‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 3)Chapitre 2 sur 45 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

l8 HERMINiE.

VOUS : Si celle qui me le donna fut un seul jour injuste envers les malheureux, Dieu lui fit la grâce, par son prompt repentir, d'effacer du cœur de celle qu'elle avait offensée le souvenir d'une faute qu'elle eût bien voulu ne pas avoir à se reprocher. M. de Guiani et madame Angello , qui étaient restés muets pendant toute celte scène attendrissante, ne purent s'empêcher de la féliciter de ce qu'elle venait de faire. Mais rien ne peut rendre la touchante reconnaissance de cette pauvre vieille, qui aurait bien voulu sauter au cou d'Herminie, qui la prévint en lui donnant le baiser qu'elle n'aurait jamais osé lui demander. Cette jeune personne sentit aussitôt son cœur soulagé ; la bonne femme la quitta en lui donnant mille bénédictions; et Hermmie courut aussitôt chercher sa récompense, dans les bras de sa maman et de son oncle , qui ne pouvaient assez admirer les heureux résultats de la bonne éducation que madame Angello avait donnée à sa nièce. C'était le lendemain qu'Hcrminie devait

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sortir du couvent. Sa maman jugea que, d'après Faction qu'elle venait de faire, les conseils lui devenaient inutiles; et qu'elle trouverait dans sa vertu de quoi la préserver des écueils que l'on rencontre à chaque pas dans le monde, où elle allait entrer. Elle ne lu:' dit donc rien concernant la conduite qu'elle devait tenir dans la société ; elle lui laissa faire ses adieux à toutes les religieuses qui fondaient en larmes. Elle leur fit à chacune un petit présent, pour leur rappeler leur petite amie. Les domestiques ne furent point oubliés ; pour madame Angello , rien ne pouvait la consoler d'être privée d'Herminie qui, en la quittant , lui promit de la venir voir souvent. M. de Guiani eut toutes les peines du monde pour les arracher des bras l'une de l'autre. Il laissa, pendant quelque temps, un libre cours aux pleurs d'Herminie , qu'il regardait comme un juste tribut dû aux soins généreux de sa bonne maman, qu'elle allait visiter tous les matins.

Au bout de quinze jours , M. de Guiani

l8 IIERMINIE.

VOUS : Si celle qui me le donna fut un seul jour injuste envers les malheureux, Dieu lui fit la grâce, par son prompt repentir, d'effacer du cœur de celle qu'elle avait offensée le souvenir d'une faute qu'elle eût bien voulu ne pas avoir à se reprocher. M. de Guiani et madame Angello , qui étaient restés muets pendant toute celte scène attendrissante, ne purent s'empêcher de la féliciter de ce qu'elle venait de faire. Mais rien ne peut rendre la touchante reconnaissance de cette pauvre vieille, qui aurait bien voulu sauter au cou d'Herminie, qui la prévint en lui donnant le baiser qu'elle n'aurait jamais osé lui demander. Cette jeune personne sentit aussitôt son cœur soulagé ; la bonne femme la quitta en lui donnant mille bénédictions; et Herminie courut aussitôt chercher sa récompense 5 dans les bras de sa maman et de son oncle , qui ne pouvaient assez admirer les heureux résultats de la bonne éducation que madame Angello avait donnée à sa nièce. C'était le lendemain qu'Herminie devait

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sortir du couvent. Sa maman jugea que, d'après l'action qu'elle venait de faire, les conseils lui devenaient inutiles; et qu'elle trouverait dans sa vertu de quoi la préserver des écueils que l'on rencontre à chaque pas dans le monde, où elle allait entrer. Elle ne lu:' dit donc rien concernant la conduite qu'elle devait tenir dans la société; elle lui laissa faire ses adieux à toutes les religieuses qui fondaient en larmes. Elle leur fit à chacune un petit présent, pour leur rappeler leur petite amie. Les domestiques ne furent point oubliés ; pour madame Angello , rien ne pouvait la consoler d'être privée d'Herminie qui, en la quittant , lui promit de la venir voir souvent. M. de Guiani eut toutes les peines du monde pour les arracher des bras l'une de l'autre. Il laissa, pendant quelque temps, un libre cours aux pleurs d'Herminie , qu'il regardait comme un juste tribut dû aux soins généreux de sa bonne maman, qu'elle allait visiter tous les matins.

