‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 55 sur 264 · CLII MEMOIRES · texte numérisé non relu

CLII MEMOIRES

SOUS peu de jours. Il parut enfin ce jour tant désiré, si lent à venir au gré des Nantais, ce jour où ils devaient accueillir avec des cris d'allégresse la mère de celui qui semblait destiné à régner sur la France!... Qu'un autre jour fut différent pour elle ; mais alors le silence de tous lui prouva leur sympathie comme leur respect pour son malheur.

Nous nous rendîmes à l'heure indiquée au palais ; la princesse y fit le plus gracieux accueil à Elisa. Son Altesse parut extrêmement touchée des vers qu'elle lui adressa (ils ne se trouvent pas dans les Œuvres (i) ), et l'en remercia dans les

(i) Deux mois avant la mort d'Elisa , nous arrivions alors de la campagne, un monsieur vint lui demander des vers pour uae Revue légitimiste qu'il devait bientôt publier. Elisa lui dit qu'elle était trop mal pour pouvoir travailler, mais qu'elle avait une ode qu'elle avait présentée à Charles X % au bas de laquelle se trouvaient des vers qu'elle avait dits à la duchesse de Berri lors de son passage à Nantes ; mais qu'elle ne se souciait pas de les donner,

* Lorsqu'Elba présenta son ode à Charles X, quoique ce fût la deuxième fois qu'elle parût devant ce souverain , il lui prit un tel tremblement , et elle devin* d'une telle pâleur que je craignis Je la voir se trouver mal. Je crois que le roi en eut la crainte aussi , car il me présenta un flacon de sel pour le lui faire respirer, et lui dit d'un ton fort ému : • Vous m'afQigez , jeune fille , de trembler ainsi devant moi ; remettez-vous , vous n'êtes pas devant un ennemi, je vous l'assure. • Et comme s'il eût vÀlu la dédommager de l'émotion qu'il lui avait causée , il lui dit qu'elle pouvait compter sur une pension de 1,200 fr. sur sa cassette. Cinq semaines après , Elisa perdit l'espérance de voir se réaliser la promesse de Charles X : il n'était pins roi ! ! !. .. S(

DELISA MERCŒUR. CLIIl

lermes les plus affectueux, et, sept jours après, lorsque nous revîmes cette auguste princesse au bal (i) , elle daigna s'arrêter pour parler à ma fille qui se trouvait, comme beaucoup d'autres dames, sur le passage de Son Altesse au moment où elle faisait le tour de la salle. Si l'amourpropre satisfait suffisait pour assurer le bonheur, celui d'Elisa l'eût été pour jamais ; mais de même que l'on voit le beau temps succéder à l'orage , on voit aussi les larmes succéder à la joie, et nous en fûmes un triste exemple. On avait profité du temps que nous étions au bal pour s'introduire à la maison, et l'on nous avait emporté deux sacs , dont l'un contenait l'année de pension et les gratifications qu'Elisa avait reçues tout récemment, et l'autre où se trouvait une somme de 2,000 fr. , argent qu'elle desti-

parce qu'elle avait peur qu'on lél lui perdît. Le monsieur, enchanté de pouvoir publier des vers adressés aux augustes personnages dont je viens de parler, promit à Elisa, si elle voulait les lui confier, qu'il en aurait le plus grand soin ; qu'il les lui rapporterait lui-même ainsi que les épreuves , et Elisa , sans lui demander son nom , les lui confia ; mais le monsieur n'est pas revenu , et n'a

point renvoyé les vers

(i) Ce sont les réflexions qu'Elisa fit à ce bal , qui était le premier qu'elle voyait , qui lui ont suggéré l'idée du premier chapitre de son roman de Quatre Amours. Ce bal se donnait dans la belle salle de la Bourse, au milieu de laquelle se trouve placé le cadran de l'horloge dont on avait eu soin d'arrêter les aiguilles.

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