‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 14 sur 41 · CÉCIbE · texte numérisé non relu

CÉCIbE

êts titres étalé la dot dît gît en effet toute la difficulté.- Pour 1» résoudre, j’essayai d’abord de lui prouver que le. droit prétendu «je la maison française de IVfontford au duché de ce nom en Angleterre n’était qu'une prétenlioù que la chancellerie de ce royaume avait constamment repoussée.

Je déployai toutes mes connaissances héraldiques dans l’Cxamen de l'écusson de cette famille, où j’avais observé dàns la branche transversale un signe de bâtardise qui n’existait pas dans les armes anglaises de cette maison. Cette remarque fit spurire dédaigneusement M. de Clénord. «11 est vrai, me dit-jf (d’union de suffisance dont je me serais beau-’ coup. amusé dans un autre moment), que la légitimité des Montfovd a rççu au treizième siècle une auguste atteinte* mais j’avftis toujours cru qu’ùn roi de plus ne gâtait rien dans une famille, de quelque manière qu’il s’y présentât. ** •

Je me gardai bien d'approfondir une pareille discussion, et j’en vins à l’article delà fortune, non moins' importait aux yeux d ut! financier anobli. « M. de Slontford ,• lui dis-je , attend de^rands biens delà suecéssipnde son père , mais ce père vit encore , et l’on croit assez généralement qu’H a perdu beaucoup dans la banqueroute du prince do Guémenée ; le comte lui-même a des dettes , 'et dans l’état où sont aujourd’hui ses affaires, je crois fermement que

LETTRE LX-X VII. I ïj

la fortune de Césanc augmentée par moi d'une cinquantaine de mille livres- de rente, serait au moins égale à la sienne. » -Antrfe sefurire de dédain de M. de Glénond , dont il me donna l'explication , en ni apprenant .que la fortnne de son gendre futur, bien et duement Constatée par-devant notaire, se montait, indépendamment de tente succession, à trois cent vingt-cinq mille livres de rente.

Je vous fais grâce, ma chère Émilie^ de la suite d’un entretien où votre beau-frère déploya-un caractère tellement odieux , que je ne fus pas le maître de réprimer l’expression du mépris*que m’inspirait tant d’égoïsme et d'insensibilité. Get homme est sans esprit et sans ame; il m'échappa de lui dire qu’il était un père dénaturé et qu’il -rendrait compte un jour de la charge sacrée que lui avait confiée la nature; il balbutia, il changea de couleur, le sang qui lui monta d’abord à la ‘figure, retourna subitement Vers son cœur, et son cœur insensible le repoussa sur son visage, l! faut abandonner tput espoir de le rambncr à des sentiments plus humains, ét malheureusement dans Cette circonstance il aura pour fui les lois, les mœurs telles que les préjugés bous les ont faites , et la Société - tout entière.

Laissons ignorer à Cécile et à Anatole une circonstance qbi achèverait de porter le désespoir dans leur ame, et attendons tout du hasard qui met attssi

CECILE

souvent en défaut nos craintes que nos espérances.

Après vous avoir si* péniblement* entretenue des tourments de l’amitié , comment vous exprimer les vœux de l’amour? Votre lettre m’a rendu le plus hçureuf des hommes, mais Anatole en est le plus infortuné. , .

LETTRE LXKV 1 II.

LETTRE LXXYH-I.

ANATOLE A GÉCIIÆ. '

r . i • AuxBruyèrejj 1787.

Je sûis à deux cents lieues de toi, et je t’écris dans I’hrresse <W bonheur : un rêve m’abuse-t-il, ou suis-je entièrement; privé de la raison ? Non ,■ 'Cécile ; mais j’habite en ce moment ce .vieux donjon, ce temple des Bruyères, où la nuit du 5 mars...i ton coeur a tressailli.... Je suis assis- près de cette petite fenêtre en ogiVe , où tu m’apparus comme une luenr céleste entre ces touffes de lierre tjue ta main avait écartées; je retrouve sur ce mur la trace'de mes .pas j je te vois, te corps penché sur la pierre d’appui, tendre vers arioi nn bras <|ue je couvre, de baisers sans oser le saisir; tant je oralns que le moindre effort né détermine ta chute. Je .pénétre élans cet asile' mystérieux , je te' porte presque évanouie Sur ce Kt air pied, duquel je nie prosterne; tu renais sou» mes baisers brûlants, et ton cœur s’embrase du feu qui me dévore. Je vais expirer d’amour, et je n’ose

CÉCILE

franchir la barrière de lin qui nous -sépare; nrais

tou bras frémit^mtoiir de inojt corps qu'il embrasse

et semble m’attirer vers toi : ô dernier terme de la * • * félicité divine ! Cécile me presse sur son "sein, je

m enivre de ses soupirs, et mes lèvres ardentes recueillent sur ses yeux les larmcs.de la volupté qui les inondept: quels ravissements, qdels transports s’emparent de tout notre être, et confondent nos âmes emportées daps un torrent de délices!....

Ne me grondez pas, Cécile, de vous rappeler cette n\jit d’éternelle mémoire; qui pourrait supporter l’èxisteuce, après 'des jouissances pareilles, ai l’intervalle qui les sépare n'était rempli par leur souvenir? , * • • . .

