LE MÊME A LA MÊME
Anatole avait détruit tontes mes objections et levé tous mes scrupules; j'avais fini par convenir aveclni'qne le projet dfe l'enlèvement de Cécile n’avait. rien qui blessât la loi naturelle, eivile, ni même religieuse, et qu’il’ n’outrageait qu’un préjugé stupide et barbare que le fanatisme avait introduit dans no^ mœurs. Je n’exigeais plus de lui, pour m’ofccupèr des n\oy eus d’exécution , qu’une preuve incontestable qu’une pareille entreprise aurait lassentlment de Cécile; il me l’a fournie en m’apportant les deux lettres ci-jointes, dont il me perbiet de vous faire passer la Cppie. Lq première est la lettre dont il avait cbargé le cavalier de la marécUabssée, et que celui-ci fit remettre à Cécile par l’entremise de sa sœur la tourière; la seeonde est la réponse do
a66 cÉcifcB.
.Cécile, qoi lu» est parvenue hier par le même
moyen. .
Attendez-vous, ma chère Emilie, à quelque grand
évènement.
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ANATOLE A CÉCILE
.Cécile, vous lès reconnaisse* ces caractères tracés dune main tremblante, et vos y eux parcourent avec effrtji - hoi écrit où- V0U6 oraignfez de trouver à chaque ligne hr. preuVei de l'état funeste rfà votre abandon m'avai? (réduit. Hélairi je l’ai» «éabouvee cette raison fatale, et c’çst àeüe seule qtie mon cœur demande compte adjeurd’bûr des nouveaux déVoins que vous avez embrassés et desanciens serments que voue n’avez point trahis, Jin recouvrant mes sens, je me suis interrogé sur les* conditions auxquelles jetais rendu à la vie.' fjîamom: , l’amour impérissable avait dqpâiuré mon êiée ; pour moi, désormais , plus d’amitié j plus de vertu, plus d’espok dp ce côté du tombeau ; jetais tombé du faite du boolieur dans l’abîme ale liufortuno. Cécile s était retirée de moi, je restais seul dans un mondé qui ttW vait plus d’objet à mes yeux; qu’a vais-je à faire de
J 68 CÉCILE
la vie? Chacun de mes jours s’obscurcissait du souvenir de» autres; je résolus de mourir. . ,
L'heure était venue; j’allais terminer rtion supplioe.... Quelle puissance a désarmé mon bras?.’:.. Un enfant.... •
The clnkl of miser y baptis'd m tcars.
Oui, Cécile, c'est un ange, c’est Nathalie qui s’oppose au dernier acte de mon. désespoir. Charles, qui Connaissait mon dessein , avait obtenu de moi que j’en différasse l’exécution jusqu’au retour d’un petit voyage dans sa famille que je l'avais forcé d’entreprendre. v, j. v
Quel autre que CécHe sur la terre pourrait se faire une idée de la révolution qui se ht en moi?
Au moment où je prèssal ma fille sur mon seiti, ou je la couvris-de mes baisers et dé mes larmes, que j'eus honte de moi, dé mon amour même, ou songeant qu'il avait pu étouffer dans mou coeur jusqu'à l’instinct irrésistible de la nature! Pressé de mettre un terme à mes propres souffrances, la pensée de ma fille ne s’était donc point offerte à mon esprit; en songeant a me délivrer dç la vie, j’avais . pu consentir. à «n rejeter s.ur elle le douloureux far deau. Moi, mourir! nqn! non! J’ai vu Nathalie, j’ai réçûseS caresses, je viens de relire la lettre queCé^ cile m écrivit au moment où «lie consacrait à Dieu des jours qui m'appartiennent; je puis vivre encore 1
LETTMP-CXI. *9
Apprend», ma, Cécile, que depuis quatre mois j’ai fixé ma demeure aux Bruyères-, que j'y habite une cho/nbre consacrée par d'ineffables souvenirs, et que du haut de la terrasse où je t’écris je découvre le clocher de ton couvent.
Je pénétrerai dans cet asile du désespoir; je t’arracherai vivante de la, tombe où tu t’es ensevelie.... Par quels moyens, arriver jusque toi? Je ne sais; mais Charles me prête son secours, et souvent l’entreprise •devient facile par ses difficultés mêmes.
