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mais qu’il défiait très bien : terreur de (entendement ifui juge mal durant la veille des choses sur lesquelles tout te monde pense de la même manière.
I ne lois bien d’accord sur ce point, que cette maladie de 1 esprit arrive on ne sait comment, pro- * vient on ne sait de quoi, et loge on ne sait où, il a etc question des moyens curatifs, des traitements adoptés par les praticiens les plus habiles, et des expériences faites depuis quelque temps. .. Je ne suis frappé que d’une chose, dis-je à ces messieurs après les avoir écoutés bien attentivement, c’est qu’on emploie pour guérir la folie des moyens dont 1 application à des gens sensés suffirait pour les rendre fous. S’il m’est permis, eu votre présence, d’avoir une opinion sur cet objet, je ne crains pas d avancer que la contrainte qu’on exerce envers les insensés est le premier et le plus grand obstacle à leur guérison. » 11 était naturel que l’on m’objectât I intérêt général, qui fait une loi de leur réclusion; mais j’avais pour moi l’autorité des faits, et
je l'opposai avec avantage à tous leurs raisonnements.
« Vous ne savez peut-être pas, messieurs (continuai-je avec la satisfaction d’un écolier qui apprend quelque chose à ses maîtres), qu’il existe en France, dans le département des Deux-Néthes, une bourgadJ qui s’appelle Gheel, dont les quatre cinquièmes des habitants sont fous, non pas comme les Abdéritains,
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mais fous dans toute la force du mot, comme ceux que l’on traite dans cette maison , et que néanmoins ils jouissent, sans inconvénients , de la même liberté que tous les autres citoyens? Ce fait extraordinaire a besoin de quelques explications.
« 11 y a bientôt un demi-siècle qu’un magistrat d’Anvers, frappé du mal-être qui résulte pour les insensés de leur réunion dans un même hôpital, obtint du gouvernement la permission de les faire transférer dans la commune de Ghecl , et de les distribuer chez tous les habitants, qui reçurent pour chacun d’eux une pension assez forte pour les indemniser de leurs frais et même de leurs soins. Le choix de ce petit bourg n’avait pas été fait au hasard : placé au milieu d’une vaste bruyère qui l’isole de toutes parts, la surveillance y devient très facile, et deux ou trois hommes suffisent pour garder ce troupeau d’insensés, qu’une cloche rappelle chez leurs hôtes aux heures des repas et à la chute du jour. Des aliments sains, un air pur, un exercice habituel , toute l’apparence de la liberté , tel est le régime qu'on leur prescrit, et auquel le plus grand nombre doit, au bout de l'année , sa guérison. J’ai p ( assé deux jours au milieu de cette colonie d insensés. 11 s’y dit peut-être un peu plus de sottises , mais en revanche il s’en commet beaucoup moins qu’ailleurs ; aussi u’ai-je point été étonné qu’un sage , M. le R**", ait fixé là son domicile. « Comme ces messieurs 11c
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me paraissaient pas disposés à me croire sur parole , je leur lus ce paragraphe d’un mémoire imprimé de M. le comte de Pontécoulant, alors préfet du département de la Dyle , dont l'administration a laissé de si honorables souvenirs dans la mémoire des habitants de ce pays :
« Les insensés 1 étaient entassés autrefois, à Bruxelles, dans un local étroit et malsain, dont les incommodités suffisaient pour rendre incurable la maladie qui les y conduisait.
«J’ai cru remplir à-la-fois un devoir de l'humanité et une obligation de ma place, en adoptant , à l’égard de ces infortunés , un usage recommandé par les succès d’une longue expérience. Instruit que la commune de Gheel , dans le département des Deux-Néthes, était un asile ouvert à ce genre d’infirmité, après m’être entendu avec le préfet de ce département, j’ai fait transférer tous les fous de l’hospice de Bruxelles dans le village de Gheel , où ils jouissent d’tuje liberté qui n’exclut pas les soins que leur état exige.
« 1 )es commissaires délégués par le conseil-général des hospices se rendent périodiquement sur les lieux , pour vérifier si l’on remplit envers ces infortunés toutes les obligations auxquelles sont
1 Exposition de la situation administrative du département de ta Dyle, au i" germinal an Xfll , par M. de Pontécoülant. Bruxelles, clic?. Wctssrinbruck.
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tenus, par contrats, les habitants qui en sont chargés- "
Ce ne fut qu’après avoir pris note de tous les détails que je lui communiquai sur la colonie de Glieel , que M. C*** satisfit au désir que j’avais de connaître un établissement qu’il administre avec un zèle digne des plus grands éloges.