Au bout de quinze jours , M. de Guiani

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proposa à sa nièce d'aller passer l'été à la campagne , ce qu elle aurait accepté avec plus de joie, si madame Angello avait pu les y suivre ; mais elle se promit bien de lui écrire tout ce qu'elle ferait. Elle n'oublia pas d'emporter ses livres et sa musique. Ce fut là , que chaque jour M. de Guiani découvrit de nouvelles qualités dans lïerminie. Elle allait elle-même porter des secours aux malheureux, et prenait soin d'instruire leurs cnfans; elle ne manquait jamais d'écrire à sa maman ce qu'elle avait fait la veille.

L'hiver ramena à la ville Herminie et son oncle ; dès que cette première fut de retour , elle courut embrasser sa chère institutrice, qui était si aise de la revoir , qu'elle ne pouvait se lasser de la regarder. Herminie lui raconta ce qu'elle avait fait depuis leur séparation, et madame Angello donna des louanges à sa conduite.

M. de Guiani , qui jouissait d'une grande considération dans Naples , ne pouvait manquer de procurer de l'agrément à sa pupile;

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il recul plusieurs iavilations de diflercnles personnes , chez lesquelles il mena sa nièce , qui remplissait d'admiration tous ceux qui la voyaient. Elle conserva toujours au milieu de la société, cette modeste contenance qui lui gagnait tous les cœurs. Son oncle reçut pour elle plusieurs propositions de mariage; mais, lorsqu'il lui en faisait part, elle le suppliait de ne pas la presser de changer de condition, disant, quelle désirait passer sa vie avec un si bon oncle. M. de Guiani était bien décidé à ne jamais contraindre l'inclination d'Herminie; mais il aurait souhaité qu'elle eût fait un choix digne d'elle , car il savait bien qu'elle ferait le bonheur de l'homme qu'elle épouserait. Un jour , qu'il la pressait de faire un choix , elle lui répondit que s'il pouvait lui trouver un mari qui ressemblât à M. de Guiani, elle l'épouserait sur-le-champ. M. de Guiani voyant bien qu'il ne viendrait point à bout de la persuader , pria madame Angello de sonder les dispositions de sa nièce sur le mariage . elle n'obtint

d'elle que la même réponse. Ce qui lui fit naître l'idée d'engager M. de Guiani à demander la main d'Herminie ; jamais cet homme vertueux n*eût osé y prétendre, il trouvait trop de disproportion de son âge à celui d'Herminie , quoiqu'il n'eût alors que quarante-huit ans. Madame Angello eut beaucoup de peine à lever ses scrupules à cet égard. Il craignait, disait-il, qu'elle n'eût parla suite du regret de l'avoir épousé; mais cette bonne parente le rassura, en lui disant qu'elle était trop habituée à lire dans le cœur de son enfant , pour n'y avoir pas découvert l'inclination qu'elle avait pour lui. 11 se laissa persuader, et pria madame Angello de vouloir bien assurer son bonheur, en étant auprès d'Herminie l'interprète de ses sentimens. Ce que celle-ci fit dès le même jour ; elle eut la satisfaction de trouver sa fille adoptive telle qu'elle la désirait , c'està-dire moins sensible au rapprochement des âges qu'aux quahtés du cœur. Elle accepta donc sans balancer la proposition de

son oncle , qu'elle épousa dans la chapelle du couvent de celle qui lui avait toujours tenu lieu de la meilleure des mères. Cette union , formée sous de si fortunés auspices , ne fut jamais altérée , parce qu'elle était fon dée sur la vertu.

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