Telle est, sur ce point, ma volonté ferme, inébranlable , que je ne suis pas même arrêté par la crainte -des pénis où je t’expose.
Que nous importent des dangers dont le bonheur suprême doit être la récompense? Ta présence ou ton absence, voilà pour moi la vie ou la mort.
Que Cette lettre soit fidèlement remise entre tes maina % ét l’exécution de notre projet est assurée. Tu n'eu douterais pas, Cécile , «h tu savais par quel concours .d'événements incroyables cette lettre » pu te parvenir. Un mot, un seul mot de réponse par la même voie, et nos destinées s’accomplissent. .
Adieu de nous qui sommes toi.- .
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CÉCILE
LETTRECX.II.
CÉCILE A AHATOLE. - « *
• .»*. • •• •* f^^uirtics 1^8!
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Esfcce un songe?... Anatole! Nathalie! ces fcoros ensevelis chus inon cœur ont frqppé mon oreille...’. Vous vivez, vous respirez? vous respirez à quelques pas de l’infortunée Cébitc, et l’immensité nous sépare, je -ne vous reverrai jamais 5 des murs sic Éer s’élèvent entre nous !... «Un mot, as-tu dit, et je vole'à ton secours, eSnos. destinés s’accomplisteut. »
• Entendez-le, mon cher Anatole, cp cri de l’amour et du désespoir, dont je fatigue en vain depuis six mois le ciel, inexorable... Accourez, et pour écarter ladéc des périls dont votre entreprise me juepace, songez aux tourments .affreux' dont - vous seul pouvez me déliveeé; de quels malheurs n’achéterar-jc pas les délices d’un jour passé près de vous dans les larmes! ’ * •
Mon ami, mon- unique ami, songez que vos propres souffrances ne peuvent vpus donner l’idée
LETTRE exil..
des miennes: lcgarement de votre raison en a du moins suspendu la durée ; quand voua l'avez recouvrée, vous avçz pu. gémir dans le sein' d’un anji ; vous avez pu embrasser votre fille.... votre fille 1 .... Mais moi , Anatole ! jetée par la douleur au pied des auteb, où m enchaîna Iç désespoir, je n’y ai trouvé '^ùe la religion des souvenirs, l’ombre de ma mère,’ la double ütinge'd’Anatoft*, et l’effroyable pensée de survivre aux objets de mes éternelles affection*.
Telle était, cette nuit encore, l’horreur de l'existence & laquelle je thé voyais condamnée. ' * '
Ce matin, la sœur tourlére , uu ange du ciel entrouvre -ma cellnle, et, sans me dire' un mot, vient placer votre lettre sur mon- prie-dieu h Recevrezvous ma réponse?.- pourrez-Vous ha- lire; j’écris avec une aiguille de plonïb dans les interlignes de Votre lettfe, et je confie le sort- de ce papier à la même providence qüi me la fait -parvenir.. *
GÉGILB.
LETTRE CXUI. .
• tu ARLES D'ÉftVAIv A MADAME DE H EÜ VILLE.
Cécile est au ..milieu de. nous depuis quelques heures, et c'est le cœur encore agité des violentes émotions de la journée,. que je prends la plaine, ma chère Emilie, pour vous rendre compte de ce grand événement. .
t La /lettre de Cécile avait lait taire jusqu'à mes derniers scrupules, et dejTtûs ce /n° ment nous n étians occupé» que .des moyens d'exécuter . notre projet d’enlèvement. Nous avions épuisé sans espoir de succès les combinaisons les plus romanesques, et nous en étions arrivés à ce point d’extravagance, que bous délibérions froidement si nous ne renouvellerions pas la tqptative exécutée il ÿ a quelques années, dans le même but et dans le même lieu, par le duc de Fr ■ Cependant l’iniagination d’Ana-
. ’ En 1 780 , 1 c duc de Fr.... mit le (bu eu couvent de Laguicbc, pour enlever une religieuse dont il était épris.
