‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 21 sur 41 · MADAME DE NEUVILLE A CHARLES D’ÉPIVAL · texte numérisé non relu

MADAME DE NEUVILLE A CHARLES D’ÉPIVAL

Blois, 1787.

Nous sommes à Blois; l’état de Cécile ne nous permet pas d’aller plus loin. Vous n etes pas venu à notre rencontre, mon frère est plus malade, je n’en saurais douter.... Jugez, mon ami, de la situation cruelle où je me trouve; je perds une sœur chérie, et je ne puis m’abandonner à mes propres douleurs.

Votre lettre, en m’apprenant un malheur que je ne ressens pas moins vivement pour y être dès long-temps préparée, ne me laissait pas le choix du parti que j’avais à prendre ; il fallait ramener Cécile à Beauvoir, et désormais l’ordre de sa mère pouvait seul la déterminer à quitter la chaumière du pasteur des Pyrénées. Tous ses sentiments sont des passions immodérées; jugez de son amour pour son enfant ; quelque chose que j’aie pu lui dire sur

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» * LETTRE LXXXVII. l6l

le danger qu’il y avait pour elle, à commencer une nourriture quelle ne pourrait achever, je n'avais pu depuis cinq semaines l’arracher du berceau de Nathalie, auprès de qui elle remplissait avec ivresse tous les devoirs de la plus tendre mère.

Je lui montrai le billet dans lequel, en m’annonçant le danger de madame de*Clénord, vous me disiez qu’elle demandait sa fille.... Cécile ne balança plus; elle passa la nuit entière à baigner son enfant de ses larmes, en invoquant le pardon de sa mère, et dès le lendemain matin elle me signifia quelle voulait partir. Ce fut en vain que je fis valoir des considérations de santé qui l’obligeaient à retarder son départ de trois ou quatre jours. «Eh! ma tante, s’écria-t-elle avec l’accent du désespoir maternel, à quoi cela servirait-il? j’irais les passer à la chaumière. »

Nous partons ; dès-lors Cécile tout entière à l’idée de sa mère mourante ne pense plus qu’à abréger le voyage; elle fait mettre deux chevaux de plus à notre voiture, double le prix des guides, et nous courons nuit et jour sans nous arrêter un moment.

A mesure que nous approchions, ses larmes coulaient moins abondantes; l’inquiétude dont elle était de plus en plus dévorée en tarissait la source.

Nous arrivons à Blois, j’insiste pour nous arrêter à l’hôtel d'Angleterre, dans la cour duquel j’ai fait

CÉCII.K, T. II. Il

CÉCILE

entre»* la voiture; elle s’y refuse et propose trois louis aux postillons pour la conduire sans dételer à Beauvoir.... Je suis descendue, et, debout à la portière, je la supplie, en pleurant , de venir attendre dans un lieu plus commode qu'on ait changéles chevaux.... La maitresse.de l'hôtel, qui nous a reconnues, s’avance et mêlant ses sollicitations aux miennes: « Venez, mademoiselle, dit-elle en pleurant, vous ne trouverez ici que des coeurs qui connaissent toute l’étendue de la perte irréparable que vous avez faite.... » •

«Grand Dieu! ma mère est morte,» s’écria Cécile en s'élançant de la voiture, et tombant évanouie entre nos bras. Nous l’avons transportée dans une chambre où elle n’a recouvré ses sens qu’au milieu des plus violentes convulsions que rien ne peut apaiser. . - *

M. de Cténôrd, que j’avais fait prévenir, arrive à l'instant même. - •» •

LETTRE LXXXYIII.;.

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