CL MÉMOIRES
voir... Dégagée de toute espèce de pédanterie , Eiisa leur paraissait un être à part... privilégié. .. et j'en ai vu qui ne savaient ce qu'ils devaient le plus admirer en elle ou de son talent ou de sa modeste simplicité. Plusieurs Allemands lui écrivirent pour la complimenter sur son talent. Elle reçut, entre autres, une lettre d'un élève de l'infortuné Kotzebue, dont Le style était un modèle de grâce... Elisa eut la satisfaction d'apprendre depuis son séjour à Paris que les Allemands voyageurs n'étaient pas les seuls qui eussent bonne opinion de son talent (i).
Le bruit se répandait depuis quelque temps
(i) « Madame de Villers vous aura dit , Mademoiselle , que vos Poésies avaient du succès à Berlin; mon frère (Àudalbert de Chamisso) les a fait connaître dans les cercles de tous les savants et littérateurs de ce pays , et sa qualité de poète les lui a fait lire et sentir avec un double intérêt ; j'espère que nous en entendrons
encore parler, »
^ « D'Engente , née de Cua.misso. »
Paris, décembre 1829.
Peu de temps après , M. de Charaisso écrivit à sa sœur qu'il avait lu la pièce de la Gloire d'Elisa en présence du prince royal , dans cette séance solennelle qui se tient chaque année à Berlin, et où se réunissent les sava ns les plus distingués de l'Allemagne , et qu'elle y avait excité une admiration générale. « Assure mademoiselle Mercœur, disait M. de Chamisso à sa tœur, que. je ne laisserai échapper aucune occa sien de faire connaître ses poésies avantageusement »
o'iLISA MERCOEUR. CLI
que S. A. R Madame, duchesse de Berri, devait venir dans notre ville. Une dépêche ofiicielle annonça aux Nantais qu'ils jouiraient du bonheur de posséder cette princesse; qu'elle arriverait à Nantes le 22 du même mois (nous nous trouvions alors au mois, de juin) ; qu'elle repartirait le 'ï) pour le Morbihan ; qu'elle reviendrait le 28, et ne quitterait Nantes que le i*^'^ juillet; que, pendant son séjour, elle visiterait tous les monumens publics ; qu'elle assisterait à la pose de la première pierre du pont de l'Ecluse ; qu'elle irait au spectacle , et honorerait de sa présence le bal que la ville lui avait fait offrir.
Le maire et le préfet, M. le baron de Vaussay, qui avait succédé à M, de Villeneuve (celui-ci était passé de la préfecture de Nantes à celle de Lille), pensant, d'après les bontés toutes récentes que S. A. R. Madame, duchesse de Berri, venait d'avoir pour Elisa, qu'il pourrait peutêtre lui être avantageux d'être présentée à la princesse, lui en firent la proposition, Elisa l'accepta avec transport. Nous nous occupâmes donc de suite, Elisa de faire des vers pour Son Altesse , et moi des préparatifs de notre toilette, car nous étions invitées du bal que l'on devait donner à Madame , et Madame devait arriver