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puissante, enrichie de leurs dépouilles ; ici, ce sont des auteurs de découvertes, de projets nouveaux, des fabricatcurs de tontines, de martingales, de procédés infaillibles pour gagner à la loterie, qui tous n'ont besoin que de légères avances pour faire leur fortune et celle de leurs commanditaires.
« Chacun de ces coureurs d'antichambre finit, pour l’ordinaire, sa haranguepar lademande de quelques écus, dont jè le gratifie par les mains de mon officieux valet. De tous ces moyens de. mettre en jeu la bienfaisance ou la vanité, le plus extraordinaire, à mes yeux du moins, est celui qu’emploie une dame auteur qui veut bien , chaque mois , me faire hommage d’un de ses romans, rehaussé d’un ex dono attelons (de la part de l’auteur), qui m'oblige à payer l’ouvrage quatre ou cinq fois plus cher qu’il ne sc vendrait chez le libraire, en supposant qu’il se vendît.
«Vous qui paraissez si bien au fait des moeurs, des habitudes et des convenances, tout ermite que loti vous. appelle, faites-moi le plaisir de m’apprendre, monsieur) s’il n’y a pas quelque moyen d’échapper aux persécutions dont je me plains, sans manquer aux égards que l’on doit au malheur, aux usages de la société où l’on vit, et au respect qu’on- se doit à soi-même.
■< J’ai l’honneur d’être, etc.
Le baroi^dc
CORRESPONDANCE
Si M. le baron n’en «irait pas, comme il en convient lui-même, à son premier voyagé, il saurait «jue les inconvénients, les importunités qu'il éprouve à Paris, attendent les étrangers sans expérience dans toutes les grandes villes du monde: il est, dans ce moment, ce que tant d’autres ont été avant lui, dupe de ce «pie nous appelons un domestique de place, ce qui veut dire un domestique sans place. 11 n’est pas tout-à-fait impossible qu’il ne se trouve quelques bons sujets dans cette classe de gens, dont le premier mérite (celui de bien connaître Paris) est le premier défaut; mais ils sortent de la régie, et je parierais bien que le domestique de M. de Cura...... n’est
pas dans l’exception.
Je crois donc pouvoir le prévenir, en toute sûreté de conscience, que son valet le trompe, et «ju’il est de moitié avec tons les chevaliers et toutes les chevalières d’industrie qui l’assiègent. Sur l’article des dépenses, je ne dirai qu’un mot à M. le baron : c’est «pie souvent la plus grande réduction que l’on puisse y faire est d’en supprimer la part "de la vanité.
Paris , cc 9 janvier 181?. •
« Je profile, monsieur l’Ermite, de l’avis «pie vous donnez à vos correspondants dans un de vos derniers discours, et j’arrive, sans préambule, au récit de nies infortunes littéraires, dont je vous prie de- m’assigner la cause.
CORRESPONDANCE
• « J'ai fait mes études à 1 école centrale du département de la Charente; plusieurs prix réimportés à différents concours académiques, quelques petites pièces jouées en société chez M. le préfet, m’avaient suffisamment averti de mes dispositionsdramatiques-, Pour être sûr den bien diriger l’exercice, je me suis livré pendant plusieurs années à l’étude des modèles dans tous les genres, et j’ai fini par composer plusieurs ouvrages que je jugeais dignes de figurer sur les théâtres de la capitale, sans croire pourtant ( comme on cherchait à me le persuader dans toutes les sociétés d’Angoulême) que je dusse faire souvenir de Molière et de Racine, et faire -oublier Quinaitlt. Muni de inon riche portefeuille, et accompagne, jusqu’à la diligence, par les notables de la ville, je me suis mis en route pour Paris.
