‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 38 sur 41 · ANATOLE A,ÉMU4È OE %N EU) VILLE · texte numérisé non relu

ANATOLE A,ÉMU4È OE %N EU) VILLE

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n Quel bonheur, ma tendre amie , que tu n'aies pas différé de quarante-huit heures ta visite aux Bruyères! Tu ne nous y aurais plus trouvés, et Cécile, en quittant la France peut-être pour jamais; n’aurait pas emporté; le délicieux souvenir d’une journée tout entière passée entre toi et si chère Pauline,, .après- une séparation déchirante et qui semblait devoir être éternelle. Quelle entrevue tfiie’ celle de~s deux jeunes amips dans le petit oratoire aux vitraux coloriés, où leur entretien se prolongea si longtemps, et auquel Charles et moi n’avons pas obtenu la faveur d’être admis ! Il étjiit sept heures du soir lorsque nohs nous séparâmes- aussi mystérieusement que nous nous étions réunis, et fort heureusement, comme vous l’apprendrez tout-à-

Diaitize

yj.lL:

LETTRE cxiv. a83

l’heure, sans que le vieux concierge eût vu entrer ou sortir personne.

Le bonheur dont nous venions de jouir se répandit sur le reste de la soirée , xjue nous achevâmes dans ce même oratoire que vous veniez de quitter, an milien d'un chaos de sensations, de souvenirs, et d’espérances,. dont nons jouissions sans chercher à en débrouiller les éléments. ’ . •

« Je sais, me disait Cécile, que de gratids malheurs nous attendent encore, mais n’en avons-nnns pas dpja reçu le prix? La vie, Anatole, c’est aimer, c’est être aimé; le reste p est que la mort.,.. » Charles interrompit cette délicieuse causerie’, en nous annotant qu’il fallait se. lever le lendemain de bonne heure pour s’installer dans la ttnir des Archives, jusqu’à notre départ qu’il croyait pressant de ne pas * différer . • • • • •

s « Depuis dèux jours, ajouta-t-il , je vois rôder au-' tonr du château des gens dont la figurer m’est suspecte, et il faut prévoir le cas où nous serions obligés de nous échapper par les oubliettes. » Sans crcriée lp danger aussi prochain , jé suis convenu de la nécessité de prendre nos précautions. ;» '*•

Hier, à la pointe du jour, Charles, moi, et I-ambert, nous étions à l’ouvrage, et avant que Cécile se fût levée, tout était prêt pour notre changement de domicile. . • • . • ’• •

CÉCILE

A dix-heures, nous déjeunions sur la terrasse % et l’enfant sur les genoux dé sa mère lui montrait -du doigt le clocher de Laguiche. Nôs regards, qui n’avaiont pas attendu l’avertissement de Nathalie p4hr se porter de ce côté, «y fixaient avec ijn intérêt plus vif :■ tout-à-coup", je vois Chartes se lever, et monter sur la platerforme de la tour ; il en re'des^ cend avec précipitation et donne l’ordre à ÏÆmbert d’aller. lever le pont-levis et fermer toutes les portes ettoutes les fenêtres de la façade du château.

• « Qu’est-ce donc? Lai demandai-je*

• — Rien ; quelques hommes en armes qui s’avan-

‘eent de.ce côté. « ■

.. ,1m sang-froid de Charles n’en imposa pas à Cécile qui s’écria, en serrant plus fortement sa fille, contre" son çtBtu* en s’emparant de ma. -main : •* Ma fille 1 Anatole! Us viennent m’arracher de vos bras . ’ Jamais, lui dis-je; noqs sommes* réunis à la vie et à la mort.... ... , »

• —-Ne craignez rien , reprit Charles, nous sommes, en sûreté dans la tôür, et pour peu que nous nous y maintenions aussi long- temps que les- Bohémiens, nos prédécesseurs, ajoufa-t.il .en riant, c’est avec les -arrière-neveux des peqffrenfants. de Nathalie ; que . •lès assiégeants. auroo*'à traiter de la reddition de '.cette oitad«Ue,Jïir attendant, qu’on se souvienne que' je commande la place, et que c’est àïnoi seul

LETTBE CXIV.

que. les habitants et la garnison doivent obéir. » Après avoir. mis Cécile, Nathalie, et la nourrice en sûreté dans la salle de Tristan, dont nous avions su rendre les.abords impraticables, chacun de nous y rendit. à son poste; j'allai prendre le mien dans l’espèce de lanterne où se trouve la grosse cloche du château, d’où je pouvais entendre et voir, sans être vu, t ont ce qui se passait dans .la première çour.

