‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 2 (volume 2)Chapitre 43 sur 56 · I.A MAISON DE PRÊT · texte numérisé non relu

I.A MAISON DE PRÊT

à en rassembler les parties, à en broder les contours. Elle demanda dix louis snrcet objet; on lui en offrit quatre; elle se récria sur la modicité de la somme, sur la valeur dit nantissement, et voulut en avoir au moins i4o francs, dont sa maîtresse avait, disait-elle, un besoin indispensable pour acheter un chapea u-casti i ic que mademoiselle Despaux ne voulait ni livrer à crédit ni vendre à meilleur marché. Cette raison ne fit pas même sourire le buraliste, et mademoiselle Marton se vit obligée de détacher de son cou, avec un peu d’humour, une chaîne d’or qui compléta l’appoint, et au moyen de laquelle on lui compta la somme indispensable.

Après la soubrette, vint une grosse femme qui demanda douze francs sur une couverture de lit; j’étais tout prêt de m’attendrir sur le sort de cette ' pauvre créature, que je supposais réduite à dégarnir son propre lit, pour soulager un mari infirme on des enfants malades.

Poussé par un mouvement d’humanité, j’ouvrais déjà ma bourse avec l’intention de lui offrir la modique somme dont elle paraissait avoir besoin, lorsque je l’entendis faire à une voisine l’aveu de ce qu elle appelait elle-même sa faiblesse : sa fille était invitée pour le lendemain à un bal masqué superbe, dans la nie des Vieilles-Audriettes; elle avait besoin de douze francs pour louer un habit de caractère : son père ne les lui aurait pas dounés; il fallait bieu

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les emprunter à son insu. Je ne fus peut-être pas aussi touche que j'aurais dit l’être de ce trait d’ainour maternel, et je remis ma bourse daus ma poche avec plus de sang-froid que je ne l’en avais tirée.

Comme cette femme sortait, un jeune homme entra précipitamment, et, sans trop s’embarrasser si c'était son tour ou non, déposa sur la table une fort belle montre à répétition , et demanda quinze louis. On les lui compta ; il sortit saus donner son adresseront on avait d’autant moins besoin, disaitil, qu’il allait dans la maison de jeu voisine, et qu’il reviendrait dans une heure pour retirer sa montre, la; buraliste parut si peu convaincu de sou exactitude, qu’il remit la montre à son commis pour la comprendre daus l’envoi qui devait être fait le lendemain au grand bureau.

Une vieille femme, d’une figure très-respectable , prit la place de cet étourdi , et tira lentement, d’un grand sac à ouvrage, une croix à la Jeannette en diamanLs, dont elle parut se séparer avec bien de la peine. Pendant que ce bijou passait aux mains du vérificateur-expert, la bonne dame nous apprit quelle avait été ruinée par une banqueroute ; qu’après avoir été trente-cinq ans femme de charge chez M. le due de***, elle avait placé le fruit de ses économies dans une maison qui passait encore pour très solide le matin du jour où l’on apprit que le chef était en route pour les États-Unis, où il avait rca-

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lise ses capitaux , laissant à Paris un hôtel dont la valeur était plus qu’absorbée par la dot de sa femme, qui ne lui avait apporté que des dettes. Elle avait vendu successivement toutes les pièces de son mobilier; il ne lui restait plus que cette croix, dont sa maîtresse mourante lui avait fait don par testament, et quelle venait mettre en gage pour se procurer une entrée à l’Hospice des Ménages. Les hommes sont naturellement bons ; les quinze ou vingt personnes qui entendirent l’histoire de cette pauvre femme lui donnèrent toutes des marques d’intérêt , et le hasard voulut qu’il s’en trouvât quelques unes eu position de lui prêter l’argent dont elle avait besoin, sur un gage dont on exigea quelle restât dépositaire.

Mon tour vint; je présentai ma reconnaissance : on m’invita à revenir le lendemain; je demandai la raison d’un délai dont je n’avais pas vu d’autre exemple : on m’apprit qu’il fallait que l’objet réclamé par moi revînt du grand bureau, ou que j’allasse le retirer moi-même en prenant la grande reconnaissance. C’était une occasion de voir un établissement dont je ne connaissais encore qu’une des succursales ; je remplis les formalités d’usage, et je m’acheminai vers la rue des Blancs-Manteaux , où l’administration du Mont-de-Piété a établi son siège et son entrepôt général.

ï^a grandeur du bâtiment, ses vastes dépeudan-

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ces, le mouvement qu’on y remarque, donnent au premier aspect l’idée de l’importance d’un pareil établissement. De grands magasins occupent tout le premier étage, et les nantissements de toute espèce y sont distribués dans un ordre admirable. Une salle immense, et disposée de manière à éviter le désordre et la confusion , est ouverte à la foule des emprunteurs, qui, leur paquet sous le bras, attendent quelquefois une journée entière le tour du numéro que chacun reçoit en entrant : il n’est pas rare détrouver deux ou trois cents personnes réunies dans cette salle ; elles appartiennent presque toutes à la classe la moins aisée : le grand bureau reçoit rarement de la première main les dentelles , les bijoux , les cachemires, tous ces colifichets de luxe, toutes ces superfluités ruineuses qui ne conservent quelque valeur que dans les quartiers où l’on en fait usage. C’est au moyen des commissionnaires que les gens comme il faut communiquent avec le bureau principal , et c’est à la discrétion de ces intermédiaires que le luxe , le désordre et la vanité confient le secret de leurs besoins.

Le numéro qui m’était échu ne me permettant pas d’espérer que je pusse être remis avant la fin du jour en possession de la montre du bisaïeul, j'abandonnai la partie, résolu de revenir de meilleure heure une autre fois. Un commis qui me vit quitter la place , me recommanda de ne pas me donner la

3lî la maison de prêt.

peine de repasser samedi , jour où la foule accourt au bureau pour s’y pourvoir de l'argent nécessaire aux plaisirs du dimanche, et d éviter également le lundi, jour que les mêmes gens consacrent à réparer, par des emprunts, les folles dépenses de la veille. Cette observation, qui m’avait déjà été faite en d’autres termes chez le commissionnaire, pourrait devenir la source de réflexions bien graves; mais ceux qu’elles intéresseraient les ont déjà faites, et les autres ne perdraient pas leur temps à les lire.

histoiiik d’un jockey.

λ*LXX. [ao JUILLET 1 8 1 9.]

HISTOIRE D’UN JOCKEY

In VCttrcm falo rciuluta Jujnram.

Vite.

Ilcoilu |»ar le liatard à sa forme première.

H’omcn nf (lie hast virluc tnnkc ihe hrst of prudes.

Wahtom.

Les meilleures prudes se font avec les femme* «le la vertu la plus suspecte.

Avant que vous fussiez nés, mes chers lecteurs (du moins pour la plus grande partie), j’allais quelquefois souper chez mademoiselle Arnould, qui était alors à la fleur de l’âge et du talent. Elle rassemblait deux fois par semaine une société charmante, à qui Dieu fasse paix dans l’autre monde, où elle est maintenant à-peu-près réunie. Geliotle était du nombre de ces aimables convives, et je me rappelle qu’il nous parlait souvent d’un acteur qui, dans le cours de sa carrière théâtrale , avait successivement joue dans le même opéra ( les Fêtes de l'Olympe) le rôle de l’Amour, de Mars, de Jupiter, de Caron et de Saturne. 11 en est de meme dans

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