LETTRE CXJfl.
tôle lui-même s’effrayait à l'idée d’une entreprise qui portait te 'caractère d’un véritable délit et dont il était impossible de calculer les snrtes.-JNous avions fini- par nous arrêter au projet vulgaire d’une escalade de nuit; îl ne s’agissait plus .que d’en faire pré-, venir Cécile, et, pour cela, il devenait -indispensable de mettre hiademoiselle d’Amercour dans notre confidence. Je m’en étais chargé, et c’est dans cette intention que je-devais me rendre te lend*v-‘ main à Mootfleury. - • ' *
Vous ne douter pas, ma chère Lntilie, que je ne me sois adressé à moi-même tous les reproches que vous me faites'eti cé moment sur la résolution cou- ■pablè de compromettre celte jeune personne en lui assignant un. rôle dans une intrigue de.cette nature: fort heureuséipent le hasard uous épargna cette démarche , et vint nous offrir des dangers plus digneÿ de nous. . /
La Ijoire croissait à vue d’œil' depuis quelques jours, et tout faisait craiùdre-un de ces affreux' débordements auxquels -cette- rivière est sujette. Ce matin, à -trois' heures, nous sommes éveillés par lès cris des gens çle la campagne rassemblés autour du' château, et, par le spn lointain, des cloches- de Routes les paroisses riVerpincs. Nous descendons à là hâte, Aiiatole et moi,- 'cl nous apprenons que la Loire, débordée. pendant la nuit, avait énVabi la-
campagne environnante iur la rive gauche èt s’élv- • •
Cécile, t. il. » 18
374 CISC 1 te.
vait déjà à la faauteur dé la terrasse de l’pbbaye.
Vqu» croire* facilement qu’ Anatole n'eut pas . besoin <160 entendre davantage ; en moins d'une demi*keure, lui, moi, et le fidèle Lambert, flous avions franchi les deux lieues qui nous séparaient du couvent. . . ' ■ /
.le ne ra amuserai point & vous décrire Je spectacle effrayant qui s’offrit à nos yeux : les bateaux , (es moulins brises, les marchandises-, les meubles, des chevaux, deâ bœufs, des moutons à la nage, -des fragments de 'terrain , des pans de -murailles , enym mot tbus les débris d'im immense naufrage, emportés par les flots qui les choquent et les mettent en pièces' dans leur 'cours impétueux ; sur la rive, des scènes plus désolantes-encore : des chaumières, des fermes, des maisons que les eaux environnent et quelles menacent d'engloutir avec leujrs habitants ; fçmmes, enfants, vieillards; réfugiés sur les, toits, remplissent l’air de leurs gémissements;
.. Dans ce désastre général,. nn seul objet file notre attention: les eaux ont renversé l’espèce de digueque leur opposait la terrasse des -jardins du monastère de Laguièfae qu’elles -inondent ; déjà -elles ont couvert le rez-de-chaussée du cloîtra, et- poursuiventles religieuses qui ont cherché, un refuge dans -Je t clocher, -et se montrent à toutes les cAtvertures, où elleç . multiplient en vain les signaux de détresse; aucun batelier n'oserait approcher du couvent,
battu de foute la violence des flots, et qui ne semble abordable d’aucun côté. * « •
•(Jette remarque «c Fait qu'accroître notre ardeur. Anatole s’est emparé d’une petite barquewide qui venait d’échouer sur la grève; nous y sautons aveu lui, et nous la remettons à flot. Nous secondons, avec nos ranies, l'impétuosité du courant qui nous porte sur l’abbaye ;• des cris s’élèvent de toutes parts, notre perte paraît certaine. Mais, faûriliarisés, comme nous le sommes tous trois,, avec les dangers de la. navigation, nous manœuvrons notre barque*avec assez d’adresse pour la faire entrer dons la seconde cour du couvent où i’aau tranquille nous offrait l’abri d’un port.
Après avoir attaché la barque aux barreaux d une , fenêtre basse , nous “entrons dans l’eau jusqu'à la ceinture, et bojjs pénétrons .dans l’intérieur du couvent, 'Nous nous dirigions vers l'église, à travers un long corridor, lorsque Lambert, qui avait pris une autre' direction, fit retentir la voûte du cloître de ce cri : Par ici ! ta,. voilà !
