PRONONCÉ PAR M. BALLANCHE
SUR LE CERCUEIL D'ÉLISA MERCOEUR LE JOUR DE LA TRANS- LATION DB SA DÉPOUILLE MORTELLE AU PERP LACHAISE.
t A mon âge , il est bien cruel de venir déposer une couronne sur la tombe d'une jeune fille ; mais j'obéis à la douleur d'une mère désolée qu'aucune consolation ne~saurait atteindre, d'une mère réduite à la triste et stérile préoccupation de chercher, avec mille angoisses , le lieu où elle croira que le précieux dépôt confié à la terre sera mieux placé. Mais l'ange de la résurrection ne se hâte-t-il pas de trouver partout où elle est ,
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pour l'accompagner dans le sein des demeures immuables , lame qui fut, une fois, revêtue de la dépouille mortelle dont elle s'est débarrassée? Et respectons ici, jusque dans son excès trop excusable sans doute, respectons la douleur sans repos d'une mère. « Elisa Mercœur a deux immortalités également assurées; Tune que le monde ne peut refuser à un jeune talent , si noble , si pur, sitôt éteint; l'autre, plus certaine encore, plus haute et plus durable , puisqu'elle est à l'abri des vicissitudes humaines , celle que Dieu accorde aux créatures morales et intelligentes qui ont bien usé de ses dons. Et si la trop courte vie d'Elisa Mercœur fut consacrée à la poésie, elle fut consacrée aussi aux vertus modestes et généreuses , aux sentimens qui honorent et distinguent entre les autres. Sa chaste imagination ne connut que des rêves de gloire sérieuse, d'espérances avouées du ciel même. Son âme ne fut ouverte qu'à l'inspiration poétique et à la tendresse fihale, Maintenant que les chants de
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la jeune fille ont cessé, sa mère malheureuse reste dans sa solitude et dans sa désolation. « Conservons le souvenir d'Elisa Mercœur, honorons sa douce gloire, et plaignons d'une plainte inconsolable sa pauvre mère délaissée. »