ELLE
Elle était belle. Je raimais avec le double délire de la jeunesse et de l'amour. En regardant celte taille élégante, cette tête enchanteresse, je ne pensais pas que le temps pût fa ner ces roses du premier âge, si fraîches, mais, hélas ! sitôt flétries ! La vieillesse ne me semblait pas faite pour Elle, Il durait encore, ce rêve de mon imagination, lorsque le jour du départ arriva. La gloire m'appelait , l'amour parlait en vain, j'écoutai la gloire : je partis. Nous échangeâmes nos regrets et nos espérances. Je promis de revenir, elle jura d'attendre. Le bruit d'une marche guerrière étouffa celui de mes derniers soupirs d'adieux. D'autres aussi me parurent belles, me semblèrent devoir l'être toujours. Je changeais à la fois et de ciel et d'amour.
Mais le temps que j'oubliais se souvint de moi bientôt, le sourire fut moins gracieux sur mes lèvres, le regard moins brûlant dans mes yeux; ma voix fut moins douce, mes pa-
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rôles moins persuasives ; mon cœur fut plus calme : je vieillissais.
L'hymen avait consacrémon dernier choix.
Époux et père , je recommençais pour mes enfans les songes qui étaient finis pour moi. « Ami , me dit un jour un de mes anciens frères de gloire, il y a ici une personne qu'autrefois nous avons connue; si tu veux, nous lui rendrons visite ensemble, mais je ne te dirai pas son nom, tu devineras. » Nous fixâmes le jour, et je fus fidèle au rendezvous. J'hésitais entre plusieurs souvenirs, je ne m'arrêtais sur aucun. Nous arrivâmes.
Nous entrons. Les premiers mots que nous adresse une voix chevrotante sont une excuse de ne pouvoir se lever. Je regarde. Une vieille femme assise dans un large fauteuil, entourée d'oreillers , le nez chargé d'une paire de lunettes, était la personne à qui nous rendions visite. Combien, avant de nous reconnaître, il nous fallut à tous deux retourner de pages du livre de notre vie; enfin, nous revînmes à celle de notre première connaissance; et
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celte femme décrépite que j'avais devant les yeux était Elle. Elle! qui était jadis environnée de tant d'hommages rendus à sa beauté ! Elle, que je ne soupçonnais pas qui pût vieillir un jour! 0 mes vieux sermens, qu'étiez-vous devenus?
Élisa Mercobur-