CXLVI MEMOIRES
«Ce qui signifie clairement, me dit Elisa, enchantée de cette remarque , que je ne tarderai pas à recevoir la] pension que son excellence a promise pour moi à M. de Villeneuve lorsqu'il lui a présenté mes Poésies. Tout me porte à le croire du moins (i), et tant mieux! tant mieux! qu'elle vienne, car alors rien ne manquera à notre bonheur ; mais , en l'attendant , prends toujours le brevet de celle-ci , maman , prends ces gratifications aussi... prends... tout est pour toi!... Mon Dieu! que je suis heureuse d'être pensionnaire de la maison du roi ! ! ! » Puis, s'abandonnant à toute la joie que cette idée lui causait, et dont la surprise avait un instant paralyséjles [élans , elle me saisit par les mains » m'entraîna jusqu'au milieu de la chambre , me fit tourner jusqu'à perdre haleine , en me criant
de -votre avenir toute l'admiration que lui cause votre talent si précoce, et tout l'intérêt que lui inspire votre touchante position.» Elisa eut, par la suite, la satisfaction de voir se réaliser à la lettre les espérances que lui avait fait concevoir M. de Villeneuve.
(i) Il y avait déjà un mois lorsqu'Elisa reçut le mandat de M. de Martignac que M. de Villeneuve lui avait fait savoir par son secrétaire que le comité d'examen des ouvrages littéraires s''était assemblé pour entendre le rapport qui lui avait été fait sur ses Poésies, et que la décision du comité lui avait été favorable, ce qui lui faisait croire qu'elle ne tarderait pas à recevoir la pension que M. de Villeneuve avait demandée pour elle à M. de Martignac. Je ne sais ce qui retarda la décision du ministre.
DELISA MERCOEUR. CXLVII
à tue-tête : « Que je suis heureuse , maman L que je suis heureuse delrc pensionnaire du roi!!!» Et, comme la reconnaissance entrait aussi spontanément dans son cœur que la joie et la peine, avec cette différence que la joie et la peine en sortaient, et que la reconnaissance s'y clouait, Eiisa prit la plume pour exprimer la sienne au comte Donatien de Scsmaisons et au vice-amiral Halgan qui avait été de moitié dans les démarches qu'avait nécessitées la pension dont elle venait de recevoir le brevet , jet dont il lui avait aussi envoyé l'avis qu'il en avait reçu ; car pendant que, de son côté, le comte de Scsmaisons sollicitait cette pension du vicomte de Larochefoucauld , le vice-amiral Halgan la sollicitait de l'intendant général de la maison du roi, le baron de Labouillerie , c'était l'ami pour lequel il avait demandé un volume à ma fille... Ce fut en vain que, dans l'élan de sa reconnaissance , Elisa essaya d'écrire, force lui fut de déposer la plume, car elle comprit qu'elle serait impuissante à traduire ce qu'éprouvait son cœuj;.. Je n'entreprendrai donc point de décrire ce qui résista à la plume de ma fille. Eh ! comment le pourrais-je en effet, moi qui ne pense même pas qu'il soit possible , à moins de pos-