« Le lendemain de mon arrivée, j’ai fait demander lecture à l’Opéra. Mon sujet, un des plus heureux de la mythologie (cetait Pyrame et Thisbé ), offrait mie grande variété de tableaux, de fréquentes occasions de danses parfaitement liées à l’action; le style, de l’aveu de mes juges, était élégant, facile, varié, et sur-tout très propre à la musique ; de qui n’a pas empêché que mon ouvrage n’ait été refusé tout d’une voix. On m’a fait entendre que j’avais travaillé dans un goût qui n’est plus celui du public: c’est de l’intérêt, de la pitié, de la terreur, en un mot , de la tragédie que l’on veut au-
CORRESPONDANCE. ai
jourd’bui à l’Opéra. Je me suis consolé du froid accueil que l’on in avait fait à l’Académie impériale de musique, en songeant que, sur ce théâtre, grâce aux progrès du goût ultramontain, le poème d’un opéra u’est plus qu’un accessoire de peu d’importauee,
» Je cours au comité des comédiens-français ; je leur lis ma tragédie de Béguins', que j’avais cm pouvoir refaire après Dorât. J’assiste au dépouillement des bulletins : dans presque tous on y déclare « que ma pièce est dans les régies les plus' exactes; que les caractères eu sont bien tracés, bien soutenus; que le style est franc, nerveux, de la meilleure école; mais qu’elle'appartient au genre adiniratif, dont on ne fait plus aucun cas; que, pour réussir, il faut aujourd’hui éviter les développements, marcher au but à l’aide de scènes rapides, dans lesquelles les situations sc succèdent sau’s préparation,’ sans vraisemblance, et amener, à quelque prix que ce soit, un dénouement inattendu: en d’autres mots, que ce sont des scènes d’opéra que l’on demande aujourd'hui dans la tragédie. » ,* *
« Une comédie de caractère, que je lus deux mois après aux mêmes comédiens, me parut d’abord réunir tous les suffrages. "On riait aux éclats : « C’est la gaieté, c’est le style de Regnard, « s'écriait-on de
. 1 Neuf ans plus tard, Al. Arnault fiUa. fait représenter avec le plus grand succès fine tragédie de licgului % «pii a’coiuplètcmrnt .fait oublier celles de ses prédécesseur*
CORRESPONDANCE
tous côtés, Jugez quelle fut ma surprise de n 'être pas reçu , même à correction ! On trouva que ma pièce était d'un comique trop franc, trop bourgeois, d’un ton qui n’est plus celui de la comédie française, où les amateurs du jour viennent chercher une intrigue de boudoir, des situations romanesquesetdes tirades à prétention, terminées par des traits de couplets.
« Qne vous dirai-je, monsieur l'Ermite? la même fatalité m’a suivi par-tout: ait théâtre Feydeau, on ne m’a pas même cqtcndu jusqu'au bout ; je m’étais plus, complètement encore trompé sur le genre : l’opéra comique est maintenant un concert spirituel, mi l’on ne veut entendre que des oratorio ; et c’est le plus sérieusement du monde qu’en sortant un des acteurs m’a proposé de traiter le sujet de la •Résurrection du Lazare.
<• J’ai appris, et toujours à mes dépens, que le vaudeville, si malin autrefois, n’était plus que du
marivaudage sentimental Ne dirait-on pas qti’un
mauvais génie a soufflé sur tous nos théâtres, et qu’il s’est amusé à subyertir ainsi tous les genres? Pour peu que cela continue, morisieur l’Ermite, qu’aurons-nous de mieux à faire que de brûler toutes nos poétiques, d’oublier les modèles, et d’écrire au jour le jour, en prenant le public et le temps pomme ils viennent ?
:< J’ai l'honneur d’être, etc’.
Gustave Pi •
CORRESPONDANCE
Il y a un grand fonds de vérité dans cette lettre de mon jeune correspondant, et je tue propose d’en faire quelque jour l’objet d’une petite dissertation, où je m’efforcerai de remonter ù la source du mal dont il se plaint.
Paris , ce 10 janvier 1 8 1 a.