Nous nous hâtons de le joindre, et jugez de notre ravissement : une religieuse , c’était Cécile , se trouvait en quelque sorte. suspendue entre l’éau- et la voûte, au haut d’un vaste reliquaire élevé suf.quatn- * minces colonnes -de bois d’ébéne.ll me serait aussi mipossible.'de vous peindre en ce moment las émotions dont nous fûmes saisis , que de vous expliquer
276 CÉCILE
pur quels moyens nous parvînmes, à enlever Liée île dn refuge où elle s'étart évanouie, et à la transporter dans la barque:- je serais obligé d'employer à recueillir mes idées à ce sujet., le temps dont jiai Le- * \ ' ^ . # • # • * • soin pout* achever monrécit. ' 1 » , . «
Lé jour tombait lorsque- nous sorti mes' de l'enceinte du monastère, et les eaux qui commençaient ' à baisser nous laissaient la crainte d’être rencontrés dans notre fuite par quelques uns des bateaux qui s'approchaient du couvent. Celle inquiétude nous déçida à nous laisser emporter au courant, au risque de doubler le trajet que nous aurions 4 fttfre pour uous reodré du rivage au château. • , . ,
Cécile avait reprisses sens, et s'abandonnait avec délices aux sentiments mêles damonret.de terreur qui bouleversaient son être. *' - ■' Quel tableau, ni chère Kmilie, que celui de notre bartpie errante au gré des. flots rapides', à la clarté de la lime, dont les doux rayons semblaient aussi caresser avec amour la figure de Cécile !- Rien ne pourrait .vous donner l’idée du charme de sa personne sous le- lin et la bure, où elle était en qaelque sorte ensevelie-, soutenue et .penchée sur un des bras d'Anatole, ses beaux yeux élevés vues son amant qui attachait sur elle des regards idolâtres, .l’étais obligé moi-même de 'détourner les miens de* cette ravissante peinture, pour diriger le long du . rivage notre barque dont 'je tenais le gouvernail,
LETTRE •C.XIli. 277
tandis que l’intrépide Lambert i la -gaffe «Ja main, nous taisait éviter les écueils au milieu desquels nous étions emportés. * . .
' 11 était nuit lorsquç.uous abordâmes, deux lipues au-dessouè du village dp Ghouzy, dans une espèce de Calé qui sert.d’abrPuvoit', et dont Lambert counaissait l'emplacement. \ * /
Descendus à terre et forcés d ! éviter toutes les habitations qui se trouvaient sur notre route , ntws nous trouviynes dans un erébarras erfti’êrap.- Cécile , accablée de fatiguent embarrassée. dans la longue et pesan té robe dont elle était Couverte,- ne pouvait faire un pas; fe.longueijret la difficulté du chemin qne nous avions -à faire à .travers tes prés et les vignes np. permettait pas à Anatole de la porter pendant un trajet de plus de trois lieues, et je dojite quelle eût 'voulu se., confier au* bras, d’un autre. L’industrieux Lambert? imagina un moyen de. transport qu’il exéouta sur-le-chatnp. r Au moyen de quelques éditas- arrachés dans leésÿigne?/ et qu’il lia fortement aVec différentes parties de nos vêtements, que nous déchirâmes en lanières, il eut bientôt fabriqué iirfe espèce dé chaise à porteur où nous plaçâmes Cécile,. que nous transportâmes ainsi avec beanpoup de facilité. • % V.'
Arrivés à une dçmùHeue des BruyàeS, Anatole prit les devants, et courut au château pour nous en faciliter l’entrée, par une des portes de Lr forêt, saûs
CÉCILE
que le concierge iui-incuic put avoir le moiudre » soupçon du nouvel hôte que nous allions introduire au château. • ■ ;
Ces dispositions faites dans l’intérieur, Anatole alla nous attendre à la petite porte de la forêt, s’empara de Cécile, et la conduisit, par lés corridors souterrains, jusqu’à la chambre où' l'attendaient auprès d’nn grand feu la nourrice et Nathalie.
Non, ma chère Émilie, jamais la scène dont je • viens d’être témoin ne sortira de ma mémoire. Cécile entre dans cette chàmhre déjà consacrée par de si chers souvenirs; elle aperçoit -sa fille, pousse un cri d’mnour, et va se précipiter aftx genoux de la nourrice qui tiènt l’enfant dans ses bras, et qui n’a pas le temps de sedever pour la présenter à sa jfiène...,’ . •» .-•• • •
<• Nathalie! Tfia'filte! c«st moi L. c'esttamère!..'. lui disait-elle eh jà couvrant de baisers et de larmes.... Mon Dieu! faites que ce ue soit po4at un rêve!.... » , Et elle cherchait à s’assurer de son Jionheur en re- . gardant autour d’elle, en prenant tour-à-touf les mains d Anatole, celles de la nourrice, en ipvoquant , mon témoignage d’un son de .Voix qui retentira . - long-temps à mon oreille. L’enfant, que L’action si vive deiamçre aurait dû effrayer, semblait au contraire partager l’ivresse dont olfe était l’objet , ’et répétait en agitant en l’air ses petits bras: Maman. Cécile!.'..: ' , ■ !