Vers onze heures, un détachement de trente hommes d.u régiment de Picardie se. fait ouvrir la grill^et vient sc mettre en bataille en face - du pont; le commandant fait venir le ccmcierge et le somme, au nom du roi , de lyi livrer l’entrée du château.

.«Eh! monsieur l’officieç, lui. répondit le bon homme Mouret , on jae vous q donc pas dit que o’est au nom du diable qu’il faut parler ici pour se faire obéh? ... u . • * v ,r. ’ •’ ; •• ..

’ — Point de réplique; qu'on me fasse venir le maître du château: " ■' ;

. • : — Il faudrait que j’y pusse entrer moi-même, et vous voyez hien qu’ils ont levé le pont.

. — Combien sqnt-ijs? ‘ ,

— t)iep le sait, monsieur le commandant.... De jour je'n’en ai jamais vu que trois ; /nais la mût Ils sont au moins dix mHlè , à en jugpr. par. le tapage infernal qu’ils font quelquefois.,.. i>. i

Après de longs pourparlers avec le. concierge, que

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In jeune officier dut pendre pour un fou : « Terminons, dit ce dernier; vous ne pouvez pas m'ifttrOduire dans ce donjon, nous saurons y pénétrer sans vous. 1 , •• .*

. v — Allez., monsieur le commandant, et qüe Dieu vous ait dans sa sainte garde. «

L’officier donne aussitôt à ses soldats l’ortlrd et l'exemple de descendre dans une partie dti fosse qui se trouvait ù sec; là chacun d'eux cherchait l'endroit le plus commode pour s'élever sur l’autre bord , quand tbut-à'toup l’écluse, dont nousétions maîtres, sonvre èt verse* quatre ou cinq pieds d’ean sur le terrain profond qu’ils ‘occupent.

A cela prés du bain forcé que non* leur faisons prendre, l’officier et sa trbupe parviennent sans autre obstacle à prendre possession du côrps de logis prinéipaî , qu’ils parcourent sans trouver personne. •, "• ’

Autre interrogatoire que l’officier fait subir au cotJcieVge , qU on amène une seconde fois devant lui.

Ce cliâteau n’est-il pas habité par deux jeunes gens? • . • - • p* • ’*’ ’ •

— Depuis qu’il a changé de maitfe, il f a quelques mois,’ il est occupé par deux hommes que j’ai friis plusieurs fois, mais dont il me serait bieri difficile de vous donner le sighalément, puisqu’ils ne se sont jamais montrés à moi sous la même' figure :

tout ce que je sais, c’est qu’ils ont un valet aussi extraordinaire que ses maîtres; on ne sait où le prendre: il est dans le château ; on le voit à une fenêtre ; on entre, il ne se tronve plus : on l'aperçait dans la campagne avec son levrier; ou se retourne, et on le découvre au haut de la tour, une grande lunette à la main. ' •

— Ces hommes, le jour de la grande inondation, n’ont-ils pas amené une jeune religieuse qu’ils ont enlevée du couvent de I .aguiche ?

« — Ils en auraient enlevé cinquante, que cela ne inc surprendrait pas; mais, pour dire la: vérité, il est certain qu'ils ne les ont pas amenées ici , ,par la raison que depuis ce jour-là ils n’y sont pas rentrés eux-mêmes. .

— » Nous én serons plus sûrs après la visite générale que nous allons faire', interrompit f officier; ». et sur-le-champ il divisa son détachement en deux sections : l’une fnt chargée de fouiller le parc et les environs, tandis qu'avec l’autre il se chargea de visiter le bâtiment et-ses dépendances. • <

•Après .avoir couru de chambre eq chambre- et frètrc bien fatigué à suivre de jongs corridors qui s’entrecoupaient;. comme les allées d’un labyrinthe, et ta ramenaient sans cesse au point dont il -était parti, il voulut forcer le concierge -à lui servir.de guide: celui-ci l’assura qu’il avait tgut vu, à l’excep-

a88 • CECILE, -

tion de la tour enchantée, où sans doute il c'avait pas l’intention d'aller chercher une mort certaine; et à ce propos il entama le récit de tous les événements surnaturels dont cette tour avait été le théâtre, des lésions de farfadets qui s en étaient emparés depuis plusieurs- siècles, et du sort éprouvé par tous ceux qui avaient osé jusqu’ici en tenter l’aventure. r .• "s s »’

