LETTRE GY
.. . Il ■ - v •. ! ••
CÉCILE A ANATOLE. 1
;.i • V l^hb*yadeUgyW»é, »7*ç.
■ Je ae romps pas le serment <jne j'ai fait de bc
plus vous écrire : ainsi que moi Vous avex cessé d’être avant d’avoir perdu la vie, ét ce dernier entretien est celui de deux ombres au fond de leur tombe$u. C’est demain , cher Atiàtolé,que je mets entre le monde ef moi une barrièrê éternelle ; jué- ' que-là je vous appartiens encore, et je vous dois cofapte de tous les mouvements cPe mon coeur; peut-être uirjour ces caractères les rettaceroat-ils •à Votre tfaison: je neû forme point le vœu, je sais trop à quél supplice je Vous condamnerais, s’H était exaucé. Avec quel désespoir n’appre miriez-vous pas que si la douleur dfe la perte de ma mère m’a, conduite au pied des autels , c’est l’amour seul qui m’y encLaîne ; que j’ai choisi Cet asile d’ionoc.cnce et de paix'pour y nourrir une ardeur sacrilège , pour
LETTRE ÇV. a3l .
y adorer votre image , pour y consacrer mts souvenirs,? * .
Anatole, T’est ici qu’on sait a huer ; c'est ici qu’une arncînsatiable dammjrenretronve- par-tout l’éternel aliment. Mon bien-atmé , jp ne te quitterai plus ! Aucune gmt re image que* la tienne ne viendra blesser mes regards. Dans le recueillement du jour; dan? le silence des nuits, tu tne. suivras par-tont'; ta seule pensée remplira mon esprit , ta seule voix arrivera , jusqu’à mon oreille ; -je te veh*ai saps cesse à mes çôtés, enivré des sentiments qui mànknént , brûlant du feu qui me' consume , 'et tontes les illusions de l’amour se réuniront pour enchanter notre mort .
Non, Anatole,’ je ne mentirtii pas plus devant toi,, que devant cè Dieu près de qui ma passion vient chercher un asile et Son pas un refuge.’ boit» qu'aucun sentiment piedx, loin* qu’aucun remords ait part à la résolution que je prends , elle ne ht est dictée que par 1 impossibilité d e persister dans* ma faute. Sûre de ne pouvoir être ton époqsè,çe n’est , qn’eo perdant l’espoir d’être ta maîtresse que je me voue à Cette solitude où je puis du moins rêver* le .bonheur que j’ai perdu. Jamais je ne fus pltts coûpable qu’au moment ot'i je pouvais laisser an monde la preuve du pkis sincère repentir. J’avais conservé quelques vertus dans IHvressfe d’une passion fcrjminelle piété filiale- ,1‘amitié , l’estimede moirinême et des autres, les saintes lots de la pudeur régnaient
a3a çéciLi* '
avec loi daus un cœur dont vous vous partagiez i'etn- . jure. Maintenant, restée seule avec dps désirs. sans frein et saus espérance , j’afrjHre des vertus ingrates (pii me demandent le sacrifice impossible d’un amour qui me les avait rendues plus phères. „ ; ï»
, Rendons grâces au ciel , mon ami, le.llatybeau de - ta raison s'est éteint .quand il ne pouvait plus éclairer que notre infortune ; demain l'aurore qui Commencer^ ma dix-septième année , verra s'ouvrir les portes, de mon tombeau. 'Mais qu'ai-je à regretter sur cette terre que j'ai à peine entrevue? N'ai-je pas été. aimée d’Anatole ? n’ai- je pas épuisé eu quelques mois toutes les délices de la plus longue vie? fcstril .un ravissement humain que l'union. de Dosâmes uc' nous ait. fait éprouver? Ne. t ai-je pas pressé sur mon sein.., et n'avons-nous pas inéorpiéda mort en ces moments, comme je terme et le comble 4e toute félicité? Le ciab a eptendu nos vœux^ila détruit vm bonheur que toute sa puissance ne pouvaii. augmenter : plusgénércux envers toi, iLt épargne b‘ seul remords ques attache à mon .ame ,1e sltd souvenir qui uouÿoccuse et qui) me soit défendu de retraçer. Nathalie!. è . came !.... ô douleur Mon ' Dieu., prends pitié d’eile J.Î.. . * *. ., • «
. A dieu j le seul bieu-aimé de mon . ame ; fa nuit s’avance, et déjà le» .premiers tintements du héfroi oot retenti dans ma cellqle : ce moment a roqvert la soucc ed e mes larmes;.-., elles tombent sur le papier.