C’est là , c’est dans cette chambre où. je croyais avoir connu la félicité suprême, ■ tjue je viens de goûter un -bonheur -plue grand encore S’il est possible, en lisant ta deriiièVe lettrE. ,11 Est donc vrai, Cécile, pu antre ccetn- bat dans ton sein, un autre cœur bat auprès dp ton cœur; mous serons bientôt deux pour t’aimer. .. * * .

Tout est mystère; tout est prédestination dam notre amour ; vois dans- quelle Circonstance la nature a voulu qiniuè’ti iple existence te fût révélée : ali moment ou-, comme un ange du ciel -, tu descends dans la .chaumièretdii. pauvre, pont 1 -y ramener l’amour, la joie.et Je bonheur, qu’un destin cruel semblait en avoir bannis pour jamais- I.e ciel qui s’est

servi de ta main pour secourir Émine et Bo$on ; brisera-t-il l'instrument de ses bienfait^ ; et ses rigueurs envers toi, sa- plus douce image , me forceront-elles à nier une Providçnce impuissante a récompenser tant de vertus? * (

Tout entier au bonheur d'habiter ces lieux , je. ne t’ai. point, encore du À quel bienfaiteur j’«n suis redevable; quel autre que- Charles aurait deviné ce besoin de mon cœur, ce moyeu de me faire supporter, une absence dont le terme me . semblait plus éloigné que celai de ma vie ? .

Dans la retraité studieuse où je m’étais confiné à Orléans , j-’avais cru tromper mes ennuis, ou'plutôt mes fureurs// car je dois te l’avouer, Cécile, la soif de la vengeance dévorait mon ante , et l’image toujours présente de ce misérable Moutford torturait ma pensée il avait osé aspiéer à ta main ! il se flattait encôre de l’obtenir J- et il vivait !...<• ‘

Charles ne tarda pas à s’apercevoir du troqble qtle’ ces projets de vepgeance partaient dans mes esprits, et ne y ayant d’autre moyen de m’en distraire que.de'mjentouref de ton image, il s’empressa de faire l’acquisition du. domaine des Bruyères dont il ma rendu possesseur par ùn acte de transfert dont je s'ai eu connaissance que le jour même où il m’a conduit dans eet asile.

Juge de mon ravissement, ma bien-aimée , en me retrouvant dans ce lieu de délices , dans ce désert en*

CÊC1LK.’

chanté par ton souvenir; où je puis voir, du haut de la’tourelle que jlhabite, la maison de ta nourrice, et jusqu’à la -croix qui surmonte cette .petite chapelle de sainte Cécile que t’a dédiée la.reçqnnàissance. Je suis ici, avec mon fidèle Lambert, sous le boin de Boyd ; c’est celui d’un Anglais de mes atnis que j’ai laissé aux Indes. Ta nourrice, qui uem’a vu qu’une fois depuis mon retour, n’a garde de lue reconnaître sous* le costume demi-sauvage qi}e j’aiadoptë: cette bonne femme cSt’le seul être vivant du pays avec lequel je communiqué ; elle a •seule l’entrée de mon ermitage où elle- vient chaque jour apporter nps provisions.- , • ,

Gharles ,.qui ne sait pas tout le bien qû’d m'a fait, a trouvé le véritable^, le seul rèipêde à- mes qiaux ; ma raisôn, que j’ai vue quelquefois près de m’abandonner, me revient saine- et entière; et la solitude -où, je me trouvé seul avec toi dans la nature, où je te suis pas à pas depuis l'heure de ta naissance jusqu’à cette nuit où -s’accomplirent, nos destinées, la solitude éteint en jnoitout sentiment de haine et- ne me laisse plus qu’un vœu à Jormcr sdr la tefre.

11 sera rempli , Cécile ; bientôt nous serons réunis dans ces bois où fut ton berceau , où j’ai reçu moimême uae nouvelle existence , et où je bénirai même la mort qui ne pourra désormais m'atteindre que dans tes bras : il n'y a rien pour moi dans l’univers

au-delà de ton amour, êt j’ai besoin de le croire étemel pour embrasser l’idée d’une autre vie.

Nous serons réunis !.... Dis-moi, Cécile, quand je m’approcherai de toi , quand je te*presserai sur mon cœur, le .tien se remplira-t-il à l’instant de cette flamme ardente, , de ces transports inéffâbles dont m enivre la seule pensée de mon 'bonheur? Ah! s’il est vrai, comme je J’éprouve, que le temps augmente toutes les impressions fortes, où slarrêtera donc mou amopr? Quel malheur, ô ma douce amie, que les passions, les -serment};, les preuves même restent - si fort, au-dessous- dq cet amour dont rien n approche , dont aucun langage humain ne saurait donner l'idée ! et que tu -m’aimerais bien plus, 'ma Cécile, si je pouvais ouvrir devant toi le cœur qui le renferinje. •

Retrouveras-tu -sur la feuille de rose que je. te renvoie la trace deS baisers que j’y irrquinte'?

l3o . CÉCILE.

L E T T RE ’ t XX IX. ' •• .

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