« 1 ,#folie ( me dit-il tandis que nous traversions la première cour) n’est, en y regardant bien, que le développement excessif des vices, des travers, et des ridicules que l’on trouve dans le monde. Là, comme ici, elle se présente sous un nombre infini d’espèces que I on peut cependant classer dans un de ces trois genres : la frénésie, la manie, et l’imbécillité. Au premier appartiennent toutes les passions violentes et la famille nombreuse des crimes, des vices , des excès quelles produisent; dans le second viennent se ranger d’eux-mêmes les défauts les plus nuisibles et les ridicules les plus remarqués ; le troisième genre comprend les innombrables variétés de cette maladie de la raison humaine, qui réduit l’homme à l’état de la plante : c’est peutêtre pour cela, ajouta le docteur en riant, que l’on a comparé quelquefois la société à une plate-bande. »
Nous approchions du quartier des furieux, dont les hurlements redoublèrent lorsqu’ils nous aperçurent à travers les barreaux de leurs loges. Je m’arrêtai un moment à considérer un homme sec dont
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le regard était plus méchant que farouche, et <jui nous menaçait, d’un sourire dont je n'ai jamais vu la cruelle expression que sur la figure du premier de nos tragédiens. « Ce malheureux, me dit notre guide, est un homme d’une haute naissance, à qui la nature avait donné le cœur d’un tigre et l’esprit d’un singe; toutes les années de sa jeunesse ont été marquées par des crimes dont il a osé faire publiquement l’apologie dans un âge plus avancé. Privé, pour toute punition, du pouvoir de nuire, il est devenu fou de méchanceté; et, à défaut d autres victimes, c’est maintenant sur lui-même que s’exerce sa rage. Sou existence accusait la justice des lois, sa démence a venge la morale publique. « Nous nous éloignâmes promptement de ce forcené, qui nous laissa pour adieux ce charitable avertissement : « Soyez tranquilles ! je me charge de vous faire écorcher tout vifs *. »
Son voisin ne paraissait ni moins agité ni moins à plaindre; il articulait à voix Lasse des phrases sans suite , où revenaient sans cesse les mots de femmes, de rival, et de faux toupet. Ce dernier mot figurait si singulièrement dans scs plaintes tragiques, que j’en demandai l’explication au docteur : « 11 y a effectivement, me dit-il, quelque chose de bien ri-
■ C’est de M. de Sades, l’un des’plus horribles phénomènes que l’espèce humaine ait produits, de l’auteur de Justine en un mot, qu’il est question dans ce paragraphe.
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siblc, sinon dans le malheur de ce pauvre homme, . du moins dans la cause de son infortune; il est fort laid, comme vous voyez, mais il était fort riche; il n’est donc pas étonnant qu’il ait épousé une femme très belle et d’une condition supérieure à la sienne. Naturellement jaloux, la coquetterie de sa femme lui donna de fréquentes occasions de se livrer à ce penchant funeste. Il avait ou croyait avoir pour rival (car il ne faut jurer de rien) un jeune homme à qui la nature avait prodigué tous les avantages physiques, aux cheveux près cependant, dont quelques parties de sa tète étaient si mal pourvues, qu'il était obligé, pour remplir les lacunes de sa chevelure , d’avoir recours à la main industrieuse des Harmand ou des Michalon; en un mot, il faisait usage de ces fragments de perruque que l’on appelle des mouches, .le ne vous dirai pas au juste comment et dans quel endroit ce mari soupçonneux trouva l’échantillon d'une coiffure qui l'inquiéta si vivement sur la sienne; mais, dès ce moment, l’enfer fut dans sa tête, sa jalousie devint un délire, et sa raison se perdit dans des transports furieux que le seul aspect d’une femme porte à un degré de violence dont il est difficile de se faire une idée. » Il me fut impossible de supporter la vue des tourments auxquels étaient en proie deux autres frénétiques enfermés dans cette enceinte , et nous entrâmes dans le quartier des maniaques, sur chacun desquels
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M. C"* me donnait quelques renseignements à mesure que nous passions devant la chambre que cha. cun d’eux occupait.
