‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de NantesChapitre 36 sur 72 · LA MARQUISE DE FERMOXT · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE FERMOXT

C'était à Rennes que le régiment de Roger se rendait en garnison.

Parmi les nombreuses lettres de recommandation, certification d'amabilité, de grâces ot d'esprit , dont le beau lieutenant emportait un portefeuille rempli , il s'en trouvait une dont l'adresse avait long-temps arrêté ses regards , avait occupé d'un doux ravail sa facile imagination. C'est que dans

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ces trois ou quatre petites lignes ne contenant qu'une demeure et qu'un nom , il y avait cependant de quoi faire méditer assez profondément une tête de jeune homme ; car c'était le nom , c'était la demeure d'une belle, jeune, riche et noble dame. La marquise de Fermont.

Quelques mots sur elle et sur sa famille.

La comtesse de Kersanec, sa mère, était un de ces êtres qui, venus de nos jours, sont de véritables anachronismes vivans , une de ces âmes retardataires, façonnées pour le quatorzième ou quinzième siècles. En arrivan t à point, la comtesse eût été parfaite pour remplir le rôle d'une fière suzeraine du moyenâge. Vanité de rang , orgueil do fortune , hautaine raideur de caractère , ténacité d'opinions, soumission passive et méticuleuse aux lois des préjugés , haine déclarée contre toute innovation sociale, exigence sévère des droits acquis, fanatisme , intolérance en fait de roîligion, d'honneur, oubli du bien , souvenir du mal , rien n'eût manqué ; l'esprit de

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la féodalité s'était incarné dans cette femme ; mais le malheur, c'est qu'elle était venue trop tard.

Semblable à ces corps célestes qui n'étant pas lumineux par eux-mêmes, brillent cependant par l'effet de la réflexion, de la clarté de leur soleil, dont les rayons passant à travers ces astres transparens , jettent leur doux éclat dans les cieux et scintillent pures et divines étincelles comme autant de diamans sur le front de la nuit. Tel le comte de Kersanec , vrai miroir des sentimens et des opinions de sa femme, ne savait être que le reflet, l'écho de ce qu'elle ressentait et pensait. L'altier esprit de la femme pétrifiait à son gré le faible et timide esprit du mari qui remplissait avec la plus servile exactitude la tâche d'émotion qu'il plaisait à la comtesse de lui donner à remplir. Nous nous dispenserons de définir son caractère ; ce serait une description tout aussi superflue et ridicule , vu son inutilité, que celle qu'on ferait du reflet d'une personne dans une glace après en

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avoir exactement dépeint la taille, la tournure , le visage et le vêtement.

Savez-vous qu'il y a dans le monde beaucoup de messieurs de Kersanec , beaucoup de caméléons à figure humaine, qui même ne se bornent pas comme le comte à ne refléter qu'un seul individu , et qui répètent indistinctement toutes les différentes nuances des différens caractères en face desquels ils se trouvent. Le moyen de connaître ces esprits qui ne vivent que d'emprunts, est on ne peut plus facile ; vous n'avez qu'à leur demander : que pensez-vous de telle chose? ils vous répondront : faites -moi d'abord connaître votre avis ; vous le leur direz et ils ajouteront, à n'en pas douter, voilà justement ce que je pense. Et cela ce sera vrai , car vous , vous serez la voix , eux l'écho !

Mariée jeune, madame de Kersanec vit s'écouler plusieurs années , sans qu'il plût à Dieu d'exaucer la demande qu'elle lui faisait d un héritier de son nom. La première fois que l'espérance d'être mère vint lui sourire,

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en s'appuyant d'une certitude , la comtesse, confondant le désir avec la réalité, se persuada qu'elle portait dans son sein un vicomte de Kersanec,et dans ses rêves d'orgueil maternel , bâtissant l'avenir de ce noble enfant, elle le voyait, déjà marchant à grand pas dans le chemin de la fortune et des honneurs, obtenant, pour récompense de ses glorieux services , de ses dignes travaux militaires . le grade de maréchal de France, et qui sait, peut-fître ressusciterait-on en sa faveur la charge de grand connétable...

Mais force lui fut d'ajourner ses brillans songes; car le garçon fut une fille; le futur connétable, une demoiselle de Kersanec.

La pauvre petite eût couru grand risque de n'avoir pour lot d'affection qu'une portion de haine, si la comtesse n'eût conservé l'espérance d'obtenir plus tard, ce don d'un fils qui lui était refusé. L'amitié qu'elle eut pour Ambroisine , tint d'abord de la résignation . et puis ensuite. ... Il faut expliquer cela.