,u Tous les samedis, monsieur l’Ermite, - je nie fais lire vos articles à ma toilette , et j’y trouve presque toujours quelque chose qui m’amuse. Vos portraits me font grand plaisir; -ce sont autant d’énigmes que vous me proposez , et dont le mot m’échappe bien rarement. Vos lettres me plaisent quand elles ne sont pas trop sérieuses; et j’en dirais autant de vos historiettes,. si vous y souteniez nos droits de femmes avec plus de courage. Somme toute, je vous Iis avec intérêt; mais, (car il n’est guère d’éloge qui ne se termine par ce mot fatal ) je vous trouve passablement maussade quand il vous arrive de faire l'érudit et de m’accabler de vos citations latines, grecques, anglaises, quo vous ne vous donnez pas toujours la peine de- traduire. Grâce aux Femntvs savantes de Molière, dont ma mère a fait son profit et le mien , j’ai reçu l’éducation qui convient à mon sexe : je suis bonne musicienne, je danse ravir, j’excelle dans' tous les' ouvrages à I aiguille, et je ne lis guère que dçs romans. Je fais cas de l’esprit ; je tolère même les savants
l\ CORRESPONDANCE,
quand ils sacrifient aux Grâces; mais j'ai les pédants en horreur, et je ne connais pas de pédantisme plus ridicule, perinettez-moi dé vous le dire, que cette manie d’achever eu latin une phrase commencée en français : ce qui met une femme qui ne veut rien perdre de ses lectures dans la nécessité de prendre son amant à l’Université. Pour Dieu, monsieur l’Ermite, si vous faites cas du suffrage des femmes, défaites-vous de ce vernis, on plutôt de cette poussière d’érudition : parlez français à des Français, et sur-tout à des Françaises; les savants vous eu estimeront peut-être un peu moins, mais les femmes vous récompenseront de cette condescendance, en mettant votre journal au nombre des meubles indispensables de la toilette et du boudoir.
• • • Êlëoüobe de R »
La lettre suivante est la meilleure réponse que je puisse faire à' celle de mon aimable correspondante. *
l.a Flèche, 2 janvier 1813.
. « Monsieur, .nous avons besoin, en province, d'un journal comme le vôtre, d’une espèce de thermomètre des mœurs, des usages, et des ridicules de la capitale ; mais' il serait â souhaiter que vous prissiez la peine de nous tenir au courant des nouvelles de la
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haute littérature, des démêlés des savants, ‘des progrès des sciences et des thèses soutenues à l’Université. C’est à ces graves matières que le fameux Journal des Savants a dû sa vogue, dans un siècle pour le moins aussi poli que le nôtre. Je fais de cet ouvrage une de mes lectures habituelles, et je ne me lasse p§s d’admirer la profonde variété des connaissances du docte rédacteur, M. Sallo.
« Combien j’aime à lire tous ces beaux passages grecs et latins dont il orne ses dissertations, et qui me ramènent à l’étude de nos anciens classiques ! A l’abondance des citations, à la propriété des passages qu’il encadre dans ses articles, à leur longueur et à leur choix , il est aisé de voir que l'érudition du journaliste ne doit rien aux Ho res poetarum, à la Morale des poètes, à tous ces recueils de sentences, d’apophthegmes, de pensées rangées par ordre de matières daûs des recueils qui ne sont propres qn’à tuer le goût des bonnes études; je veux que, même en s'amusant, mon esprit travaille. ,
« Je me plais à chercher- et à retrouver l’auteur auquel appartient tel ou tel passage, à recourir au texte', à le confronter avec la citation , et à passer ainsi* en revue Homère, Horace, Virgile, Tércpce, tous ces demi-dieux de la savante antiquité , dont la langue (comme le sanscrit des Indiens) ne sera bientôt plus connue que de quelques adeptes. C’est à vous, mo'usieur, -et à vos confrères les journalistes ( dout
couhesponoaNcr.
quelques uns ont dija donné l'exemple), de nous remettre dans la voie classique par de bonnes dissertations, nourries d'une érudition substantielle, qui donnent à vos feuilles tout le poids qui leur manque, et à leur auteur l’espoir de placer un jour son nom à la suite de ceux des Scaliger, des Sauniaise, ■et autres savants de cette trempe, ^'éternel honneur des lettres françaises.
‘i Agréez, monsieur, etc.