LETTRF.CXlli.
La mère, transportée à ccs mots, se lève avec Nathalie, et la remet aux mains d'Anatole, qui s'enivre de bonheur eti les pressant toutes deux sur son sein.
G’est à vous, mon aimable amie , d’achever ce tableau. en vous représentant la nourrice debout, en extase, les mains jointes, et marmottant line prière o£i l’on né distinguait que ces paroles vingt fois ré’ pétées: « Mon doux Jésus, prenez pitié de nous; » tel moi, qui conservai assez de sang-froid pour éteindre, sans qu’on sien aperçât, le feu qui avait pris au long manteau de mousseline de la petite , tombé près de la-cheminée , et dont la flamme allait se communiquer aux vêtements de la nourrice.
’ Après quelques moments donnés aux transports d’nne joie qn’ Anatole cl Cécile n’exprimaient que par des soupirs et des sanglots, néus commençâmes à nous reconnaître et à nous familiariser avec l'idée de notre bonheur. . . - ’ *
Lambert, qui n’avait pas perdu son temps depuis notre arrivée, vint .nous avertir qu'il avait dressé une petite table dans la salle voisine, où nous trouverions un souper servi à la hâte.
Nous sortîmes pourdopAer-p Céfcile le temps de changer ses habits mouillés dans la barque. Anatolç la prévint en- riant quelle trouverait dans cette même chambre ceuitqu’ellè y avait laissés, et nçus
CECILE
nous retirâmes dans la mienne pour réparer ie risible désordre de notre toilette. .
Cécile ne reparut qu'au bout d’nnè heure ; elle avait passé ce temps auprès du berceau de Nathalie qui s’était endormie sur ses.genoux.. : «
Je pesais de quel souvenir Anatole fut frappé en la revoyait t vêtue d’un simple fourneau de mousseline , et la tête couverte d’un béguin de dentelle noué sous le menton ; mai* il y avait qnelque chose d.e plus que de l'admiration dans la mouvement de surprise .qu'il témoigna , et dont la rougeur subite de Cécile pour sait bien n&’avoir révélé le' mystère. Tourne que je puis dire c’est que-la pudeur, la vertu, la gi'ace , et la volupté ont pris une forme humaine , et se sont montrées à mes yeux sous. la seule figure de Cécile. Si cette apparition a fait sur mof un pareil effet, vous pouvez vous figurer le ravissement d’Anatole. - , • « • • •
L’enfant donnait dans la pièce voisine, dont la porte, était ouverte; Cécile appela la nourrice, qui vint sc mettre à table avec nous. Nous avions tant de choses’à noüs dire, que la nuit entière se serait -écoulée dans uq entretien -où chacun de nous avait
à répondre à des questions d’un égal intérêt pour tous, si la nourrice ne nous eût lait souvenir, que m fille avait besoin de repos. Cécile, à ce noni de fille, se jeta dans les brâs de là, nourrie», et ie lava pour la suivre. Anatole lui baisa tendrement la
LETTUE CXIII,
main, et je l 'emmenait dans la chambre qu’il avait fait préparer lui-même tout auprès d«ht mienne. (
• Il était plus de mitiuir lorsque nous nous sommes Réparés. Je me suis levé à cinq heures pour vous écrire et profiter du courrief de Romorautin, qui arrivera plus vite que l’exprès que j’aurais pu vous wrvoyer. • .
Maintenant reste à ■savoir l’effet qu’aura produit l’enlèvement de*Géeile j dans tous les cas, jéîaîs mes dispositions pour mettre -mes amis en mesuré de quitter le pays,de peur que nous ne Soyons surpris par l’évènfcnient qui pourrait nous forcer à prendre la faste* Je. vous engage, ma chère Émilie, à ne parti ifférer déplus de trois jours Ja'visi te que vous yoalez nous faire avec Pauline :préve»ez-moi seulement du jour de votre arrivée, afin que je prenne pour cette entrevue quelques précautions indispen-
sables. >
CÉCILE
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