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Madame de Kersanec détestait en masse la classe roturière. Manans et bourgeois étaient regardés par elle comme une secte à part, une caste de parias. Mais il était un point exceptionnel, un avantage qui, possédé par un villain , le rendait à ses yeux presque l'égal d'un seigneur , et polissait d'un vernis de noblesse et d'éclat une obscure et basse extraction. C'était la beauté, doux et puissant privilège , qu'en vain l'art voudrait accorder; présent qu'on reçoit de la seule nature, niveau qu'elle passe sur l'inégalité, levier souvent plus fort que le génie ou la gloire. La fierté patricienne de la noble comtesse dispasaissait devant un beau visage plébéien et lui rendait un involontaire hommage d'admiration. Beaux traits, belle âme! pensait-elle. C'était sa conviction, sa manie, sa faiblesse.

Le premier regard qu'elle jeta sur son enfant fut pour elle une concession pénible ; mais en examinant la tête d'ange de la petite

Ambroisine , en calculant toutes les chances

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possibles d'un développement favorable à ces traits déjà si purs et si gracieux dans leur enfantine expression, elle se dit que sa fille serait belle , et elle l'aima.

Deux autres rejetons sortirent de la tige des Kersanec ; hélas ! deux filles encore ! mais Dieu qui les prit en pitié , les rappela bientôt de la terre au ciel ; la mort les trouva mûres au bout de quelques jours , pauvres petites ! ce fut heureux pour elles. La patience de la comtesse se trouvait épuisée; il ne lui en restait plus pour subir une quatrième fille, lorsqu'il en vint une. Celle-là ne s'en fut pas du monde ; elle y resta pour porter , innocente victime, le poids de la haine d'une mère. Malheureuse Juliette ! enfant réprouvée ! tu fus maudite en venant au jour, par celle qui t'avait donné l'être , et le sein paternel ne t'offrit pas un refuge pour t'y sauver de cette injuste et cruelle inimitié. Quand sa femme te vouait à une éternelle exécration , ton père eût-il osé t'aimer! Juliette fut éloignée de la maison de ses

parens ; une cousine de sa mère la prit che^ elle et l'éleva. La comtesse la voyait à peine une fois par an et autant aurait valu qu'elle ne la vît jamais, car Juliette n'annonçait pas devoir être belle.

Le comte mourut; sa veuve ramassa tout ce qu'elle avait d'afFections éparses dans le monde, pour les verser sur un seul objet, son Ambroisine, à qui chaque jour apportait un surcroit de charmes. Beauté achevée à dix-sept ans, elle épousa alors le vieux et riche marquis de Fermont , ancien officiersupérieur. L'orgueil et l'intérêt décidèrent cette alliance, qui ne fut pas un sacrifice pour celle qui la forma; car son cœur ne brûlait pas encore de cette fiévreuse ardeur qu'on nomme amour.

La jeune marquise devint veuve au bout de trois ans. Héritière des biens de son mari et ne perdant ainsi que lui par sa mort , elle le regretta cependant. Son deuil fut vrai. Mais le temps qui cicatrise de creuses blessures effaça par degré cette peine qui ne

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pouvait être profondément incrustée. Lorsque le dernier atour funèbre fut détaché de sa parure, la joie se trouva toute revenue à la pensée de la marquise. Elle regarda devant elle, vit un large présent, un avenir plus immense encore ; les plaisirs en réalité, le bonheur en espérance. Or, l'amour étant ce qu'une femme prend pour le bonheur, elle attendait un être à aimer. A l'époque où Roger vint à Rennes , le cœur et même les yeux d'Ambroisine n'avaient pas encore aperçu l'idole aux pieds de laquelle elle avait à déposer l'offrande de son âme. Cache-toi! cache-toi bien vite! ferme tes yeux, voile ton cœur... Il vient, ne regarde pas!... Imprudente, c'est la vue du serpent qui fascine et qui tue — Sauve-toi!

La marquise avait habité Paris. Trois hivers passés dans la capitale où M. de Fermont l'avait conduite , en avaient fait une femme selon la mode , un esprit à l'ordre du jour. Après la mort de son mari , elle revint à Rennes pour y passer le temps de son

deuil et puis , acclimatée de nouveau sur le sol natal, elle ne songea plus à le quitter. A Paris, quelque grâce, quelque beauté qu'elle eût, elle ne pouvait au milieu de la foule fashionable , se dessiner en ligne aussi saillante qu'elle le faisait au sein d'une société de province et dans une ville où sa fortune et son nom la plaçaient au premier rang. Sa maison , ouverte à des visiteurs nombreux, mais choisis , devint le temple du bon goût. La secte initiée par l'aimable divinité aux gracieux mystères de son culte , était ce qui composait l'élite de la société de Rennes et des châteaux environnans. Madame de Fermont, plus sage en cela que sa mère, ne pensant pas qu'il fallait faire preuve de ses quartiers de noblesse pour être admissible dans le monde, donnait l'entrée de ses salons à tous ceux qui, par leur esprit, leurs grâces ou leurs talens , pouvaient embellir ou animer ses réunions.

