‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 9 sur 41 · MADAME DE CLÉNORD A MADAME DE NEUVILLE · texte numérisé non relu

MADAME DE CLÉNORD A MADAME DE NEUVILLE

Beauvoir, 1786.

Que la religion est puissante^ tua chère sœur! sans elle nurais-je pu apprendre sans mourir le fatal secret -que m’a révélé, md fillè avant de 111e quitter, et que ta clairvoyante amitié m’avait- iuutllementiait pressentir?. Cécile aime sou oncle!... De quoi servirait 4 e rappeler le passé, et de qui pouo rais-je me plaindre?.... de maji seule. Je me suis endormie dans une sécurité trompeuse; j’ai compté sur la probité de mon, frère, sur la confiance sans bornes de ma fille, sur la force des principes religieux dont j’ai rempli son ame , et je n’ai pas voulu comprendre que le principal effet des passions est de nous dérober la oonuaissancc de nous-mêmes.. .. Ne nous occupons plus que dé l'avenir.... chqrchons-y un recours contre upe erreui* fatale que je déplore.... Ah! Cécile, Cécile! était-ce lui que tu devais choisir?.... • •

CÉCILE

Je n’ajouterai point à tes peines, mon enfant, en te peignant cet amour criminel des couleurs sous les» quelles il s'offre à mes yeux ; et loin de te dire combien je souffre à l’idée de voir s’accomplir une union que la nature, la religion, et la loi condamnent, je ne te parlerai que dé me9 efforts pour vaincre les obstacles qui s’y opposent : le plus- insurmontable, le seul peut-être , est la résistance de mon «naît.'

Depuis votre départ je né l’aperçois plus , il passe des journées entières enfermé avec le comte, et tout me porte à croire que le mariage de ce dernier avec Cécile est tftÿr chosê arrêtée dans leur esprit : il semble que la réjkignance invincible- que je té- ■*moigne'pour\cétbÿlneu'ne fasse qu’irriter la volonté de l’un et le désir d<> l’autre.

■ ••Pour moi , chère sœur, je suis plus déterminée que jamais dans ma résistance' à cette injuste oppression depuis que j’ai consulté notre vénérable curé , ancien ami de notre famille : j’ai mis ma douleur aux pieds de ce saint homme , il m’a écoutée dans un pieux silence ; et, lorsque je l’ai interrogé en rougissant sur la conduite que je devais tenir en cette circonstance , voici eu quels termes il ma répondu : « C’est un devoir pour des parents de diriger l'inclination de leurs enfants ; mais ils n’Ont'pasle droit de leur faùte violence , et l’obéissance qu’une femme doit à son mari ne saurait aller jusqu'à le seconder dans l’abus qu'il peut xou-

loir faire de son autorité paternelle. Quant au désir que vous témoignez de voir tomber, l’obstacle -religieux qui s’oppose à ^accomplissement d’un kyjnen que réprouvent également la cefigion et la morale, je ne puis vous promettre dé faire mes efforts pour les lever, avant que vous ne m'ayez donné par écrit et confidentiellement l’assurance que cette union est devenue indispensable. » Si j’ai bien compris le seus de ee dernier mot qu’il a répété plusieurs fois , ciest au coeur de Cécile d’y- répondre.

«Mon enfant, c’est a toi que s'adressent les dernières lignes de ma lettre; mesure courageusement ton amour et tes forces •: vois ce que ta saison , ton esprit et ton amj, peuvent encoreexercèr d'influence sur un sentiment si funeste à ton repos et au nôtre;' fais rqflexion aux suites prescuie inévitables d’une passion qui étonne la vertu , qui absorbe toutes les affections de tqn ame, et qui peufrompre les liens d’une famille dont tu es l'amour et l^tonneur.

«Tu le yois, nonaj^ivons plus d’espoir qu’en toi seule,. ej. notre sort est encore entre tes mains. »

céctle.

LETTRE LX.YI.

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