Ji str Gno>ovirs,
Président de la société hellénique de La Flèche. * • . Paris, ce io‘ janvier 181 a. *
« Je suis étranger , monsieur l’Ermite , et j'ai passé, comme vous, line grande partie de>tna vie à me promener sur le globe, sans autre but que d’examiner et de connaître tous les animaux de mon espèce. Je ne vous dirai point quelles plantes croissent au Paraguay, quels rapports du commerce existent entre le Kamtschatka et le Groenland ; de combien de toises le Cbijnboraço s’élève -au-dessus du |>ic de Ténériffe ; mais j’ai la prétention de saisir au premier coup d'œil les traits caractéristiques dont se compose la physiouomic des différents peuples.
u Douédecetalentd’observation, vous devez croire que je connais bien les Français -au milieu desquels je vis depuis plus de trois ans. f /esquisse la plus in-
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complète de leur caractère excéderait de beaucoup les bornes d’une lettre ; et je me contente aujourd'hui de signaler à votre critique un travers que je regarde comme inhérent à l’esprit des Parisiens-: je veux parler du mépris , ou du moins de l’indifférence qu’ils affectent pour les talents nationaux, en même temps qu’ils professent une admiration niaise pour toute espèce de mérite étranger.
« Forcé de choisir eiltre deux excès, je ne balancerais pas, je l'avoue, à donner la préférence aux préventions patriotiques de cet Espagnol , qui préfère’aux plus séduisantes compôsifions des Noverre et des Gardel, l’antique fandango, le rtionotone bolew de son pays ; qui' regrette , en écoutant la musique de votre immortel Grétry, les soporifiques et lamentables tovadillas; qui bâille au Cirque de Franconi, et ne songe qu’à ses fameux torreadoyes.
Une course de Ncwmarhet, une lutte de boxeurs, un combat de coqs, l’emporteront toujours à Londres sur le virtuose le plus célèbre. Jamais un théâtre français ou italien n’y fera 'désertef Dmry-Lane ou Covent-Garden : un journaliste anglais courrait risque d’être lapidé s’il s’avisait de mettre Voltaire au-dessus de Shakespeare, Talrua au-dessus de Kemble, ou de donner la préférence aux draps de France sur ceux d’Angleterre.
« Offrie fera pas aux Parisiens le même reproche : la plante inodore la plus insignifiante, transportée,
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on ne sait pourquoi , de la Carolinp ou de la Nouvelle-Hollande, usurpe, dans tous les salons, la place qu’occupait avec bien plus d’éclat et d’agrément la rose ou la tubéreuse. Dans le choix desmodes , celle qui se présente sous un aspect étranger, quelque ridicule qu’elle soit , est sûre d’obtenir la préférence. En vain vos deux scènes lyriques déploient-elles tout ce que la musique des Gluck, des Spontini, des Grétry, de» Chérubini, et des Méhfll, a de puissance et de charmes, tout ce que l’art dramatique, tout ce que le talent des acteurs, ® tout ce que le prestige de la danse , peuvent y ajouter par une exécution parfaite: la foule des badauds, soi-disant connaisseurs, s’arme, aux théâtres nationaux, de toute la sévérité de la critique, et court s'extasier à des fredons ultramontains, brodés sur les paroles les plus impertinentes qui aient jamais déshonoré le langage humain.
« Kçoutez vos journalistes rendre compte d’une représentation oùTalma, Fleury, mademoiselle Duchesnois, madame Branchu, Klleviou, ont atteint, pour ainsi dire, aux bornes de l’art, l’éloge s’élève rarement au-dessus du positif: s’agit-il, au contraire, de louer des chanteurs ou chanteuses en « et en o , votre langue n’a plus assei de superlatifs, d’augmentatifs, pour exprimer l’admiration dont ces messieurs sont pénétrés.
« C’est assez médire de vos artistes et de vos au-
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teurs: allons, monsieur l'Ermite, faites justice au bon goût , au bon sens de votre publie parisien ; attaquez, nu ridicule qui rejaillit sur la nation française, et tâchez de faire entendre à vos compatriotes qu’ils* en vaudront mieux quand ils auront un peu plus de modqstie personnelle et beaucoup plus d’orgueil national.
1 jc romte de Bn ...l#. •
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p" XLIv. [18 jAX\it:n 1812.]
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