LE CLAIR DE LUNE
ELEGIE
Vi«De avec ta lueur verser l'oubli du jour,
Toi , qui lemblce jaillir du Qambeau de Tamour.
ELIIi MeUCUBUB.
A toi que vient chercher l'œil de la rêverie , Doux et charmant soleil de la mélancolie , Salut. Tel qu'une vierge au sourire enchanté , Qui s'embellit cncor de sa timidité , Quand tu montres aux cieux ton rayon solitaire J'aime à le voir au loin prolongé sur la terre ! Viens avec ta lueur verser l'oubli du jour, Toi, qui semblés jaillir du flambeau de l'amour 5
lo6 LE CLAIR DE LUNE.
Ecarte de ton front ce passager nuage ^
Viens, la brise s'endort sur Thumide feuillage.
Vois ces astres jetés dans un ciel calme et pur,
Immortels diamans , ils nuancent l'azur.
Dans un champ de saphirs , quand l'avançant timide ,
De ta molle clarté que le silence guide ,
Des nuits le dôme obscur s'éclaire et s'embellil ,
Tu parais effacer l'étoile qui pâlit.
Au paisible rayon que cherche ma paupière ,
On dirait qu'un secret d'amour et de mystère
Le plongeant transporté dans un trouble rêveur,
Comme apportant l'espoir se relève à mon cœur.
Loin de moi le sommeil et sa vaine magie ^
Ta céleste lueur enchante l'insomnie :
Blanche reine du soir, que de brûlans soupirs
Doivent monter vers toi sur l'aile des zéphyrs !
Long-temps , vierge du ciel , que la nuit se prolonge -,
T'admirer est plus doux que se bercer d'un songe !
Combien j'aime à te voir briller au bleu séjour,
Que tu plais à mes yeux , et que je crains le jour!
Charme de mon regard , tu pâlis . ah ! demeure !
Ou fuis plus lentement, et reviens avant l'heure.
( Février 1827/
STANCES
STANCES
Pour «mpotter nos jour» , que l« lempi marche vite !
Combien «u m'effrajais , calme de raa vieilleise : Combien je redoutai» d'ciisler san» amour I lUai» une âme de feu ne peut aimer lan» cesse : Le soleil n'est oui cicui que la moitié du jour.
Qu'importent quelques lours? ne faut-il pas mourir ': ËII9A MnKcacn.
Ce qui n'est plui pour l'bomrae «-til jamais été? Li MicTiKt.
Revenu de l'effroi que lui causa l'orage , Le nautonier sourit sur le fleuve calmé : Tel mon cœur, jouissant du repos du vieil âge , Maintenant est surpris , môme d'avoir aimé.
J'ai pourtant autrefois dévoré l'existence, Sans pouvoir soupçonner le passé , l'avenir -, Ce n'était qu'un présent embelli d'espérance : Rien ne m'avertissait qu'il était près de fuir.
Pour emporter nos jours , que le temps marche vile ! Qu'il est lent , quand il vient amener le bonheur ! On dit qu'un souvenir console de sa fuite : Le souvenir toujours existe-t-il au cœur ?
Le temps l'emporte aussi : l'infidèle mémoire A l'oubli rarement arrache le passé ; Et mes songes d'amour, ceux que rêvait la gloire , Ne sont plus qu'un lointain déjà presque effacé.
Que j'aimais , au réveil de la terre embellie , Voir les roses s'ouvrir sur des rameaux naissans Et quand je ne trouvais qu'une feuille jaunie , Pour oublier l'hiver je songeais au printemps.
Que de fois , attentive aux plaintes de ma lyre , Doucement la beauté me sourit, écouta; Et que de fois , rempli d'un passager délire , Son cœur, pour m'enivrer, sur le mien palpita !
A mon âme brûlante une âme fut unie -,
Je crus lire mon sort dans un touchant regard :
Mais bientôt celte voix qui me semblait la vie Stcla de longs adieux à mou chant de départ.
Tout un an s'écoula : siècle entier pour l'absence ! Je revins...» Sur sa tombe au retour je priai : Je pleurai les momens qu'enchantait sa présence ; Long-temps plein d'elle encor, je souffris... j'oubliai !
Combien tu m'effrayais , calme de ma vieillesse \ Combien je redoutais d'exister sans amour ! Mais une âme de feu ne peut aimer sans cesse : Le soleil n'est aux cieux que la moitié du jour.
Pourquoi donc le pleurer, ce délire éphémère ? Silence aux vains regrets qui flétrissent le cœur ! Alors qu'il va finir ses rêves sur la terre , Le paisible vieillard n'a-t-il pas son bonheur ?
Le remords ne vient plus condamner ce qu'il pense , Son regard n'entrevoit qu'un moment d'avenir ; Mais qu'importe à son âme une longue espérance ? Qu'importent quelques jours? ne faut-il pas mourir?
Tour à tour le destin , orageux et tranquille , Conduisit ici-bas son esquif balancé ; Et le suprême instant , pour le vieillard débile ; Est le dernier oubli , lorsque tout est passé.
(Février 1827.)