‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 60 sur 264 · LXIV MEMOIRES · texte numérisé non relu

LXIV MEMOIRES

cation , elle reçut par le même courrier une réponse de M. de Chateaubriand, qui partait, lui disait-il, pour le pays dont elle faisait si bien parler les ruines (i), et une réponse de S. Exe. le ministre de l'intérieur, M. de Martignac , qui est celle que j'ai fait fac-similer, et qui se trouve, comme je l'ai dit, immédiatement après la pièce de la Gloire. On Terra qu'elle était accompagnée d'un envoi de gravures du Musée français, par Filhol. Ce présent du ministre et cette si flatteuse prédiction qu'il daignait lui faire : La Gloire, que vous avez si noblement chantée , ne sera point ingrate j lui firent penser que Son Excellence était peut-être disposée à se charger de la reconnaissance de cette capricieuse. Elle pensait à la pension que le ministre avait promise pour elle à M. le vicomte Alban de Villeneuve, et elle lui écrivit ce qui suit ;

Mademoiselle Elisa Mercœur à S. Exe, le Ministre de V Intérieur.

a Monseigneur,

« Je n'osais pas compter sur le suffrage de • Votre Excellence , j'étais encore plus loin de

(i) M. de Chateaubriand partait alors pour Rome, dont il avait été nommé ambassadeur.

d'ÉLISA MERCOEUn. CLXV

» m'attendre au présent dont votre main a cen- « tuplé le prix. Une louange de vous, Monsei- « gneur, vaut mieux à elle seule que les accU- « mations de la foule entière :

Mon espoir infidèle a repris sa chimère , D'un \œu timide encor je poursuis le bonheur Comme l'adieu rêvé de ma longue misère , Un noble écho m'apporte un mot consolateur.

« Et c'est vous , Monseigneur, qui l'avez pro- « nonce , c'est vous qui avez daigné me dire : « Votre Gloire ne sera pas ingrate. J'ai besoin de « vous croire ; mais j'ai fait si peu pour mériter « sa reconnaissance

A vous qu'elle a souvent cherché dans sa souffiance , A vous qu'elle a trouvé pour calmer ses regrets , Elle a dii faire au moins l'intime confidence De quelques-uns de ses secrets.

« Puisse-t-elle vous avoir dit qu'un meilleur « sort m'attend. Soyez indiscret, Monseigneur, « si c'est là ce qu'elle vous a confié. En le sa- 9 chant, j'aurai plus de courage ; il semble qu'on R atteint plus vite au bien qu'on espère

Hélas ! à peine assise au festin de la vie, A l'absynte aucun miel n'a mêlé sa douceur, Et l'heure eu rejoignant l'heure qu'elle a suivie , Toujours de ma couronne emporte quelques fleurs ; Mais , avant qu'elle soit entièrement fanée , Pourrai-je voir un ciel plus clair ?

CLXVI MEMOIRES

Aurai-je une moisson dans cette froide année Que je commence par l'hiver ?

^«Elle serait moins tardive sous le ciel de Paris ; « je sens que ce n'est guère que là qu'elle peut « mûrir. Mais on reste où la misère attache, et « moi je ne puis quitter Nantes. Partir est maint tenant tout ce que je rêve. Oh ! si un mot de t Votre Excellence m'appelait vers l'endroit où t la moisson peut jaunir, la reconnaissance de • la Gloire serait moins douteuse , et peut-être « daigneriez-vous croire à celle que je vouerais ■ au bienfait qui aurait changé la vie de l'int fortunée qui se dit, etc. , etc. »

Comme Elisa mettait son chapeau pour aller porter sa lettre à la poste, nous nous trouvions alors au 22 d'août, elle reçut de Paris un journal qu'elle ne connaissait pas encore, c'était le Voleur. Il contenait un article charmant sur sa pièce de la Gloire^ où soixante et quelques vers y étaient cités comme pour venir à l'appui de ce qu'on y disait de son talent. Cet article se terminait ainsi :

« On est frappé d'étonnement quand on songe « qu'une poésie si élevée, si vigoureuse, une « versification si mélodieuse et si savante, se t trouvent sous la plume d'une demoiselle de

DELISA MERCœUR. CLXVII

• dix-huit ans, élevée loin de la capitale et hors « du cercle et du mouvement littéraire; c'est « plus que jamais le cas de s'écrier : Nascitur « poeta ! »

Cet article était signé E. D***. Elisa pensa que M. de Chateaubriand en partant pour son ambassade avait sans doute prié quelqu'un de faire connaître dans les journaux la pièce que sa jeune compatriote lui avait envoyée; mais, plus lard, elle apprit que cette pensée était venue au docteur Aliberl; qu'il l'avait commuquée à M. Soumet , de l'Académie Française ; que M. Soumet, toujours empressé de seconder le docteur lorsqu'il s'agissait d'être utile ou agréable, s'était chargé de faire faire un article par une plume exercée et s'était adressé à celle si habile de son ami M Emile Deschamps. Cet article était si flatteur pour Elisa, qu'elle le regarda comme un heureux présage de sa tentative auprès de S. Exe. le ministre de l'intérieur; et, le cœur plein de cette espérance , elle porta gaîment à la poste la lettre qu'elle se disposait à y aller mettre lorsqu'on lui avait remis le journal le Voleur.

Je ne sais si , comme l'a dit Elisa dans son Double Moi , p. 244 du second volume , l'espé-

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