‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 3 (volume 3)Chapitre 13 sur 56 · UN DINER D ART1STES · texte numérisé non relu

UN DINER D ART1STES

ôter à la ressemblance des portraits , caractérisent on ne peut plus spirituellement chacun des personnages.

Mon compagnon , qui ne sc lassait pas d’admirer cette jolie esquisse, s’inscrivit généreusement pour vingt exemplaires. « Je dois prévenir messieurs les souscripteurs (ajouta un petit homme tout rond, en s’essuyant la bouche) qu’ils recevront gratis, avec la gravure, une explication eu vaudevilles, que j aurai l’honneur de leur chanter au dessert, si Dieu me prête vie jusque-là, car on m’a prédit que je mourrais avant la fin d’un dîner. »

La promesse du petit homme fut accueillie avec des acclamations de plaisir. >> Voilà, me dit mon voisin, une figure que l’on devrait faire peindre dans toutes les salles à manger, pour donner de l’appétit. — Vous ajouterez, quaud vous l’aurez entendu : et pour inspirer la joie. C’est le chansonnier des festins ; il chante d'instinct, et porte des chansons comme le bon-homme portait des fables. Avec beaucoup d’esprit, un naturel parfait, et une imperturbable gaieté, peut-être de son art eût-il remporté le prix, si Béranger n’était venu, et si, moins ami des Halles, il en empruntait plus rarement le dégoûtant jargon.

« — Je ne suis pas ici le seul Italien, à en juger par certain accent qui vient de frapper mon oreille, et qui me rappelle la rara palria. — Celui que vous

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me désignez tient le premier rang parmi les hommes de sa profession: digne émule des Servandoni dans cette partie de la peinture qui a rapport à l'art théâtral , il a souvent poussé la magic des décorations au point où l'illusion semble se confondre avec la réalité. Né avec du génie, avec cette vivacité, avec cette richesse d’imagination qui 11e voit en toute chose que ce qui reste à faire, il est probable qu’il eût reculé les limites d’un art dont la routine arrête les progrès, si les circonstances l’eussent mis à même d’exécuter ses vastes conceptions, et de développer toutes les ressources de son rare talent.

u — .le remarque, auprès de mon compatriote, un petit vieillard dont quelques cheveux gris couvrent à regret la nuque, mais dont les yeux étincellent encore: si cet homme n’est pas un statuaire, je suis un mauvais observateur. — C’est effectivement l’un des Phidias modernes dont notre école se vante à juste titre. C’est à son noble ciseau qu’était réservée la gloire de reproduire les traits du patriarche de Ferney, dont il ne parle qu’avec cette tendre vénération, avec cet enthousiasme, qu’un sculpteur comme lui doit conserver pour un semblable modèle.

« Sans quitter ce coin de table, regardez un peu ce grand homme à chevelure blonde, dont l’angle facial forme un angle aigu d’environ soixante degrés, et dont le nez aplati s’étend sur la lèvre supé-

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