que le Lycée ne publia rien d'elle dans le mois de novembre (i).
« Rivaliser de gloire avec ces muses aimables « et célèbres dont la patrie s'enorgueillit en « adoptant tous leurs succès (2) , n'a point été « mon espérance ; mais j'ai éprouvé un senti- « ment d'orgueil en songeant que mon nom « pourrait trouver une place auprès de leurs « noms chéris. Cette espèce de rapprochement « est la première feuille de ma couronne litté- « raire : puissent à l'avenir des suflfrages mérités R joindre quelques lauriers à cette feuille pré- «* cieuse !
« Union et tolérance ! telle est la devise qu'a « choisie l'Académie provinciale ; un sourire et • son indulgence, telle est la prière que je lui
^t adresse aujourd'hui ! »
( 1) On verra en lisant la Pensée qu'il y a eu erreur dans sa date, puisqu'Elisa en fit hommage à VAcadémie provinciale en 1826.
(2) Elisa voulait parler de mesdames Desbordes- Valmorc, Amable Taslu et Delphine Gay, qui faisaient partie de l'Académie pro viucialc.