LETTRE CV
Grand Dien ! si ta devais ub- jour en reconnaître les traces! si tu renaissais à la raison.... ton pre- • mier- cri serait d appeler Cécile.... , et Cécile De jouerait t’entendre.... et nulle voix ne répondrait à la tienne.... Affreuse idée!.... Non, je ne le prononcerai pas, cet affreux serment do renoncer à toi.... Tu pèux revivre; tu peux m’aimer.... Malheureuse! abjfire une espérance insensée. Tu les as lus, ces mots tracés de la main d un ami : L’objet de tant rtamour lie vit fhts que dans le deur de Cécile- Ouï , c’est là que tu existes encore tout entier; c’est du fond de ce sanctuaire que tu m’ordonnes de tp suivre au pied des autels, et d'y consacrer en présence de Dieu même dés nœnds que la' morrmêihje ne rompra pas. . •
Quel bruit autour de moi! c’est la fête d’hymen qui se prépare; l’heureose fiancée iie sé fera pas attendre. Adieu ! adieu ! • ' • <• ,
a34 Cécile.
LETTRE CYI.
LAMBERT A CHARLES d’ÉPIVAL. • . .*•
• » l>*$riiy£res, 17&7. ‘ '
M. le chevalier, mon maître me charge de vous tÿire. lé récit d’une terrible aventure qui nous est arrivée hier sur labrnoe, et dans le récit de laquelle vous trouvère» la raison pourquoi il ne vous écrit pas lui-même; mais comme le plus pressé doit%tre de vous. tranquilliser sur son état, je vous dirai que ses {dessurfes ne sont pas ftiorteflés, et je dois m’y connaître puisque vous savez que mon père était vétérinaire dans le viHage (qui peut bien passer pour un. bourg) dont le vôtre était seigneur; mais tomme vous n'aimez pas les préambules je coupe au court. •' . / •
Hiçr matin monsieur, qui s’était couché pour la prendre fois depuis votre départ, me dk, en se levant: «.Mon cher Lambert (c’est toujpnrs comme cela qn’il m'appelle quand il a du chagrin), va-t’-en à Blois, tu trouveras, dans la rue du Chàteair, un
LETTRE CV1
orfèvre nommé Bertrand; tu lui remettras cette note, et tu lui diras de tenir prêts les objets que je lui commande pour samedi prochain, jour où tu • retourneras les chercher. »
• Vous serez peut-être bien aise de savoir ce qu’il y avàit sur la note; en voici la copie, j’en avais conservé le double.
« i° Un anneau d’argent, du diamètre de quatre pouces, brisé au milieu par une charnière, et se fermant à ressort perdu par les deux extrémités; du pojds d'un marc. . V '1 * ••
2 ° Uue chaîne du même métal, de sept ponces de long, tenant. à l'anneau y du poids de six onces.
3° Une boite idem, dç- deux pouces et demi dé diamètre, et d’un pouce de profondeur, se fermant avec un couvercle à vis;. le' tout du poids d’un marc.» * .*• f
. Vous devinerez, peutetre, ce ppie monsieur veut faire de tout cela; pour mol je n’eu sais rien, sinon que le portrait de cette pauvre jeune, Ixmqe, belle demoiselle que vous savez, est tout juste de la grandeur, de la boîte qu’il lait faire,; ‘ .»•.* •
.Pour en tsveuir à notre histoire^ comme mon maître vit que jAVfàs quelque peine à le quitter, pareeque vous m’avez recommandé de ne jroiot le laisser seul Va , mon «un , me dit-il avec bonté, et sois tranquille; je suis aujourd'hui mieux qH'f mou ordinaire. ». il est vrai que depuis avant-hier’.
GéCFLfc.
qn'il a reçu votre dernière lettre, il était dun calme qui faisait plaisir à voir; mais, comme dit le proverbe, il n’y a pire eau que l’eau qui dort*. et’, par précaution, je cachai ses pistolets sans qu’il sèa .aperçût. Gomme je sortais par le pont-levis, il me rappela. * . . ■■ ■.• - •. '*■•.
