CX\XI[ MEMOIRES
ù l'abri de tous dangers. Je crois réellement que si Elisa avait voulu mettre un prix à sa complaisance, que la r<5ponse de M. de Chateaubriand lui eût rapporté beaucoup d'argent. Que de félicitations ne reçut-elle pas sur le bonheur de posséder un tel trésor!...
Convaincue par tout ce dont j'ai été témoin du prix qu'on attache aux autographes des personnes destinées par leur génie à traverser tous les siècles, et désireuse de réunir aux Œuvres de ma fille tout ce qui peut attacher le lecteur, j'ai pensé qu'il me saurait gré de les avoir enrichies des fac-similé des deux premiers autographes qu'elle reçut des deux grands hommes qui ont fait son destin (i),; l'un en fixant en un instant par son opinion l'opinion du public sur son talent, l'autre en s'occupant du sort à venir de la jeune poète , et en lui assurant une existence à l'abri des caprices de la littérature. Ces deux fac-similé se trouvent immédiatement après les pièces dont ils sont les réponses. (Voir après la dédicace à M. de Chateaubriand et après la pièce de la Gloire, pages 12 et 178 de ce volume.)
Pressée par mes souscripteurs de leur donner un fac-similé de l'écriture d'Elisa en regard de
(i) M. (ie Chatoaiibriand et M. de Martignar.
U EUSA AlERCCKUn. CXXXUI
son portrait, que, grâce à l'obligeance de M. Devéria , j'ai eu le bonheur de pouvoir, ainsi qu'ils le désiraient, ajouter à ses Œuvres (i), pour que ce fac-similé ait un autre mérite à leurs yeux que celui de produire seulement ses caractères,
(i) Ne pouvant , d'après les demaiides réitérées qui m'avaient été adressées, me dispenser d'ajouter le portrait de ma fille à ses œuvres , je souhaitais, ainsi qu'on m'en avait priée, qu'on le fît sur le croquis d'un petit profil qu'elle avait fait en se palpant les traits. Je ne aais si Id crainte de ne pas être payé n'entra pas pour quelque chose dans tous les refus que j'essuyai ; mais personne ne pouvait faire ce que je désirais!... Désespérée, je portai le croquis d'Elisa à M. Devéria , auquel je n'avais pas osé m'adresser d'abord, et vingt-qualre heures après, sou neveu m'ppporla le billet suivant :
u Madame , « Je vous fais remettre les matériaux que vous m'avezconftés cl '< le dessin que j'ai pu en retirer. Vous ne me devez rien, et soyez « assez bonne, toutefois, pour qu'il n'en soit plus question entre « nous.
« Si le dessin vous est utile, je vous répète l'adresse de M. Lei< mercier *, rue de Sc'we , 55.
« Recevez, madame, les très humbles respects de votre dévoué,
• « A. Devéria. »
Dès que j'eus achevé de lire le billet de M. Devéria , sou neveu développa la pierre sur laquelle était dessiné le portrait de ma tille. C'est le seul instant de bonheur que j'ai eu depuis sa mon ! Il me sembla qu'après une longue absence , EHsa revenait ver.s moi ; et je m'élançai pour l'embrasser. Heureusement que ce cri
* Nom du lithographe chez lequel a ëlé fait le tirage du portrait de ma fille. J'ai eu beaucoup à tne louer de M, Lemercier. Je me trouve heureuse de l'avoir pour souscripteur.