La marquise faisait marcher de front, chez elle, la causerie, la musique et la

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danse. Mais le jeu était consigné et n'entrait pas. Madame Ferment éprouvait à la vue d'un tapis vert une sorte d'horreur qu'elle ne pouvait dominer. Un de ses oncles , ayant autrefois perdu sa fortune au jeu, s'était tué de désespoir. Le souvenir de cette mort se cramponnait à sa pensée comme des ongles aigus ; chaque fois qu'elle apercevait une table de jeu, il lui semblait que toute personne ayant des cartes à la main et de l'or sous les yeux , courait la chance d'être à la veille d'un crime ou d'un suicide. Les joueurs étaient donc bannis de chez elle, et ainsi le plaisir, en y entrant, ne traînait pas du moins l'intérêt a sa suite.

Ce fut dans son château , peu distant de la ville , que la marquise reçut la première visite de Roger, que lui adressait une dame de ses amies qui demeurait à Nantes. Cette dame le lui recommandait comme un homme charmant, précieux pour le grand monde, et dont une maîtresse de maison devait se trouver ravie de faire les honneurs à la so-

ciété. Roger valait la louange, rien dans la lettre à madame de Ferment n'était exagéré ; c'était l'homme le plus séduisant à connaître superficiellement ; mais à connaître à fond. . . . ah! c'était par malheur le revers de la médaille, et peut-être allait-elle se retourner.

Habitué à plaire, n'ignorant aucun de ses nombreux avantages, habile à s'en servir, passé maître dans l'art de charmer, de subjuguer une femme, certain de ses forces, guidé par l'espérance , fier d'un succès immanquable, ne se laissant abattre par aucun revers et n'abandonnant jamais, après une attaque manquée, le siège d'un cœur ou d'une léte, ne déposant les armes qu'après le triomphe , Roger visait à coup sur , nulle de ses flèches ne tombait à terre sans avoir touché le but. Jamais le beau lieutenant n'avait en vain souhaité de plaire.

Comme un général, qui le matin d'une bataille évoque , pour ranimer son courage , le souvenir de ses victoires , les voit passer nobles et fières devant sa pensée; d'une

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maia elles semblent appeler à elles la nouvelle sœur qui leur doit naître, tandis que de l'autre, elles ramènent pour s'en draper, s'en couvrir tout entières, leur manteau de gloire, aux vastes plis, aux couleurs éclatantes. Ainsi Roger , en se rendant au château de la marquise, réveillait dans sa mémoire le souvenir de ses innombrables conquêtes. La plus grande partie, pour ne pas dire la totalité de ces images de femmes, étaient tracées dans son esprit comme ces caractères formés avec de l'encre sympathique, qui ne sont visibles que par l'efïet de la transparence de la lumière; ces pauvres images ne s'apercevaient qu'en les approchant du feu de la vanité , mais elles se trouvaient alors très voyantes; car l'imagination qu'elles peuplaient était réchauffée par un ardent brasier d'amour-propre.

Cheminant, accompagné des plus séduisantes chimères, Roger se voyait déjà seigneur suzerain du château de Fermont. Il se sentait approvisionné de si fortes muni-

fions d'amabilité, qu'il croyait pouvoir, sans risque , tenter l'attaque du cœur de la belle châtelaine, forteresse inexpugnable encore, mais qui ne pouvait manquer cette fois de se rendre à discréiion.

Ce jour-là, quoiqu'elle fût loin de pressentir qu'un cheval et la destinée conduisaient au grand trot vers elle un aussi dangereux ennemi , Ambroisine était triste sans chagrin , affaissée par cet ennui léthargique , effet sans cause, si pesant à porter et que l'on consentirait volontiers à échanger contre un malheur, ainsi qu'un paralytique qui voudrait échanger l'engourdissement qui l'immobilise contre la crise la plus nerveuse, la plus acérée. L'ennuyée, pour sentir la vie à l'âme, le malade , pour la sentir au corps. Un visage nouveau est souvent un remède sûr dans cet état de pesanteur, de souffrance énygmatique, qu'on ne se définit pas en soi et qu'on explique aisément dans un autre. Lorsqu'on annonça à la marquise qu'un messager inconnu lui apportait une lettre,

qu'il ne voulait remettre qu'entre ses mains, elle se pressa de donner l'ordre d'introduire sur-le-champ le porteur de la dépêche. Elle se leva, déjà toute légère d'ennui, pour aller, du moins d'un pas, au-devant de l'estafette. Elle était debout, tenant un des battans de la porte qu'elle avait ouverte , dans l'impatience de voir venir à elle quelqu'un dont elle ignorait le visage.

