‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 2 (volume 2)Chapitre 32 sur 56 · ET SUCCÈS UES SALONS · texte numérisé non relu

ET SUCCÈS UES SALONS

fermer. L’intrigant Figaro eut à lutter contre les mêmes écueils, et trouva dans la société les mêmes ressources, la même protection: il les fit mieux valoir en public.

11 y a quelques années, dans un temps où l’on faisait argent de tout, les agioteurs du Parnasse spéculèrent sur ce goût de lectures qui s 'était emparé de presque toutes les classes. Certains établissements publics eurent des lecteurs à gages qui venaient débiter, entre une leçon d'anatomie et une sonate de harpe, des scènes de tragédies dont le plan netait pas fait; des épisodes de poèmes dont le sujet netait point trouvé; des épîtres, des contes et des madrigaux de toutes les dimensions, jusques et compris le distique. Le ridicule a fait justice de ces lectures d’apparat, où l’on vit les successeurs de MM. Maribarou , Braquet et Briquet , s'asseoir gravement au fauteuil de MM. Delille, La Ilarpe, et Chénier. Je reviens aux lectures de salons , où l’on est revenu, et j’examine comment les choses s’y passent aujourd'hui.

La maîtresse de la maison et l’auteur ont fait ensemble leur liste : un certain nombre de personnes, que le hasard décuple presque toujours, sont appelées pour écouter et trouver bon l’ouvrage qu’on va leur lire. 11 est neuf heures, on u'attend plus que madame la duchesse de ***. Chacun témoigne une impatience dont l’auteur ne

LECTURES

saisit pas toujours le véritable motif. C'est pourtant là son quart d'heure de modestie. Il faut voir comme il court avec grâce au-devant des- plaisanteries qu’on pourrait lui faire sur le genre de son ouvrage, sur la grosseur de son manuscrit; comme il invoque la critique ; comme il s’engage à suivre vos conseils, dont il a toujours fait tant de cas; comme il intéresse votre goût et votre amourpropre à son succès, en vous prévenant que cet ouvrage est loul-à-fait dans votre genre ou dans vus principes !

Madame la duchesse arrive ; la porte est défeuduc : les bougies, le verre d’eau sucrée, sont placés sur le guéridon ; la maîtresse de la maison donne le signal, et chacun se place. Dans ce mouvement de chaises , de fauteuils , je remarque que les vieux habitués de ces sortes de fêtes, ceux qui eu connaissent toutes les conséquences, s’emparent des angles du salon, et se retirent, autant qu’ils peuvent, derrière le lecteur, taudis que les novices et les provinciaux , bravant un péril qu’ils ignorent , se portent sous le feu même de ses regards.

La lecture commence, et les plus âgés ne tarderont pas à s’apercevoir du danger de leur position. En vain ont-ils recours à leur tabatière , qu’ils ouvrent à petit bruit ; en vain s’efforcent-ils de donner à l’assoupissement l’air de réflexion : la paupière se ferme , la tête tombe , se relève , et retombe sur la

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