L ILLUSION
Cette souffrance est passagère , Et de sa blessure légère Une larme peut le guérir.
Si les doigts cherchent une lyre Par un instinct mystérieux , Ton souflle quand elle soupire L'effleure comme un vent des cieux.
Ta douce erreur , aimable fée, Si la voix est presque étouffée , Ranime le son affaibli.
Tu promets des âges sans nombre , Purs éclairs jaillissant de l'ombre , Échappés aux mains de Toubli.
L'amour , cette image céleste , Cette pure essence du cœur , Aux humains propice ou funeste , Te doit ses maux ou son bonheur.
Si quelque regret la dévore , L ame sent qu'il existe encore Une volupté dans nos pleurs.
Toi seule charmes ce délire , Et sur la flèche qui déchire Jettes des nuages de fleurs.
Mais souvent d'une voix plaintive Tu désenchantes nos instans ,
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Lorsque l'ivresse fugitive Nous avertit des pas du temps.
A ton haleine abandonnée, Notre étoile semble inclinée , A peine au matin de nos ans.
Ton prisme trompeur décolore Le rameau qui se couvre encore Des feuilles fraîches du printemps.
Ainsi , comme un ami fidèle Qui veille près de sou ami , Tu soutiens alors qu il chancelle Le courage , hélas ! endormi.
C'est toi qui sur l'homme prononces Couronné de fleurs ou de ronces , Il est esclave de ta loi :
Si la voix de la mort l'appelle , Tu conduis encor sous ton aile Son âme qui fuit avec toi.
( Avril 1827. )
LA