‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 42 sur 264 · CXVIII MÉMOIRES · texte numérisé non relu

CXVIII MÉMOIRES

L'Académie n'eut pas plutôt reçu la lettre d'Elisa qu'elle la fit insérer dans le journal Vindépendant (c'était celui qui lui avait fait connaître sa nomination) , et s'empressa de lui en envoyer plusieurs numéros. On y disait , après avoir parlé de Thommage qu'elle venait de faire de sa pièce de la Pensée à V Académie provinciale et que le journal annonçait devoir publier très prochainement (i) : « Mademoiselle Elisa Mercœur s'est déjà fait connaître par plusieurs pièces de vers très remarquables , insérées dans le Lycée armoricain, et surtout par une ode intitulée l'Avenir, où l'on trouve ces admirables strophes :

Le cœur est un miroir où se peint notre vie , etc.

Et l'on citait cette strophe en entier et les quinzième, seizième et dix-septième.

De même que les visages sont difFérens, la manière d'envisager les choses l'est aussi, à ce qu'il paraît, car cette pièce de V^^ venir dont l'Indépendant venait de faire un éloge si brillant, et qui fut citée tant de fois dans les journaux à cause de la profondeur des pensées qu'elle renferme, fut îm-

(i) Ainsi que l'avait annoncé le journal l'Indépendant, la Pensée fut insérée dans un numéro très prochain ; eUe fut analysée de la manière la plus flatteuse pour son auteur par M. AL Rastoul, membre de V Académie provinciale.

DELISA MERCOEUR. GMtL

pitoyablement critiquée par M, E. S. de Rennes, qui adressa sa critique à M. [M él in et, avec prière de la faire paraître dans son Lycée armoricain; mais M. Mélinet, qui a l ame aussi noble qu'il a le cœur bon, sentant bien qu'il ne pouvait être à la fois et protecteur et délateur d'EIisa , ne fit point paraître la critique de M. E. S., qui était dans les termes les plus injurieux et pour le talent et pour la personne d'EIisa qu'il ne connaissait pas (i). M. E. S. y disait en parlant de sa pièce de l'Avenir : « Quel est do7ic ce galimatias , ce fatras de vieilles pensées rafraîchies que mademoiselle Mercœur vient nous donner pour du neuf, etc., etc., etc. » Et, à l'en croire, les dernières strophes de celle pièce étaient les

(i) M. E. S- , ayant eu occasion de -ïcuir à Nantes, et désirant connaître la jefune fille qui avait été l'objet de sa critique, se présenta à la maison avec un jeune homme qui venait y acheter un volume de poésies. Comme M. E. S. ne fit que saluer eu entrant et en sortant, Elisa et moi nous le prîmes pour un sourd et muet de naissance, ce dont nous le plaignions beaucoup. Ce n'est que depuis notre séjour à Paris que nous apprîmes par un de ses amis, à qui il avait raconté sa singulière visite, que lesilencieux monsieur était M. E. S. de Renues.

Six mois ou environ après notre arrivée dans la capitale , M, E. S. envoya , par la voie de M. Mélinet , à Elisa un volume des pensées de trois jeunes femmes qu'il avait recueillies lorsqu'elles les confiaient it la brise du soir sans se douter du larcin que M. E. S. leur faisait.

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