«Lambert, me dit-il, en revenant tu passeras vis-à-vis (il ne dit pa9 le mot couvejit, mais -nous nous entendons) ; tu t’informeras... non, tun’iras pas toi-mèroe. mais tp donneras un écb à lâ première paysanne que tu trouveras, pour aller. s’informer si mademoiselle dlAmercour est encore à Lagukhe. »
• Me voilà en route; en moins dedeuï heures. j'avais fait ma commission et je reyenais.
En approchant de l’abbaye, le bonheur vent que je rencontre , au bout de l’allée, Adèle qui est aujourd’hui, comme vous savez, au service t de mademoiselle d’Amercour. Comme eUe A beaucoup' d’estime pour moi, elle fit un cri de surprise eu me vbyant, et nous nous retirâmes^ hors du chemin , pour causer un moment sans être vus. Je lui dis, comme à tout le monde, que j’étais au service d’un Anglais; j’appris d’efle ce que M. Anatole voulait savoir, et beaucoup d’autres choses qu'il be faut pas qn'il sache , sur la santé chancelante de mademoiselle „ qu’ils appellent aujourd'hui soeur Sainte-Cécile. ,„v '• ' *
.* Comme nous causions, jentehds une Voiture qui
s arrête à quelques pas de nous, et j’en vois descendre, devinez qni?... Le comte de Montford, qui s’avançait à pied. vers le couvent*.. . •
Gomme je paraissais surpris de cette reneontre, j'appris de mademoiselle Adèle que ce seigneur .avait obtenu du père de sa jeune maîtresse la permission de la voip, au couvent, bn elle a obtenu la permission daller passer un mois, depuis* que son amie a pris le' voile. u On parle, ajouta-t-elle, du mariage de mademoiselle d'Amercour avec M. le comte ; mais je puis vous assurer qu’il ne. se fera pas plus que l'autre: mademoiselle Pauline u'en veut. pas entendre parler, et elle répète tous les jours qu’elle se fera religieuse, comme , sa- bonne amie, plutôt que depouser un homme qu’elle déteste. »
Là-dessus, nous nous sommes mis à nous demander pourquoi un beau jeune homme, qui est grand seigneur, riche à millions, né peut pas parvenir à se marier.... J’avais grand plaisir à causer avep mademoiselle Adèle, mais j’étais pressé de retourner aux Bruyères. * . —
La première chose que je fis, en arrivant, fut de Raconter à monsieur tout «ç que je venais d’apprendre. « 11 est là!, s'écria-t-il d'une voix qui me fit frémir -, cette fois, il ne m'échappera pas. >,
Eu disant cela, il court dans sa chambre pour y prendre ses pistolets: j’étais mort si je l’avais forcé
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à me les redemander denx fois. U sort, je n’avais garde de le laisser aller seul , et comme je prévoyais un malheur,- je m’arme d'un couteau de chasse. Nous arrivons à l’avenue du couveqt, et nous nous cachons, pour attendre la sortie du comte, dans le thème endroit oit, quelques moments avant, nous étions avec mademoiselle Adèle.- • *
•Mopsieur ne parlait pas, mais je voyais sur sa figure des mouvements 'de ragV qai me faisaient trembler, moi qui né suis pas timide.
Nous attendions depuis une grande heure, et le jour commençait à baisser, quand nous vîmes notre homme sortir du ebuvent , suivi de ce grand diable d’beiduqtie, qui ne le quitte pas plus que son ombre. M. Anatole court à lui: «Regardez-moi, lui dit-il, et défendez votre vie. »
Le comte faillit tomber à la renverse de surprise; mais il se remit bientôt, et dit avec un rire insolent: « Encore un acte de folie?
s— C’est le dernier dont vous serez témoin, » reprit M. Anatole, en lui présentant par la crosse un de ses. pistolets; mais il le refusa, et donna l'ordre à son domestique d’aller prendre les siens dans sa voiture. J’accompagnai l’heiduque peutêtre sûr qu’Ü ne ramènerait personne avec lui. Maintenant voici -comment l’affaire se passa i Nous note enfonçâmes dans une espèce de taillis, et quand nou$ fûmes à deux portées de fusil de la
• LETTRE CVI. 23g
grand’ route ;vM. Anatole s’arrêta dans une clairière d’où l’on découvrait une partie dn cloître. •
«•Vous avez vos pistolets «t j’ai- les miens, dit-il au comte ; je vais m 'éloigner de tonte Fétendue du rond-point où nous sommes; nous marcherons l’uil sur l'a titre, etnous tirerons à volonté : le point essentiel c’est «jiie l’un de nous^ste sur la place. »
M. de Montford,.à qui ces Conditions ne convenaient pfes, voulut entrer en explication..'..
«Point -de phrases, lui cria mon maître d’une voi* de tonnerre ; vous expierez vos crimes en vue de ce couvent , ou j’y laisserai ma vie.
