UNE PREMIÈRE REPRÉSENTATION
Je ne vous dirai pas grand'chose du plan de cette tragédie; le moyen de bien l’entendre? j’étais entre votre frère et le gros vicomte! Néanmoins, vous pouvez m’eu croire, cela est mauvais, décidément mauvais, quoi qu’en dise le Satirique. Je suis de son avis lorsqu’il affirme « qu’un ouvrage de cette importance a besoin d’être bien écouté; qu’il est injuste de prononcer sur une représentation au milieu des clameurs de l’esprit de parti , et du caquetage de cette foule de femmes qui viennent elles-mêmes se donner en spectacle à une première représentation. >.
Tout cela est généralement vrai, mais n’est pas applicable à la circonstance dont je vous rends compte. Cette fois, Baçinc est bien jngé ; le dénouement de sa pièce est ce que j’ai vu de plus ridicule. Imaginez-vous que cette bégueule de Junie va se faire vestale, comme madame de Sennès irait se faire tirsuline. A Dieu ne plaise que je veuille faire le savant ! mais j’ai lu dans Ménage qu’il fallait d’autres formalités pour prendre le voile dans le couvent des dames de la congrégation de Vesta.
J’oubliais le plus essentiel : votre Desœuillet a joué comme un ange. Je lui ai parlé de vous dans sa loge; mais, si vous m’en croyez, revenez vite lui en parler vous-même : c’est une fille pour qui la constance n’est que l’intervalle qui sépare deux fantaisies. *
Si vous lisez là-bas [es Nouvelles à la main, vous
d’autrefois.
y venez Racine habillé de main de maître. Le cahier qui doit parler de sa pièce n’a pas encore paru; mais si Leclerc fait les choses en conscience, s’il sert bien le juste ressentiment de d’Olonne et de Créqui, dont il a reçu deux cents pistoles, le pauvre Britannicus paiera pour Andromaque
Gourville a dû vous remettre les odeurs que vous m’aviez demandées pour votre jolie cousine. Martial n’a pas voulu d’argent : il dit qu’il est en compte avçc vous.
Dubroussin vous embrasse. Nous avons fait chez lui le plus joli souper!... Il n’y manquait que vous. J’ai été obligé de ramener Chapelle dans mon carrosse : il était ivre mort ; en revanche, je l’ai laissé le lendemain passer la nuit sous la table, à la Pomme de Pin, où il a déjà couché plus d’une fois.
Je ferai mon possible pour aller au lever dimanche prochain. Mon oncle travaille pour ipe faire rejoindre mon régiment ; il est possible qu’il y parvienne : alors je vous verrais à mon passage. J’aimerais bien mieux que ce fût ici. Dans tous les cas, croyez que je fais état d’être et de me dire au nombre de vos amis.
1 L’auteur de cette lettre fait probablement allusion a l’épigramme de Kacine contre MM. d’Olonnc et de Créqui , à l’occasion de la tragédie d 'Andromaque.
CORRESPONDANCE
S° XL1II» [il JA.KVILR 1 8 1 3 . J
CORRESPONDANCE
« Je suis étranger, monsieur l’Ermite : arrivé à Paris depuis un mois seulement, je suis d’autant moins au fait des usages de cette grande capitale, qu’il ne m’était pas encore arrivé de franchir les limites de ma seigneurie, laquelle est située dans la Basse-Autriche: il est même assez probable que cette idée ne me serait jamais passée par la tête, si quelques arpents de bois que je possède aux environs de Presbourg avaient- pu me faire entrer à la dicte. Ce u’est pas sans une peine extrême que je me suis vu contraint de renoncer à un projet dont la réussite ferait de moi le plus heureux baron de l’Allemagne.
Pour me consoler de ce désappointement, j’ai pris le parti de venir passer quelques mois dans un pays où l'on se console de tout; mais, quelque multipliées que soient ici les consolations, jWfcie* peur que mon argent n’y passe encore plus vite que mou chagrin, si vos conseils ne viennent à mon secours. J’avais calculé d’avance que mes revenus ne tue suffiraient pas pour vivre à Paris selon mon
rang; c’est pourquoi je me suis contenté d'amener avec moi un seul valet de chambre : malheureuse^ ment il ne sait pas un mot de français : ce qui m’a mis dans la nécessité de me pourvoir d’un second domestique, que je me suis procuré dans l’hôtel où je loge. C’est un garçon très intelligent, qui pa'rle toutes les langues d’Europe, qui connaît toutes les rues, toutes les maisous de Paris, qui fait plus de choses en une heure que tous les valets de ma baronnie n’en font en une semaine, et qui n’a d’autre défaut que d'expédier les ducats et les florins plus vite qu’-ou ne les frappe à Munich.
•« C’est vraiment une activité merveilleuse-, je fais bien tout ce que je peux pour la ralen tir ; mais il me prouve si bien que toutes les dépenses qu’il fait sont indispensables, qu’un baron allemand ne peut pas vivre à Paris comme un cadet de Gascogne, que j’ai honte des reproches que je me permets quelquefois .de lui faire en acquittant ses mémoires.
« Dne de mes plus fortes dépenses, sur laquelle je n’avais pas du tout compté* est la suite des importunités d’une foule de gens qui meublent chaque matin mou antichambre : les uns se donnent ppur d’illustres malheureux, victimes de la révolution, et réduits à implorer la générosité des étrangers de marque ; d’autres, pour des plaideuses de distinction, sollicitantun état depuis quarante ans, et toujours repoussée* par le crédit de quelque famille
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