• « Vo as 'aurez une histoire de plus à raconter, interrompit le commandant, qui s’«J>eroevait de ^attention . inquiète que ses soldat» apportaient aux récits dü vieillard, lndiquez-nous seulement l-eotrée de cette masure. *

** — Jele vois bien, vous nè me croyez pas, reprit Mouret; il ne voulut pas me croire non phis.ee brigadier. (Je- maréchaussée qui entra- le mois dernier dans cotte tour; Allez lui demander dans quel état il en est raveno , et offrez ;lui dix mille écus pour vous servir de guida ; vous verrez s’il (es accepte. » .

Les. détails de cette dernière anecdote portaient un tel caractère de vérité, et 'il ' était d'ailleurs si

facile de s’en convaincra, puisque le témoin, que l’on invoquait se trouvait encore à Blois; que -le commandant donna «ur-lc-champ l’ordre à -un ca- . poral de sa petite troUpe d'aller chercher cephoitame

et de CameùCr avec loi.- •*

Lé brigadier. Arriva,. et cépopdit aux -questions

LETTRE CJIIV. sût)

qu on lui adressa avec le sentiment d une terreur profonde, qui avait un double motif, a J’ai fait uidu rapport, ajouta-t-il, et je déclare qu'à -moins de ’ démolir cette tour à coups de canon r il ti’y à pas moyen de s’en rendre maître. ' •

— Je connais un moyen plus simple, c’est d'avoir du cœur. " ....

— - Je ne crois pas en manquer ,• commandant; j’ai fait mes preuves, et je ne me montrerais sensible à ce reproche que si vous me l’adressiez encore au retour de l’expédition que vous projeté*. - — ► Vous ne tarderez pas à l’entendre. >■ lin achevant ces’ mots, Toffioicr fait charger les armes, et traverse hardiment, avec sa troupe, la galerie en ruines qui conduit à. la tour des Archives.

Pour que fous pissiez 'suivre ce. brave jeune homme dans l’expédition périlleuse- où il s’engage, il faudrait commencer par vous- mettre sons -les yeux la carte du pays , ou du moius vous, rappeler dans tqu$ ses détails la lettre que j'écrivis à Cécile pendant son voyage , et «p elle vous anca sans doute communiquée ; mais, pressé par le temps, je dois me borner à vous faire part des. résultats.

Nos dispositions -étaient faites pour arrêter l’ennenii à chaque pas ; mais nous voulions nous tirer d’affaire sans qu'il en coûtât la vie à personne, et popr cela ne .prendre avantage que de la câlinais-

*. Cécile, tu.* . *0 ’

2gu . CÉCILE,

sancc du terrain et de» moyen» de terreur que nous avions organisé». Le plus infaillible, comme le plu* inoffensif, était l’obscurité profonde où nous plongions les assaillant* quand nous en étions serrés de trop près, en éteignant leurs flambeaux et en les forçant de suspendre- leur marche pour les rallu-

mer.

Cependant ils étaieut parvenus dans la salle aux deux rideaux rouges', et s’y étaient arrêtés pour y . tenir conseil. S'ils pénétraient plus avant, comme l'intrépide commandant y paraissait décidé, nous étions obligés de chercher un dernier refuge dans le souterrain des oubliettes, j’étais bien sûr qu’ils ne nous y suivraient pas; mais comment y descendre sans danger l’enfant et la nourrice aved toute la précipitation qu exigerait tme pareille mesure?

Il n’y avait pas un tnoment à perdre. Nous interrompous la Conférence en introduisant dans la salle des torrents de fumée qui les suffoqnent; et, pour bâter leur retraite, une voix terrible se fait entendre: «.Un pa» de plus , et votre destruction est certaine ; cette voûte va crouler sur vos têtes: *

Pour tonte réponse, l’officier s’élance l’épé© à la main vers le lieu d'où partait la voix ; mais sa troupe, au lien de le suivre, rebrousse chemin, et le laisse

Voisla lettre LXXXV «lu second volume

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