‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 68 sur 264 · HL · texte numérisé non relu

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S'illustre-ton jamais quand on n'ose minier?

Comme un son fugitif de quelque note amie , Accueille doucement un accent de ma voii. Elis.i Mebcccir.

Foyer secret du cœur, invisible pensée, Au douteux avenir livre mes premiers chants. Que ta voix est tremblante ! Ose donc, insensée : L'oreille qui s'incline entendra tes accens. Mais l'aurore au midi ne saurait être égale ; Le ciel n'est embrasé qu'à l'exil du printemps : Mon âme , de tes feux comble cet intervalle ; Vieillis-moi , s'il se peut, et dérobe le temps. Quoi ! pas un de mes jours n'a laissé de mémoire ? Quoi! mon nom reste encor dans l'ombre enseveli ?

Ah I pour moi chaque instant qui s'écoule sans gloire Est un siècle fané par la main de l'Oubli ! Mais toi , chantre sublime , à la voix immortelle , Demain , si tu l'entends , la mienne qui t'appelle Aura des sons plus purs que ses chants d'aujourd'hui.

Ainsi l'on voit le faible lierre

Mourir lorsqu'il est sans appui :

Si le chêne lui prête un rameau tutélaire,

11 s'attache , il s'élance , il s'élève avec lui.

Voyez de ce roseau trembler la faible cime , Au moindre souffle il penche et frémit sur l'abîme. Ah ! bravons l'aquilon qui le vient agiter ! S'illustre-t-on jamais quand on n'ose monter ? Le cèdre s'est caché sous le voile de l'herbe , Avant qu'arbre géant il grandît à nos yeux -,

Il monte encor, son front superbe

S'étend , et s'approche des cieux !

Passagers d'un moment , sans effroi du naufrage

Gaîment de notre asile abandonnons le seuil.

Eh ! qu'importe , après tout , que , pendant un orage

Notre vaisseau brisé nous jette sur l'écueil î

Sur les flots moins émus si notre voile flotte ,

Passons , mêlons un hymne aux chansons du pilote.

A toi-même , dans ton matin , Le Bonheur qui fuyait oublia de sourire :

Subjugué maintenant par les sons de ta lyre ,

Ce Bonheur tant rêvé s'attache à ton destin.

Par un instinct inné qui dispose de l'âme ,

Ta voix , qui s'unissait aux longs soupirs des mers ,

Surprenant dans ton cœur des pensers pleins de flamme,

Dans les temps d'infortune a trouvé des concerts.

Tu rejetas le fruit qui meurt lorsqu'on le cueille -,

La gloire pour ton front laissait croître un laurier -,

Marchant sans regarder le gazon du sentier,

Tu méprisas la fleur qui sous le pied s'effeuille.

Par toi , la Vérité , comme un divin flambeau ,

S'échappa de la nuit du silence et du doute;

Et , pour lever les yeux vers la céleste voûte ,

L'Ignorance vaincue arracha son bandeau.

Ton luth aux nobles sons par un vent du caprice

Lorsque tu le touchais ne fut point agité ;

Sa corde, que jamais n'effleura l'injustice ,

Eut même dans l'exil des chants de liberté.

Mais il est des momens où la harpe repose , Où l'inspiration sommeille au fond du cœur, Où les gouttes du ciel qui baignaient une rose En séchant par degrés n'humectent plus la fleur .

Dans ces instans de rêverie , Où ton luth sans accords est muet sous tes doigs , Comme un son fugitif de quelque note amie , Accueille doucement un accent de ma voix. Caresse le présent au nom de l'espérance ,

Songe au peu de saisons que j'ai pu voir cncor, Et combien peu ma bouche a puisé d'existence Dans le vase rempli dont je presse le bord. Tends une main propice à celui qui chancelle ; J'ai besoin , faible enfant, qu'on veille à mon berceau Et l'aigle peut , du moins , à l'ombre de son aile , Prologer le timide oiseau.

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