‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 2 (volume 2)Chapitre 28 sur 56 · TT · texte numérisé non relu

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I>E LA galanterie française.

i|ui n'employa d’autres moyens, qui ne fil d autres frais pour perdre vingt femmes dé réputation, que d’envoyer à quatre heures du matin sa voiture à leur porte.

L'établissement du Pavc-aux-Cerfs donna l'idée des jwlites maisons , asiles mystérieux et consacrés an plaisir, d’où les femmes de la cour finirent par chasser les courtisanes. Celles-ci rentrèrent dans tous leurs droits, lorsqu après madame de Pompadour, qui tenait le milieu entre les unes et les autres, madame Dnbarry vint si effrontément souiller le palais des rois.

Le règne suivant s’annonça par d heureuses réformes: I empire des courtisanes fut détruit à Versailles ; mais son siège , transféré à Luricnnes , conserva Paris dans sa dépendance, et l’y maintint jusqu’à la révolution. Le luxe des Dut hé, des Tevenin , rivalisa plus d'une fois dans les fêtes publiques avec la pompe royale. Les femmes honnêtes prirent alors un parti auquel il serait à souhaiter qu’elles eussent plus souvent recours : clics se distinguèrent par un extérieur modeste et par la simplicité de leurs vêtements. Les hommes les prirent au mot, et, connue essai des manières anglaises qu’ils venaient d adopter, les petits-maîtres de la cour et de la ville affichèrent pour les femmes le respect le plus impertinent; les salons, les boudoirs furent abandonnés pour la taverne, le jeu de paume, et les courses de chevaux.

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Après avoir passé la matinée avec des yrooms et des jockeys, nos élégants couraient le soir, en chenille, disputer à leurs valets de chambre des bonnes fortunes aux guinguettes on aux théâtres des boulevards.

Il serait indécent d’associer le mot de tjalantene aux désordres dont la révolution a rendu témoins ou victimes ceux qu’elle lia pas faits complices; mais, en 11e prenant de ce tableau que ce qui appartient à mon sujet, je ne puis m’empêcher de remarquer qu’à cette époque terrible les femmes, à Paris sur-tout, ont su conserver, en les ennoblissant, les plus beaux traits du caractère national. On peut les diviser en deux classes: les victimes et les héroïnes. Les premières , dans les prisons , y donnaient l’exemple du courage et de cette philosophie pratique qui fait une loi de bien employer des jours dont chaque instant menace la durée; les autres, vouées à des occupations plus nobles , et quoique libres cncoi e dans une situation non moins périlleuse , consacraient leur existence entière à sauver, à conserver, ou à défendre les jours d’un père, d’un fils, dun ami ou d’un époux , dont on les vit plus d une fois

partager volontairement l’honorable supplice. Dans

ces temps de malheurs et d’opprobre , où la pitié s’appelait révolte, où la politesse était un crime capital, l’urbanité, la grâce affectueuse, les égards mutuels, toutes les qualités aimables dont se compose le caractère français, s étaient réfugiées dans

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les prisons, dont l’amour trouva souvent le moyen d’adoucir ou de dissiper l’horreur.

Le () thermidor arrive : à des jours de deuil succèdent tout-à-coup des jours de fête; un siècle d’oubli s’amasse en un moment sur des malheurs de la veille: on a soif de plaisir; les soirées de l’hôtel Thélusson, du pavillon d’IIanovre, les bals de llichclieu, deFrascati, rassemblent tous ceux qui survivent, et dont le premier besoin paraît être de danser sur des ruines. Les victimes ont leur bal, où ces mêmes femmes, dont on admirait l’héroïsme quelques semaines auparavant, ne se distinguent plus que par la bizarrerie de leur parure et l’inconcevable légèreté de leur conduite.

Le rétablissement du pouvoir monarchique a mis fin à ces saturnales; et la France, rendue à ses vieilles institutions, a recouvré, comme par enchantement, ses moeurs, ses usages, et quelque chose de cette antique galanterie dont on croyait la tradition perdue. J’entends bien, de temps à autre, quelques censeurs chagrins se plaindre que la jeunesse française apporte aujourd’hui dans la société des formes un peu cavalières, une confiance trop voisine de la présomption ; mais peuton, sans injustice, exiger que des jeunes gens dont l’éducatiou actuelle fait si promptement des hommes; qui, pour la plupart, à vingt ans, ont le droit de citer leurs services et d’associer leurs noms à

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