‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 89 sur 264 · L'ILLUSION · texte numérisé non relu

L'ILLUSION

ODE

L'bomiut: te doit ce qu'il êprouTe ; M> me sous la neige d'hiver Son «ouveair plonge et retrouve Aujourd'hui ce qui fut hier.

ELiil MeECtECK.

Se croire beureui eufiti , c'est le moyen de l'elrc.

Toi que Dieu mêle à rexistence Léger fantôme du bonheur, Douce fille de l'espérance , Illusion , prestige , erreur, De songes célestes suivie , L'homme te répand sur sa vie , Ta main agite son berceau ; Cette main toujours le caresse ,

l42 l'illusion.

Et, quand vient la pâle vieillesse , Tu t'assieds près de son tombeau.

Par toi l'infortuné soulève Le fardeau posé sur son cœur; S'il sommeille , l'aile d'un rêve Lui cache un instant sa douleur.

Lorsque le trépas l'environne , Son âme en fuyant s'abandonne A l'espoir d'un jour plus heureux •, Puisant l'oubli de l'injustice , Il voit au ciel un Dieu propice Qui sourit à ses derniers vœux.

Dans ce triste asile du doute Où le mortel est exilé , Tu suis pas à pas dans la route Son esprit tranquille ou troublé.

Souriant ou versant des larmes , Par toi l'homme trouve des charmes Dans un regard , dans un soupir ; Le passé près du cœur voltige , Et , paré de ton doux prestige , Fait un présent du souvenir.

Ainsi , dans sa courte carrière , Le mortel est guidé par toi ;

l'illusion. 145

Fuyant sur sa barque légère Paisible , il se livre à ta foi.

Tu le berces de tes images , Et , s'il gronde quelques orages , Il écoute à peine leur bruit.

L'onde se ploie ; il vogue, il passe , Et jouit du jour qui s'efface Sans penser que viendra la nuit.

L'homme te doit ce qu'il éprouve ^ Même sous la neige d'hiver Son souvenir plonge et retrouve Aujourd'hui ce qui fut hier.

Illusion , ta voix fidèle Doucement toujours lui rappelle Et ses pensers et ses amours.

Son cœur encore est plein de flamme , Et la jeunesse de son âme Lui semble celle de ses jours.

Heureux. ! quand , aveugle lui-même ,

Voilé du bandeau de l'espoir,

Toujours, soit qu'il chante ou qu'il aime,

Il suit un chemin sans le voir.

Lorsque fuit l'inexpérience ,

Comme dans sa paisible enfance

S'il a quelque triste soupir.

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