- — Des hommes d'honneur, reprit le comte , né se battept point sans témoins.
— Pourquoi donc en demandez-vous? interrompit M. Anatole en frémissant de colère;' j’ai Soif de votre sang, et je ne veux pas attendre. » • .
Voyant qu'il n’y avait pas moyen de reculer, le comte alla se placer à sa distance, mais comme je m’aperçus qu’il faisait un signe à l’heiduqùe, je m’emparai de ce dernier, et pour l’occuper à quelque chose, je lui proposai de mesurer son grand sabre contre mon petit couteau de chasse.... 11 refusa et je me contentai de surveiller tous ses mou-' vements. j . • • * . ’ • •
Nos deux maîtres' s’avancèrent l’un sur l’autre : M. de Montford tira son premier coup à vingt-cinq pas environ et atteignit M. Anatole au bras gauche.*
■ 2^0 CÉCILE
« Cen'est ripn-», dit-ü en cootifiuant à s’avaneer. A dix pas environ il tire sur son- adversaire et lui casse la cuisse. Celui-ci tombe»
« Je ne veux, point, quoique j'en aie le droit; fairô usage de fnoh’second fen, Jui dit volve-, ami, que vous ne soyez en état d’y répondre., et je .vous donne je temps de faire vos dispositions! »
l!fc comte, . avec l’aide de son domestique, s assit sur le trope pourri d’un vieux saule dons uue bronche lui servaitd 1 appui; et mon intrépide utaure, que son courage seul soutenait., car il perdait beaucoup desaüg, vint se.placer devant M. de Montford, à six. pàs tout au plus: Ss tirèrent ensemble. *
.té ‘les crus tués tous les deux : je courla, vers M. Anatole, qui avait été renversé; mais, avant que j’àrrivâsse à lui, il avait eu le temps et la force de se traîner auprès de son ennemi et de lui plopger un poigqard dans le cœur; il ne frappait qu’un cadavre : M. de Mpntfortl , atteint à la tête d’un coup de pistolet, «tait étendu sans vie. . ,
u. Ab! mon ober maître, où avez- vous été touché? jp éc.riai-je en-le prenant daus mes bras....-
«— Qu’importe? répondit-il; maintenant fen jetant les yeux syr le couvrant) je puis mourir * , et il perdit connaissance. : 4
Pendant que liierduque -courait au couvent pour y chercher du secours, je yis.dun coup d’oeil-caque nous avions à craindre dans cette eircpBstsnc»'
chargeant mon pauvre .maître sur mes épaules, je m'enfonçai dans l’épaisseur de la forêt, et je fis une première lia Ile près d’un ruisseau. 1)1. Anatole reprit ses sens: je lavai ses blessures, -sur lesquelles je mis un premier appareil ; et, après trois ou quatre stations, nous finîmes par regagner notre gîte.
Ce raatirt monsieur, qui a dormi deux. grandes heures, a' paru surpris de sé trouver vivant. J'ai visité ses blessures: la seconde, -qu’il a reçue audessous de la mamelle droite, et que j’avais d’abord jugée mortelle, n’a fait que labourer profondément les chairs , et celle du bras n’a pas causé la moindre fractur,e. •
Pendant que je le pansais, monsieur m’a dit eu souriant: «Tu te donnes bien du mal inutilement, mon pauvre Lambert; je connais quelqu’un plus adroit que le comte, et qui ne me manquera pas. » Je vous répète ses propres mots. * .
M. Anatole n’a pas voulu entendre pArler de chirurgien; et je n’ai pas cru devoir le contrarier, d’autant que, sans vanité, je suis capable de lui ‘en tenir lieu.-
Je voulais absolument le saigner, 'comme c’est d’usage; mais monsieur in’a ri au nez, eu me disant qu’il a encore besoin pour quelques jours du peu de sang qui lui reste. Çc que j’en di's à M. le cher valier n’est que pour mettre ma responsabilité à couvert, s’il arrivait quelque malheur. •
CÉCILE
Je ne vous parle pas, M. le chevalier, de tout ce que j’ai souffert dails cette terrible soirée à la vue du péril' qui menaçait un maître pour qui je donnerais cent fois ma vie ; vous me connaissez, et vous rendez justice aux sentiments de celui qui a l'honneur de Se dire avec respect votre. très humble et très ôbérêSant serviteur. . “ •
Lamôert.