« Celui-ci, me dit-il, en me montrant un homme qui se promenait de long en large , un portevoix de carton à la main , est un capitaine de corsaire. Après une course aussi brillante que productive, en vue du port où il allait entrer et mettre en sûreté ses richesses , il fut attaqué et pris par une frégate qu’il combattit deux heures avec intrépidité. Ce malheur, joint à la cruauté des traitements qu’il a éprouvés dans les prisons d’Angleterre, lui a fait perdre l’esprit; il se croit toujours à bord de son vaisseau, livrant lc'combat qui lui fut si fatal, et il ne cesse de crier : Qu'on mette le feu à la saintebarbe ! »
La chambre voisine, grotesquement décorée de chiffons et d’oripeau , était occupée par ce pauvre Trénis que j’avais connu dans le monde atteint d’une folie différente, et pour le moins aussi ridicule. Lorsqu’il passait pour raisonnable, il était persuadé que lame de l’homme réside dans son coude -pied, et que la danse, où il excellait, est, de toutes les perfections, celle qui nous rapproche le plus de la Divinité. Maintenant il se croit ambassadeur du Grand- Mogol: chamarré de rubans de toutes couleurs, de décorations de tous les pays , il se comptait dans ces chimériques grandeurs, et donne audience, dans
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sa cellule de Charenton, avec une dignité très amusante, qui n’est pas tout-à-fait sans modèft Que gagnerait-il à sa guérison? Il n’est plus dans l âge de la danse , et le retour de sa raison lui ferait perdre son ambassade.
Plus loin habitait un philosophe, devenu fou à force de répéter, à scs propres dépens, l’expérience de Spallanzani sur les animalcules infusoires. Son logement communiquait avec celui d’un commentateur dont la raison s’est éteinte dans les recherches profondes qu'il a faites pour découvrir si les anciens portaient perruque.
Leur voisin était un laquais de grande maison, dont la cervelle setait dérangée pareequ’il n’avait pas été admis à l’honneur de monter derrière le carrosse de son maître dans un jour de cérémonie.
En passant à travers un corridor, pour nous rendre dans le quartier des femmes, nous vîmes un fou à qui l’on mettait le corsel de force. M. C* w prévint la demande que j’allais lui faire : « Cet homme, me dit-il , était autrefois un écrivain satirique ; ce métier-là n’est pas sans danger, et les gens eu colère ne regardent pas où ils frappent. Dans le dernier assaut qu’il a eu à soutenir, sa tête a porté contre un bâton , et l’aliénation mentale s’en est suivie. Depuis qu’il est fou , il a changé de rôle ; il n’écrit * plus contre personne, et voudrait hâtonner tout le monde. »
LA MAISON DES FOCS
La folie, parmi les femmes enfermées dans cette inaisdÉ, ne me paraît avoir, comme dans le monde, que deux caractères bien distincts , l’amour et la vanité.
La première à qui nous rendîmes visite était une espèce de taule Aurore , dont les romans mélancoliques avaient brouillé la cervelle. Assise au pied de son lit, une mauvaise guitare sans corde à la main, elle se croyait au bord d’un torrent, sur la pointe d'un rocher, et fredonnait d’une voix éteinte une romance où Y oiseau de unit et le vent du désert n’étaient pas oubliés.
Cette folle avait pour voisine une jeune personne dont le malheur m’intéressa bien davantage: abandonnée par un infidèle, la veille du jour fixé pour son mariage , le chagrin brisa son cœur, et la perte de sa raison , qui fut la suite du désespoir où elle se livra, la rendit aux douces illusions quelle avait perdues.
Je témoignai à ces messieurs ma surprise de voir dans cette maison une femme qui n’avait d’autre folie que de se croire de trente ans plus jeune qu’elle n’est, de sourire [jracieusement à tous les jeunes gens , et detre convaincue qu'on ne peut la voir sans tomber amoureux d’elle. Si ce sont là des preuves de démence, oit logera-t-on toutes celles qui en sont atteintes?
Je me suis arrêté quelque temps à considérer avec
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surprise une femme dont la folie est directement opposée à la cause qui l’a produite. Cette dame, que les excès d’une dévotion mystique ont privée de raison , éprouve maintenant un délire d’une nature toute différente; il est impossible de deviner à quelles suggestions elle est redevable des idées, des images qui se présentent nécessairement à son esprit pour la première fois, et quelle énonce dans un langage quelle n’a jamais eu l'occasion d’entendre.
J’avais entendu dire que M. C*’* avait cherché, dans les concerts et dans les jeux scéniques exécutés par ses pensionnaires , un moyen d’opérer ou de préparer leur guérison ; je fus témoin de cette double expérience , et les remarques quelle me fournit ne vinrent pas à l’appui des espérances qu’il parait conserver encore.
Je revins diner à Paris, et j’allai passer ma soirée dans une assemblée très brillante, où je continuai mes observations sur les fous , sans trop m’apercevoir que j’avais changé de lieu.
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PROMENADE
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