‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 59 sur 264 · CLXII MEMOIRES · texte numérisé non relu

CLXII MEMOIRES

lui prodigua, réparation sans effet pour ce malheureux, je crus que, comme cet illustre et infortuné poète , sa raison allait s'aliéner, quand je l'entendis s'écrier :

« Ah ! moi aussi , je ne serai bientôt plus qu'une malheureuse réprouvée, puisque la nature ne peut rien faire pour nous sans que les hommes ne nous en punissent!.,. »

Ce cri que je ne puis peindre , puisque le son est sans couleur, que je ne puis décrire, quoiqu'il retentisse encore dans mon cœur, me fit lever précipitamment les yeux sur elle. Les veines de son front étaient gonflées et de larges gouttes de larmes et de sueur tombaient sur ses joues déjà sillonnées par l'injustice et le malheur. Cet état de crise avait été si violent qu'il avait épuisé ses forces, l'accablement qui lui succéda la plongea dans un profond sommeil; ce sommeil, qui dura plusieurs heures , lui procura un grand soulagement ; elle n'avait presque plus de fièvre lorsqu'elle se réveilla ; elle cessa tout-à-fait lorsque sa pièce fut achevée. 11 lui fallut peu de temps pour se rétablir, et elle reprit ses occupations ordinaires.

Le temps, qui est un grand maître, démontra bientôt à Elisa que les chagrins dont le sort

DELISA AIERCOEUR. CLilII

semble quelquefois prendre plaisir à nous accabler ne sont bien souvent que des épreuves par lesquellesDieu se plaît à nous faire passer pour arriver à un état meilleur, et que les siens n'avaient pas été sans utilité pour elle, puisque le désespoir et l'indignation qu'ils lui avaient causés lui avaient inspiré sa pièce de la Gloire^ qui apporta un si prompt changement dans sa destinée, ou du moins qui l'accéléra comme on le verra.

Dès qu'elle avait pu se lever, elle avait fait quatre copies de sa Gloire et les avait adressées à MM. de Chateaubriand, de Martignac, Alban de Villeneuve et à un des médecins de Charles X, le baron Alibert (i) , et l'avait fait ensuite insérer dans le Lycée armoricain, où elle parut le i^*" d'août 1828. Quatorze jours après sa publi-

(i) Lorsqu'Elisa composa sa pièce de la Gloire , il n'y avait pas long-temps que le baron Alïbert lui avait envoyé par une dame de Nantes ( madame Duberne ) , un exemplaire magnifiquement relié de son édition illustrée de sa Physiologie des Passions, où se trouvait le billet suivant, et ce fut en reconnaissance de ce beau présent, qu'Elisa lui adressa une copie de sa Gloire.

(c Mademoiselle ,

« Vous m'avez enroyé des poésies charmantes. Vos vers sont lus « et admirés par tout ce qui m'entoure. En témoignage de ma « gratitude, j'ose vous offrir un livre ennuyeux, daignez Tac- « cueillir avec indulgence et recevoir tous mes complimens.

<f Alibert. »

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