— «Entrez, monsieur, avait-elle déjà dit que les pieds éperonnés de Roger n'avaient pas encore franchi le seuil du salon. »

Il entra, s'inclina. Jamais, peut-être, il n'avait mis autant de grâce respectueuse dans un simple salut, et la marquise, jamais peut-être autant d'hésitation, d'embarras dans une révérence.

— « Ivonet, dit-elle à son valet de chambre,

donnez un siège et allez avertir ma mère

Monsieur, voulez-vous bien »

Il s'assit, présenta son passe-port, c'est-àdire ia lettre d'introduction. La marquise la prit , ses doigts distraits brisèrent machina-

lement le cachet et ses yeux lurent d'abord seuls; enfin, sa pensée ramenée sur le papier acheva la lecture. Elle referma la lettre, la posa sur une petite table placée près d'elle ; et, d'une voix qu'elle s'eJQTorça d'inémotionner, elle s'informa, par acquit de bienséance , de la santé de madame de Gervin , de la manière dont elle partageait le temps ; et, après avoir fait ces indispensables questions d'usage :

— «Monsieur, continua-t-elle, j'espère que ce ne sera pas la dernière fois que vous me procurerez l'honneur de vous voir, si vous avez, comme me l'assure madame de Gervin , autant d'obligeance que d'aimables talens; j'aurai, maîtresse de maison, une dette de reconnaissance à payer à la personne qui vous adresse à moi. La présence d'un convive tel que vous , monsieur , est un véritable trésor pour la société, et surtout inappréciable dans une réunion de province dont le cercle d'agrément est toujours un peu étroit; mais vous savez élargir celui- dans le-

quel vous vous placez, et si vous ne dédaignez pas

— Madame , interrompit Roger , avant de décider dans ma conscience si je puis ou non croire au compliment que je viens d'entendre, me permettrez-vous devons adresser un reproche?

— Un reproche! à moi, monsieur volontiers Eh bien?

— C'est débuter par une énorme faute de lèse-courtoisie, c'est peut-être porter un coup mortel à la réputation que m'a faite auprès de vous madame de Gervin^ mais, poussé à cela par une forte tentation de vérité, je vous dirai, madame, que, sous une apparence d'humilité, j'ai trouvé beaucoup de vanité dans ce que vous venez de prononcer d'obligeantes paroles.

— De la vanité!... Comment cela, monsieur?... A coup sûr , s'il y en a dans ce que j'ai dit, j'en ai mis sans le savoir.

— Oh! non, vous le saviez bien|; car vous ne pensez pas, madame, que partout où

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VOUS êtes on puisse soupçonner l'absence do quelque séduction, et que vous ayez besoin d'autres que de vous-même pour compléter le charme de vos réunions. Non, madame, vous n'êtes pas, vous ne pouvez être à ce point ignorante de vous-même , et c'est à peu près comme si vous me disiez : Je suis laide; vous croirais-je persuadée, madame? et n'y aurait-il pas beaucoup d'orgueil dans cette fausse confidence?

Madame de Fermont rougit jusqu'aux yeux; heureusement pour son embarras, sa mère entra.

En apercevant Roger, la comtesse de Kersanec ressentit intérieurement un étourdissement d'admiration; elle se trouvait en face du plus bel homme qu'elle eût encore aperçu. Aussi reçut-il de la hautaine dame un accueil parfait d'aménité.

Les lois de l'hospitalité étaient religieusement observées au château de Fermont. Si c'eût été du temps qu'un nain montant la garde sur une plate-forme ^ annonçait en

donnant du cor, qu'un arrivant réclamait passage sur le pont levis , abri sous le toit et siège à la table, les échos eussent souvent répété l'annonce retentissante; car il était rare qu'il ne se présentât pas tous les jours grande et nombreuse compagnie. Cependant ces dames , par extraordinaire, avaient été seules le matin; mais, avant le diner, il arriva successivement au château plusieurs personnes des environs.

Roger fut retenu. Le repas fut animé , gai sans bruit, spirituel sans malice. Madame de Gervin, dans le catalogue des qualités de celui qu'elle cautionnait , n'avait pas oublié la délicieuse voix dont les sons avaient si bien éveillé la jalousie du pauvre Arthur. On fit de la musique, et l'harmonieux chanteur fut , comme on s'en doute , applaudi par des bravos d'extase. Le parc fut exploré. La journée passa vite, la nuit vint, on se sépara.... c'était dommage.

— Je l'aurais parié ! s'écriait au retour la tète du lieutenant.

— Reviendra~t-il? se demandait le cœur de la marquise.

— C'est un bien bel homme ! prononçait la voix de la comtesse.

Amour! la flèche est partie!

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