LE SERMENT
Ainsi qu'Olivier en a reçu l'ordre , il introduit , à l'heure indiquée , l'abbé de Saint- Jean-d'Angely auprès du roi.
Louis se promène à grands pas. . . Sa chambre est faiblement éclairée... L'abbé qui a les yeux baissés , en attendant qu'il plaise à Sa Majesté de rompre le silence, aperçoit, à travers une grille placée sur une large ouverture pratiquée dans le plancher, une clarté qui s'assombrit ou s'élargit, suivant que le vent semble l'agiter. . . Il frissonne. . . Louis, sans avoir l'air de remarquer l'effroi du
moine, lui dit qu'il est dans l'usage, lorsqu'il charge l'un de ses favoris d'une mission importante , de lui faire jurer, sur l'image de Notre-Dame d'Embrun et sur les divines plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ , de ne jamais révéler ce qu'il va lui confier, et pose aussitôt sur un missel ouvert près duquel est un crucifix d'or, le tout placé sur la grille, son chapeau entouré d'images de vierges ; du doigt il indique au moine celledeNotre-Dame d'Embrun Avant de prononcer le serment d'usage, Tabbé fait observer au roi que le cardinal de LaBalue les entend. . . Si la porte de la cage de fer, dans laquelle Louis XI tient La Balue renfermé devait s'ouvrir pour l'en laisser sortir plein de vie , il n'entendrait ni ne verrait de Versois, et de Versois ne pourrait l'apercevoir... Si Louis connaissait un supplice plus affreux pour l'ingratitude et le parjure que la vue du bienfaiteur qu'on a trahi, il l'infligerait au cardinal... De Versois jure, en tremblant, d'être fidèle et discret. . . Louis lui apprend qu'il lui importe que le duc de Guyenne et
Colette de Monsoreau se trouvent en relations; que le moine, étant le confesseur de Colette, il lui est facile de lui faire comprendre qu'elle n'est pas en sûreté dans les états du roi, et de lui persuader d'aller implorer la protection du duc de Guyenne. A cette confidence, la figure du moine s'épanouit, il voit les bénéfices accourir en foule, il se croit déjà évêque ; le chapeau de cardinal pourrait bien orner sa tête ! .. . Il sort joyeux. Louis retourne près du duc. Les fêtes continuent, elles sont brillantes. Louis fait tant de caresses à Charles pendant son séjour au Plessis-les-Tours , que le jeune prince se reproche comme un crime sa révolte contre un si bon frère. . . Louis paraît plein de confiance en Charles, lui parle de ses contestations avec les autres puissances Il engage
le duc, lorsqu'il lui dit adieu, de visiter en s'en retournant l'abbaye de Saint-Jean d'Angely, d'y prendre quelques jours de repos et de lui faire savoir si les frères sont contens de leur nouvel abbé.
(Exposé du plan du chapitre VII qui devait faire partie de Louis XI et le Dénédlclin.)