LETTRE C VU
CHARLES D El’IVAL A MADAME DE NÇU.VIl.l.K.
‘ Ma chère Emilie., quand Ja mort de votre excellent père est venue porter le dernier eoyp à. votre cueuc, et vous a forcée de partir en toute hâte pour Sisteron, où vous appelait lé plus pénible des devoirs^ , je vous ai promis de vous donner bien régnlièrement des nouvelles de notre s alitai ce , sut* la santé duquel vous avez pu être rassurée en apprenant que j’avais fait .moi - même , t depuis votre absence, un petit voyage en llretagpe. Je ne suis de retour aux bruyères que depuis trois jours , et déjà j’ai è voms annoncer de bien étranges événements! J’aurais cru doVoir voies les laisser Ignoraiquelque temps encore, si je n’avais eu, pour vous
0 1 La perte de son père avait forcé madame de ‘Neuville à se rendre en Provence, dans la terre où M. de Césanc était mort.
CÉCILE
•en instruire, nue voie plus sftre et plus directe que celle de la posté. * ■ .
En continuant à vous donner l’assurance, dé la guérison *d : Anatqle, je vous disais, dans ma dernière lettre 1 , qu’à l'état de démence auquel il était échappe miraculeusement, avait succédé troc profonde mélancolie dont je craignais les suites^ Elles commençaient à se, réaliser : Anatole voulait mourir, et n était retenu que par la sainteté d’ftri serment qui nous lie, et dont je pouvais seul l’affranchir. • >
(Jet engageaient , qui lui laissait la liberté de chercher à me prouver la nécessité du parti- violent' qu’il voulait prendre, m’imposait l’obligation de m’ÿ soamettre s’il parvenait à m’en convaincre. Jedois vOusEavouef , aujourd'hui qu’une circonstance inattendue a donné un autre cours- à ses idées, je g’avais pu résister an tableau déplorable qu’il avait mis sous mêsyeux, -et j’avais été forcé de convenir que 1 égoïsme d’mje amitié, cryéllc pourrait seul impo- * sor la vie à cejui que le présent accablait, et à qui
• ( avenir n offrait aucune chance de soulagement. •
Dans ma dernière lettre de Rennes , je me rendaisà ses liaisons, et je .n exigeais de lui que d'attendre mon retour pour mettre à exécution son sinistre projet; mais j’avais été frappé, comme dun trait -de
1 Cette lettre n a pas été Tetrouvfcc.
LÈ'ÏTHK CVII.
lumière, d’une pensée que jê voulus mettre ibi - plustôt en action . Dès le lendemain je quittai .Rennes, avec intention -de faire uu long détour «Vaut de me rendre aux gruyères/ Sur ces entrefaites , ûue catastrophe, que j’avais prévue depuis long-temps , vint aggraver la position d’Anatole : une rencontre avieede comte de Mgntford eut lieu dans la forêt de Rgisy ; un -duçl à outrance er^fut la suite.... Le comte, fut tué. .
Il y avait cinq jours que cet 'événement s’était passé, et Anatole était 'déjà convalescent de» bles : sures qu’il avait reçues dans ce combat lorsqu* j’arrivai, .le ne fus “pas long-temps à m’apercevoir que la' mort de son ennemi, loin de rien changer à sa détermination , lui enlevait le dernier intérêt qui le retenait à-la vie,- le désir de la vengeànce.
Après une journée passée tout entière dans i’effùsion de l’amitié, Anatole m'amena sur la terrasse de l’Est j sans, me dire lin mot, -il -tira de sa p.oche la dernière lettré de Cécile, que je m'étais déterminé à lui-envoyer, et m'indiqua ‘de la main le couvent que l’on découvre de cet endroit. . « Mon ami , lui dis-je en le «errant dans mçs bras , je t*ai rendu ta parole, et dans une heure tti pourras disposer de tes jours, si dags ce délai tu mes pas plue convaincu que- je ne le suis -moi-mêihc de l’énormité du crime que ter tç prépares à commettre. » Et je sortis sans