II. i
a(\li LE DOUBLE MOI.
peu d'antidote à coté du poison. Dans le monde , ce qu'on appelle sagesse , n'est souvent que la pratique de cette utile faculté. La prudence est un phare dont la clarté tutélaire, en nous montrant l'écueil , nous garantit du naufrage, tant que, maîtres du gouvernail , il dépend de nous encore de conduire notre vaisseau.
— Le génie.
— Non, dit Arnica avec un soupir de regret; non, toutes les semences de bonheur que j'ai jotées dans cette âme se flétriraient sous le souffle brûlant du génie. Pourquoi faut-il que cette faculté puissante , qui initie la pensée de l'homme dans une partie des secrets de la Divinité , soit un don si fatal à celui qui le reçoit! Hélas! on dirait que le génie frappe au front de l'être qu'il subjuge un sceau réprobateur. La fortune se détourne de la voie qu'il parcourt, les honneurs l'évitent avec soin ; l'amour ne sait pas l'entendre, l'amitié lui sourit à peine.... Mais la misère , l'envie , la haine, le mépris,
risolement, voilà ce qu'il rencontre sur son passage. Encore si la gloire, son altière idole, marchait auprès de lui, ou de loin lui tendait la main , et parsemait de quelques-unes de ses fleurs immortelles le sol aride de son chemin solitaire!.... Mais non, tant qu'il existe, l'orgueilleuse rejette son hommage , et ce n'est qu'à son ombre qu'elle prodigue enfin ce qu'elle refusait à sa vie.
— Nous voici devant un creuset dans lequel vous ne pouvez vous dispenser de puiser. Cette passion entre par droit d'utilité dans la composition de toutes les âmes. C'est un élément aussi nécessaire à la vie morale que l'air à la vie physique.
— Et qu'est-ce donc?
— L'espérance.
— Ah! vous dites vrai! L'espérance est une puissante magicienne aux ravissans prestiges. Sans elle , combien la vie serait pâle et froide ! C'est elle qui fait mouvoir tous les ressorts de l'âme ! Passion amie , on la dit fugitive, et pourtant nul sentiment n'est^
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plus fidèle, i'^lle ne s'éloigne pas un instant d'auprès du cœur; mais, Protée habile, elle sait prendre toutes les formes; elle change de visage comme les désirs changent d'objet. Si le passé appartient à la mémoire , l'avenir est le domaine de l'espérance, qui, franchissant l'étroit espace de la réalité, emporte l'âme dans le vaste champ du possible.
Quand l'homme épuise la coupe de l'infortune, l'espérance est comme une goutte de miel au fond du calice amer. Fantôme brillant du bonheur, elle est plus séduisante que le bonheur même. Sans doute, elle est souvent trompeuse ; mais , quelque prodigue qu'elle soit de mensongères promesses , c'est en vain que l'on reconnaît l'erreur de la confiance qu'elle inspire; parle-t-elle , on la croit encore. Si les hommes sont des voyageurs dans la vie, l'espérance n'est-elle pas leur bâton de voyage ! C'est un doux oreiller où s'appuie le cœur du malheureux pour s'y délasser de ses maux. C'est une fraîche oasis dans un brûlant désert.
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Comme il serait beaucoup Irop long* de rapporter ici toutes les réflexions qui se présentèrent à l'esprit d'Arnica en s'arrètant devant chaque alchimiste , nous dirons seulement qu'elle fît ajouter dans la fiole qu'elle tenait une dose de reconnaissance, de pitié, de musique, de religion, de peinture, de bienfaisance, de franchise, de justice, de persévérance et de résignation.
Quand la fiole fut pleine, et qu'on eut écrit dessus : Ame de Lénida^ on la plaça dans une case séparée. Alors la fée et l'Expérience sortirent du laboratoire, dont la porte s'ouvrit, comme la première fois, au moyen de la petite clef de diamant que le Destin avait remise à Amica. Mais, comme cette clef ne devait pas servir à livrer deux fois aux mêmes visiteurs un passage dans ces sombres lieux, elle disparut dans la serrure, et les deux battans se rejoignirent avec le même silence qu'ils s'étaient séparés