‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 43 sur 264 · CXX MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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choses les plus ridicules du monde. Elisa se consola des injures qu'il lui jetait à" pleines mains en pensant qu'elle n'avait encore rencontré qu'un M. E. S., mais qu'elle avait trouvé beaucoup d'indulgence et de bienveillance parmi tous ses lecteurs.

Le titre de membre de l'Académie provinciale que depuis sa nomination Elisa ajoutait à sa signature lorsqu'elle publiait des vers dans le Lycée armoricain , bien que regardé par la plupart comme un tilre inventé à plaisir, rehaussa néanmoins tellement son talent, que ceux qui n'avaient point entendu parler d'Elisa Mercœur avant qu'elle écrivît, s'imaginèrent qu'il se pouvaitqu'un homme, pour répandre plus de charme sur ses poésies et les faire lire avec plus d'intérêt, signait ce nom de jeune fille. Celte idée prit tant de consistance dans l'esprit du vieux marquis Bl. de la M*** de Rennes, qui croyait voir la scène de la Métromanie en action, qu'il écrivit à M. Mélinet pour lui demander des renseignemens à ce sujet. M. Mélinet lui répondit que le sexe, l'âge et le nom de l'auteur dont il insérait les jolis vers dans son Lycée armoricain n'étaient nullement d'invention, que mademoiselle Mercœur était une jeune fille aux longs et beaux yeux noirs

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pleins de feu et de génie. El un quatrain fut adressé à M. Mélinet par le marquis Bl. de la M***, véritable métromane, pour être remis à la jeune Muse armorcaine (i).

L'idée du marquis Bl. de la M*** parut si bizarre à Elisa , qui ne se serait jamais attendue qu'on dût lui trouver assez de talent pour douter de son sexe qu'elle en rit comme une folle.

Je ne sais si ses progrès étaient aussi rapides qu'on le disait, ou si son titre d'académicienne n'aidait pas un peu à les faire paraître tels , toujours est-il vrai qu'on l'en félicitait de tous côtés, et ce qui pourrait faire croire que ces félicitations pouvaient bien n'être pas sans fondement, c'est que la Société académique de Nantes vint joindre ses éloges à tous ceux qu'on lui prodiguait.

Le secrétaire général de la Société académique du département de la Loire- Inférieure.

« Mademoiselle ,

t Si les fonctions qu'on m'a confiées peuvent « avoir parfois quelque chose de flatteur j^our • moi, c'est lorsque, devenu l'organe de la So-

(i) C'était le nom qu'on donnait à Elisa depuis qu'elle écrivait dans le Lycée armoricain.

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« ciété académique , je n'ai qu'à transmettre « d'unanimes suffrages et à distribuer pour elle « de justes éloges. Vous annoncer qu'elle vient, « dans sa séance du 3 mai 1827, ^^ vous rêce- « voir au nombre de ses membres correspon- « dans, c'est vous donner une preuve de l'in- « térêt qu'elle prenait depuis long-temps à vos « aimables travaux , auxquels elle a d'abord « souri comme à d'agréables préludes; mais a qu'elle a applaudis ensuite lorsqu'elle a vu leur « succéder de plus savans accords. En rendant « cette justice à vos talens , elle a pensé que, « jalouse de la seconder, vous vous efforceriez « de réaliser de plus en plus les espérances « qu'elle a fondées sur votre avenir.

<« Il vous sera , je n'en doute pas , facile d'y « réussir ;. il ne faudra pour cela que peindre « avec la même vérité que vous avez mise dans «vos productions, celte foule de sensations « dont votre âme est remplie. Les femmes sont « toujours sûres de trouver dans leur cœur les « inspirations que les hommes cherchent dans « leur esprit. Puisez-y donc , Mademoiselle , « comme à une source intarissable, qui prë- « tera.à vos vers ces vives émotions, cette « douce sensibilité , ce délire qui est la poé-

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« sie elle-même, quand il est naturel et pro- « fond.

« Recevez, Mademoiselle, etc., etc., etc.

« R. LUMINÀIS. »

« P. S. J'oubliais de vous parler de votre di- « plôme que je joins ici, et dont je vous prie de « m'accuser réception.

«Nantes, mai 1827.» , ..

Elisa fut extrêmement flattée de sa nomitta^ tion à la Société académique de Nantes. Si tous les éloges et les honneurs qu'on lui prodiguait avaient pu lui tenir lieu de fortune , rien n'eût manqué à son bonheur ; mais la pauvre enfant se demandait sans cesse si la gloire ne rapportait jamais plus d'argent à personne qu'à elle , car il y avait déjà assez long-temps qu'elle écrivait, et pas un de ses vers ne lui avait valu encore un seul denier.

M. MéHnet voyant qu'elle s'affligeait de ne tirer aucun profit de ses travaux , craignant qu'elle ne se dégoûtât d'écrire, lui conseilla de rassembler toutes les pièces qu'elle avait faites en un volume, qu'il se chargerait de l'imprimer, et qu'il ne lui ferait payer que ses déboursés ; qu'il fallait qu'elle cherchât des sous-

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cripteurs; qu'il allait, de son côté, faire loiii ce qu'il pourrait pour lui en procurer, et, huit ou dix jours après , il envoya à Elisa le traité suivant :

«Les soussignés, voulant donner à madeselle Elisa Mercœur un témoignage de l'estime qu'ils ont pour ses talens , se réunissent pour lui faire la proposition suivante relativement à la collection de ses poésies qu'elle se propose de faire imprimer.

« Ils se chargent des frais d'impression jusqu'à la concurrence de 5oo exemplaires.

« Ils lui offrent pour le droit de débit de ces 5oo exemplaires une somme de i ,200 fr.

« Le manuscrit restera la propriété de mademoiselle Mercœur, qui ne pourra cependant en faire une seconde édition que lorsque les quatre cinquièmes des 5oo exemplaires seront écoulés.

«Il sera cependant loisible à mademoiselle Mercœur de faire tirer pour son compte 5oo exemplaires de plus, mais sous la condition que 4^0 au moins resteront en dépôt et ne pourront être mis en vente par elle que lorsque les 5oo premiers auront été placés. Quant aux 5o autres , mademoiselle Elisa Mercœur sera

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libre d'en disposer pour les présens qu'il lui conviendrait d'en faire.

«Les soussignés chargent M. de Tollenare, l'un d'entre eux , de conclure d'après les bases cidessus avec mademoiselle Mercœur, de traiter avec M. Mélinet-Malassis, l'imprimeur, et de suivre l'accomplissement du traité. »

0 C'est bien heureux, maman, me dit Elisa après avoir examiné les clauses du traité qui précède, que ce traité, qui certes n'a été fait que dans le dessein de m'être utile, ce dont je suis fort reconnaissante, ne me soit pas parvenu huit ou dix jours plus tôt ; car, n'ayant point alors contracté d'engagement avec aucun souscripteur, j'aurais sans nul doute accepté la somme qu'on m'y propose pour la publication de mes poésies, et avec empressement, je t'assure; et tu vois , d'après le nombre de souscriptions que M. Danguy m'a recueillies depuis ce temps (i j, que j'aurais eu tort, puisque j'aurais perdu cent pour cent sur mon édition , peut-

(i) Dès que M. Danguy a^ait appris que, suivant le conseil de M. Mélinet, Elisa se disposait à publier ses poésies et qu'il fallait qu'elle s'assurât de souscripteurs, point essentiel pour pouvoir faire imprimer , sentant bien qu'il n'était pas convenable qu'une jeune personne se mît à leur recherche , il l'avait priée de le Inis-

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