‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 2 (volume 2)Chapitre 50 sur 56 · AU CAFÉ DE CHARTRES · texte numérisé non relu

AU CAFÉ DE CHARTRES

considération , et Mennevillc est un garçon estimable que l’on recherche pour sa gaieté, pour son esprit , dont le caractère et l’attitude dans le inonde ne peuvent donner lieu à un rapprochement de cette espèce.

— Je le dis comme vous; mais il n’est pas moins sûr que ce maudit Ermite l’avait en vue, et qu’il est impossible de se méprendre sur son intention. Menneville est mon ami ; vous ne sauriez croire à quel point je suis indigné »

Et c’est à la faveur de cette indignation , ou plutôt de cette indignité, que s’accrédite une double calomnie. Entendons-nous, messieurs, sur ce mot de personnalité. Un peintre veut personnifier la laideur; il en réunit tous les traits, tous les caractères dans la même figure : ce portrait-là peut ressembler à bien du monde, mais personne n’a le droit d’en désigner l’original. Il en est de même d’un peintre de moeurs. J'emprunte au public la matière de mon ouvrage , a dit La Bruyère; cest un portrait de lui que j’ai fait d’après nature, et s'il se connaît quelques uns des défauts que je touche, il doit s’en corriger. Les vices et les ridicules se retranchent dans certaines classes de la société comme dans un fort ; la critique y jette des bombes, et la preuve qu’elles ont porté juste , c’est qu’on voit beaucoup d’estropiés; mais on les avait prévenus: que ne se rangeaient-ils? »

386 l’ermite au café de Chartres.

A mesure qu’il parlait, notre invalide voyait naître le soupçon dans l’esprit de ses auditeurs : on l'examinait des pieds à la tête, on chuchotait tout bas. « Cette fois, messieurs, vous avez deviné juste, leur dit-il, ou leur dis-je en me levant, et je vous remercie de m’avoir fourni la matière d’un article où je trouverai l’occasiou, en disant quelques vérités , de repousser le reproche auquel je suis le plus sensible, et que je crois mériter le moins, celui de la satire personnelle. J’en redoute jusqu’au soupçon , quelque injuste qu’il soit; et c’est pour l’écarter que j’offre, chaque mois, une place dans ma correspondance à toute réclamation présentée d’une manière concise, piquante et spirituelle. J’ai l’espoir, ajoutai-je en saluant ces messieurs, qu’on n’abusera pas d’un pareil engagement. »

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