L'ILLUSION
ODE
L'bomiut: te doit ce qu'il êprouTe ; M> me sous la neige d'hiver Son «ouveair plonge et retrouve Aujourd'hui ce qui fut hier.
ELiil MeECtECK.
Se croire beureui eufiti , c'est le moyen de l'elrc.
Toi que Dieu mêle à rexistence Léger fantôme du bonheur, Douce fille de l'espérance , Illusion , prestige , erreur, De songes célestes suivie , L'homme te répand sur sa vie , Ta main agite son berceau ; Cette main toujours le caresse ,
l42 l'illusion.
Et, quand vient la pâle vieillesse , Tu t'assieds près de son tombeau.
Par toi l'infortuné soulève Le fardeau posé sur son cœur; S'il sommeille , l'aile d'un rêve Lui cache un instant sa douleur.
Lorsque le trépas l'environne , Son âme en fuyant s'abandonne A l'espoir d'un jour plus heureux •, Puisant l'oubli de l'injustice , Il voit au ciel un Dieu propice Qui sourit à ses derniers vœux.
Dans ce triste asile du doute Où le mortel est exilé , Tu suis pas à pas dans la route Son esprit tranquille ou troublé.
Souriant ou versant des larmes , Par toi l'homme trouve des charmes Dans un regard , dans un soupir ; Le passé près du cœur voltige , Et , paré de ton doux prestige , Fait un présent du souvenir.
Ainsi , dans sa courte carrière , Le mortel est guidé par toi ;
l'illusion. 145
Fuyant sur sa barque légère Paisible , il se livre à ta foi.
Tu le berces de tes images , Et , s'il gronde quelques orages , Il écoute à peine leur bruit.
L'onde se ploie ; il vogue, il passe , Et jouit du jour qui s'efface Sans penser que viendra la nuit.
L'homme te doit ce qu'il éprouve ^ Même sous la neige d'hiver Son souvenir plonge et retrouve Aujourd'hui ce qui fut hier.
Illusion , ta voix fidèle Doucement toujours lui rappelle Et ses pensers et ses amours.
Son cœur encore est plein de flamme , Et la jeunesse de son âme Lui semble celle de ses jours.
Heureux. ! quand , aveugle lui-même ,
Voilé du bandeau de l'espoir,
Toujours, soit qu'il chante ou qu'il aime,
Il suit un chemin sans le voir.
Lorsque fuit l'inexpérience ,
Comme dans sa paisible enfance
S'il a quelque triste soupir.